Vers une monnaie numérique de la Banque d’Israël ?
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Vers une monnaie numérique de la Banque d’Israël ?

Une commission de pilotage de la banque d'Israël ébauche un modèle de monnaie numérique future, soutenu par la Banque centrale ; aucune décision n'a été prise sur son émission

Des shekels israéliens. (Crédit : Orel Cohen/FLASH90)
Des shekels israéliens. (Crédit : Orel Cohen/FLASH90)

La Banque d’Israël a fait savoir, mardi, qu’elle préparait un « plan d’action » concernant l’émission d’un shekel numérique – si les conditions, à l’avenir, devaient amener la Banque centrale à estimer que les bénéfices offerts par une telle monnaie dépassent son coût et les risques potentiels qu’elle pourrait poser.

Alors que la numérisation du système financier mondial se développe rapidement, la Banque d’Israël commence ses préparations en vue d’un lancement éventuel de la devise – avec un plan prêt à être concrétisé si les conditions y sont favorables, a noté la banque. La Banque centrale a souligné que – conformément à un grand nombre d’autres établissements bancaires – « la Banque d’Israël n’a pas encore décidé si elle émettra une monnaie numérique ».

Elle a également souligné qu’elle continuerait à émettre des liquidités sous la forme de billets et de pièces de monnaie « tant qu’il y aura une demande en ce sens de la part du public et tant que la banque pensera que ce sera nécessaire » pour soutenir le système de paiement en Israël.

Pour préparer le terrain, une commission de pilotage dont les membres ont été nommés par Amir Yaron, gouverneur de la Banque centrale, a établi dans des termes uniquement généraux l’ébauche d’un modèle pour une potentielle monnaie digitale émise par la Banque d’Israël.

Ce modèle servira dorénavant de base pour les discussions entre les différents acteurs des secteurs des paiements, de la finance et des technologies, ainsi que dans le milieu académique et dans les agences et organisations gouvernementales concernées, a noté la Banque centrale dans une déclaration.

Le gouverneur de la Banque d’Israël Amir Yaron s’exprime lors de la conférence Eli Horowitz pour l’économie et la société, organisée par l’Institut israélien de la démocratie, à Jérusalem, le 17 décembre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Un document publié par la Banque centrale, mardi, détaille l’ébauche du modèle de la monnaie digitale de la Banque d’Israël. Intitulée « Un Shekel numérique de la Banque d’Israël – Bénéfices potentiels, modèles et questions à examiner », le document est accompagné par un appel lancé au public à faire part de ses commentaires sur son contenu.

Dans un contexte de révolution numérique qui touche tout le système financier, les Banques centrales, dans le monde entier, s’interrogent sur la nécessité possible, dans un avenir proche ou plus lointain, de fournir au public une autre forme de monnaie adaptée à l’ère du digital. Elles cherchent aussi à trouver les moyens de conserver, voire d’améliorer, les qualités de la monnaie existante lorsqu’elle sera transposée sous cette forme digitale.

Aujourd’hui, le public utilise deux types principaux de monnaie : Les liquidités, qui sont une obligation matérielle de la Banque Centrale à l’égard du public, et l’argent bancaire, dont la responsabilité est endossée par les banques commerciales vis-à-vis de tout individu possédant un compte.

La monnaie numérique existe déjà d’une certaine manière : C’est l’argent que le public conserve dans les banques et qu’il utilise par le biais de transferts bancaires, d’applications et de cartes de paiement. Cet argent existe dans les systèmes informatiques des institutions financières qui le fournissent mais il n’a pas de dimension proprement physique.

La monnaie digitale émise par une Banque centrale (CBDC), donnerait aux foyers et aux entreprises la possibilité d’utiliser la monnaie numérique de la Banque centrale en plus des liquidités physiques. Ce qui constituerait une nouvelle obligation de la Banque centrale à l’égard du détenteur de l’argent, une obligation qui viendrait se substituer à la responsabilité commerciale des banques à l’égard de l’utilisateur de la monnaie – comme c’est le cas aujourd’hui.

Le travail de la commission de pilotage est d’examiner cette CBDC pour en définir clairement les objectifs et la finalité.

Rendu 3D d’un coffre de banque avec des lingots d’or à l’intérieur. (Crédit : tifonimages; iStock by Getty Images)

Alors que les crypto-devises n’appartiennent à aucun pays spécifique et que certaines ne sont gérées par aucune autorité centrale, la CBDC serait émise par la Banque centrale du pays et c’est cette dernière qui déterminerait sa quantité, la manière dont elle est utilisée et les régulations régissant son usage.

Le nouveau modèle esquissé par la commission de pilotage, qui est dirigée par le vice-gouverneur Andrew Abir, envisage une approche aux deux-tiers dans laquelle un partenariat serait établi entre la Banque d’Israël et le secteur privé (banques, compagnies de cartes de crédit, firmes technologiques et/ou financières au sein de l’État juif ou à l’étranger) qui collaboreraient pour créer la CBDC. Grâce à ce partenariat, la Banque centrale pourra fournir sa monnaie numérique, non pas directement au public, mais plutôt par le biais d’institutions du secteur privé. Ces institutions seront chargées de développer les applications permettant cette forme de paiement sur la base des infrastructures élémentaires qui seront fournies par la Banque d’Israël.

Concernant les technologies à adopter, le modèle ne détermine pas, à se stade, si le système se basera sur les technologies des registres distribués (DLT) ou sur une technologie de registre central.

Il sera possible de procéder à une conversion entière et immédiate entre le shekel numérique et les moyens de paiement existants, et le système permettra également les conversions depuis et vers les devises étrangères.

Photo d’illustration : Un billet de 200 shekels, le 7 février 2016. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Les paiements seront possibles non seulement par le biais d’un téléphone cellulaire mais aussi via une grande variété de moyens, dont des dispositifs simples, et des paiements hors-ligne seront également mis en place – sous la forme de codes numériques, par exemple – mais de manière plus limitée.

En termes de confidentialité, le shekel numérique sera créé de manière à se conformer aux régulations entourant la lutte contre le blanchiment d’argent, et de telle façon à ce qu’il n’interfèrera pas dans les initiatives gouvernementales de collecte des taxes. Dans ce sens, une confidentialité absolue ne sera pas possible. Toutefois, des niveaux variés de confidentialité vis-à-vis des fournisseurs de paiement et des entités commerciales sera permise.

Concernant ses caractéristiques économiques, selon l’ébauche, le shekel digital sera assorti d’un taux à zéro intérêt, mais il restera technologiquement possible de modifier cette donnée à l’avenir. Les infrastructures laisser une marge de manœuvre aux autorités pour qu’elles puissent, par exemple, mettre en place des restrictions sur le volume des fonds et sur l’utilisation de cette monnaie numérique. Le coût d’une transaction de paiement devra être très bas et proche de zéro, et son utilisation devra être rendue possible pour les personnes n’ayant pas un compte bancaire en Israël – les enfants et touristes.

« Ce modèle proposé n’est accompagné d’aucune décision ferme de la Banque d’Israël concernant les caractéristiques de l’éventuelle monnaie digitale qui serait mise en circulation si elle devait être émise », note la Banque Centrale dans un communiqué. « Cette ébauche sert de base à des discussions ou à l’examen d’alternatives par les équipes de travail qui sont impliquées dans ce dossier au sein de la Banque d’Israël ».

L’institution étudie la question d’une monnaie digitale de la banque centrale depuis 2017, ajoute le communiqué.

« La Banque d’Israël n’a pas encore décidé d’émettre un shekel numérique mais au vu du développement rapide survenant dans l’économie numérique et dans les paiements, et au vu du travail majeur qui a été réalisé par les Banques centrales dans le monde sur le sujet, la Banque d’Israël accélère ses recherches et ses préparations concernant l’émission potentielle d’un shekel digital », continue le communiqué.

Le président de la réserve fédérale Jerome Powell pendant une conférence de presse, le 31 juillet 2019. (Crédit : AP Photo/Manuel Balce Ceneta, File)

Tandis qu’aucune Banque centrale, dans les pays dont l’économie est avancée, n’a encore annoncé aucune décision visant à initier un projet qui entraînerait l’émission d’une monnaie numérique, il y a récemment eu un changement dans la manière dont le sujet est envisagé sur le globe. En 2020, la Chine est devenue la première économie majeure à lancer un projet-pilote de monnaie numérique dans différentes provinces et un total de quelques millions de dollars a été distribué à cette occasion en monnaie digitale.

Selon un article de presse publié dans le Journal des titres chinois, soutenu par le gouvernement, MYBank, une banque en ligne privée dont l’Ant Group, qui appartient à l’Alibaba Group, est actionnaire, autorise certains usagers à relier leurs comptes à l’application chinoise de monnaie numérique.

Au mois d’octobre 2020, les Bahamas sont devenus le premier pays à émettre une monnaie numérique au détail en direction du public. Et aux États-Unis, la Réserve fédérale examine actuellement en profondeur les implications d’une monnaie digitale pour le système financier et pour le système de paiement.

Au mois de mars, le dirigeant de la FED, Jerome Powell, a déclaré, comme certains de ses homologues l’avaient précédemment fait à l’international, que le lancement d’une monnaie numérique soutenue par la Banque centrale était une initiative capitale que le système financier devait préparer avec soin et sans se précipiter, selon un article de Bloomberg.

La BIS (Bank of International Settlement) a pour sa part publié un rapport conjointement réalisé avec sept importantes Banques centrales au mois d’octobre 2020. Ces établissements éminents – avec parmi eux la Banque d’Angleterre, la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne – étudient activement le potentiel de l’émission d’une monnaie numérique en tant que moyen de paiement mis à disposition du public en général. Ils ont détaillé dans le rapport les principes de base sur lesquels se sont accordés leurs différents représentants et ils ont fait part de leur intention de continuer leur coopération dans leur examen du sujet.

Au vu de ces développements, la Banque d’Israël a décidé d’accélérer ses recherches et ses préparations nécessaires pour peut-être émettre à l’avenir une CBDC, explique le communiqué.

La commission de pilotage mise en place par le gouverneur Yaron, au mois de novembre 2020, a permis d’établir un certain nombre de groupes de travail formés par des professionnels œuvrant dans des secteurs variés, au sein de la Banque. Ces derniers ont réfléchi aux avantages potentiels d’une monnaie numérique et ils ont également examiné les problèmes et autres risques variés susceptibles de résulter d’une telle initiative.

La commission a étudié de manière déterminante la nature des profits qui découleraient de l’existence d’un shekel digital pour l’économie israélienne. Elle a aussi tenté de déterminer à quels besoins exacts cette monnaie pourrait répondre.

Parmi les considérations qui pourraient faire pencher la balance en faveur d’une monnaie digitale, la possibilité que cette dernière puisse aider à combattre le marché noir en réduisant l’utilisation de l’argent liquide et celle qu’elle devienne une alternative avancée et sûre aux moyens de paiement existants. Ont été aussi examinées la nécessité de garantir le fonctionnement des systèmes de paiement pendant les périodes d’urgence ou en cas de panne ; la mise en place d’infrastructures efficaces et peu coûteuses pour les paiements transfrontaliers et la nécessité de permettre au public d’utiliser cette monnaie numérique en garantissant un certain niveau de confidentialité.

Photo d’illustration : Paiements et argent numériques. (Crédit : sefa ozel; iStock by Getty Images)

L’émission d’une monnaie digitale comporte aussi des risques. Une grande partie des travaux menés par la commission de pilotage se concentre également sur ces dangers.

« Une monnaie digitale de la Banque d’Israël, si elle est émise, devra gagner la confiance du public de la même façon que l’argent liquide a su gagner la confiance, et le système doit donc être créé et mis en place de manière à répondre aux exigences commerciales et technologiques les plus élevées », écrivent les auteurs du rapport. « Les préparations concernant l’émission d’une CBDC doivent encore prendre du temps. En contraste, comme nous l’avions mentionné auparavant, le monde des paiements et de la digitalisation se développe rapidement. La Banque d’Israël, en conséquence, commence déjà ses préparations ».

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