Virus : Des experts de 18 pays déplorent la hausse de l’usage du plastique
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Virus : Des experts de 18 pays déplorent la hausse de l’usage du plastique

Rejetant les propos de l'industrie, plus de 100 scientifiques et docteurs dans le monde disent que les ustensiles et autres sacs réutilisables sont sûrs si l'hygiène est respectée

Steve Picazio place des produits d'épicerie dans sa voiture après ses courses au magasin Shaw, à Berlin, dans le Vermont, aux Etats-Unis, le 18 juin 2020 (Crédit : AP Photo/Lisa Rathke)
Steve Picazio place des produits d'épicerie dans sa voiture après ses courses au magasin Shaw, à Berlin, dans le Vermont, aux Etats-Unis, le 18 juin 2020 (Crédit : AP Photo/Lisa Rathke)

Plus de 115 experts de la santé originaires de 18 pays, et notamment d’Israël, ont signé dimanche une déclaration conjointe affirmant aux commerçants comme aux consommateurs que les objets réutilisables – comme les ustensiles et les récipients – étaient sûrs face à la menace de la COVID-19, ripostant à la promotion par l’industrie du plastique des objets en plastique à usage unique.

Israël est à la deuxième place du classement en ce qui concerne la consommation de plastique par tête dans le monde.

Fléau des océans, ces masques, gants et autres emballages, ne représentent pour autant qu’une faible part d’activité d’une industrie du plastique en croissance continue.

Les experts de la santé ont souligné que les produits jetables n’étaient pas, par nature, plus sûre que leurs équivalents réutilisables, et que ces derniers pouvaient être utilisés en toute sécurité pendant la pandémie tant que les règles d’hygiène de base étaient respectées.

L’utilisation du plastique a connu une forte augmentation pendant la pandémie en raison de produits comme les masques de protection, les gants, les visières recouvrant le visage, les combinaisons, les écrans séparant personnel et clients dans les magasins, etc.

Les activistes du secteur de la défense de l’environnement ont fait savoir qu’ils craignaient que cette situation puisse retarder de plusieurs années l’abandon du plastique à usage unique.

Des bouteilles et des déchets plastiques sur la rive du fleuve Sava lors de la Journée mondiale de l’Environnement à Belgrade, en Serbie, le 5 juin 2020 (Crédit : AP Photo/Darko Vojinovic)

« La santé publique doit inclure la conservation de la propreté de notre foyer à tous, qui est la planète Terre », a commenté le docteur Mark Miller, ancien directeur de recherche au Fogarty International Center de l’Institut national de la santé américain.

« La promotion du plastique à usage unique, qui n’a rien d’indispensable, pour diminuer l’exposition au coronavirus a un impact négatif sur l’environnement, les systèmes d’eau et l’approvisionnement alimentaire potentiel si on le compare à l’usage sur des sacs, récipients et ustensiles réutilisables », a-t-il ajouté.

Un communiqué de l’Association israélienne des médecins de santé publique – qui a également signé cette déclaration – a estimé que « nous ne devons pas permettre une situation dans laquelle, alors que nous nous attaquons à la pandémie de coronavirus, nous devons également nous attaquer à une épidémie de déchets plastiques jetables. La santé publique, ce n’est pas seulement le coronavirus. La réponse apportée à la pandémie doit être professionnelle et proportionnée et éviter les dégâts faits à la santé publique par la promotion des intérêts commerciaux d’une industrie polluante ».

La déclaration, qui a été approuvée par des scientifiques, des universitaires, des médecins et des spécialistes de la santé publique et des emballages alimentaires a noté que les désinfectants avaient fait leurs preuves dans les foyers et dans le nettoyage des objets réutilisables. Cette déclaration suit plusieurs pauses temporaires décrétées sur l’interdiction du plastique dans le monde, et une interdiction croissante des produits réutilisables dans les commerces dans le contexte de la COVID-19.

« Il a été choquant de voir l’industrie du plastique profiter de la pandémie pour promouvoir le plastique jetable et effrayer les populations au sujet des sacs et autres ustensiles réutilisables », a commenté le leader du Projet global au sein Greenpeace USA, Graham Forbes. « Il est crucial que les entreprises et les gouvernements sachent qu’avec leur réouverture, les systèmes réutilisables peuvent être déployés avec toute la sécurité nécessaire pour protéger notre environnement ainsi que les travailleurs et les clients », a-t-il ajouté.

« Pour assurer la sécurité de tous et pour protéger notre planète, nous devons écouter les meilleures sciences au lieu du marketing outrancier émanant de l’industrie du plastique », a-t-il continué.

« Au cours des derniers mois, il y a eu un grand nombre d’informations contradictoires concernant la propagation du virus mais nous savons dorénavant que les surfaces ne sont pas les premiers facteurs d’exposition », a déclaré Matt Prindiville, directeur-général de UPSTREAM, organisation à but non-lucratif qui lutte contre la pollution par le plastique.

« Le plastique nuit à notre santé le long de la chaîne d’approvisionnement toute entière. Heureusement, la COVID peut être facilement détruite par une hygiène appropriée, et les restaurants, les épiceries et les autres entreprises peuvent encore nous servir en utilisant des produits réutilisables d’une manière qui protège la santé sans nuire à l’environnement », a-t-il affirmé.

Masques, visières, gants, écrans… sont les accessoires du printemps. Ici des coiffeurs s’équipent en blouses jetables, là l’ONU recommande aux compagnies aériennes de servir des repas sous blister, là encore des personnes âgées vivant en résidence spécialisée étreignent leurs proches à travers un film transparent.

Les industriels ont saisi la balle au bond. Mi-mars, le syndicat français de la plasturgie s’est fendu d’un communiqué clamant que « sans plastique à usage unique, vous n’aurez plus d’emballages pour protéger vos aliments contre les germes ».

Aux Etats-Unis, la Plastics Industry Association a réclamé dès le 20 mars que son activité soit considérée comme « essentielle » en temps de confinement. « Le plastique à usage unique est une question de vie ou de mort » dans les hôpitaux, écrivait alors Tony Radoszewski, président de ce lobby, vantant aussi le rôle des sacs à usage unique « pour protéger les employés de supermarchés et les consommateurs de tout ce qui traîne sur les sacs réutilisables.

Selon un sondage OpinionWay-Sodastream, 66 % des Français disent privilégier les aliments emballés, tant que dure la crise.

La chaîne de magasins bio Naturalia a vu le vrac, pourtant en croissance de 20% chaque année, délaissé. « Nos clients ont eu tendance à se tourner vers les produits emballés », décrit le DG, Allon Zeitoun. « On n’a pas encore retrouvé le niveau d’avant-crise ».

La Californie a levé pour deux mois l’interdiction des sacs à usage unique, tandis qu’en Arabie saoudite, des grandes surfaces imposent à leurs clients des gants jetables.

Hygiène non garantie

Le plastique n’est pourtant pas une protection absolue. Pour l’OMS, se laver les mains est plus efficace que porter des gants.

Selon une étude publiée dans la revue américaine NEJM, ce coronavirus est détectable jusqu’à deux à trois jours sur du plastique, 24 heures sur du carton.

« Pour des usages médicaux, on n’a pas mieux que l’usage unique. Mais on veut nous faire croire que c’est une réponse pour la consommation courante. C’est du lobbying. Le réutilisable ne pose pas de problème sanitaire », s’insurge Raphaël Guastavi, de l’Agence pour la maîtrise de l’énergie (Ademe), « rassuré de voir que les élus européens ont le souhait de ne pas céder ».

Le Kenya non plus, qui a prohibé depuis juin tous les plastiques à usage unique, dont les bouteilles d’eau, dans ses zones protégées.

Déchets

Car les masques et autres gants viennent désormais joncher trottoirs et plages, de Hong Kong à Gaza.

Le WWF appelle à la vigilance: en 2019, il avait déjà évalué à 600 000 tonnes la quantité de plastiques rejetés en Méditerranée, dont 40 % en été.

« La bataille culturelle contre le plastique à usage unique semblait gagnée. Aujourd’hui une brèche est ouverte, il va falloir y répondre », dit Pierre Cannet, du WWF France.

« Un masque n’est pas facile à recycler. L’approche générale des pouvoirs publics est de le mettre dans les ordures ménagères pour incinération, ce qui est de notre point de vue la meilleure situation », dit Arnaud Brunet, du Bureau international du recyclage (BIR), qui réunit les professionnels de 70 pays.

« On va voir quelle est la pratique dans le temps, peut-être pourra-t-on imaginer une collecte particulière, ou en pharmacies, mais on n’en est pas là ».

Et comme si cela ne suffisait pas, la période est moins favorable au plastique recyclé.

L’UE vise 25 % de matériaux recyclés dans les bouteilles plastique d’ici 2025, au moins 30 % en 2030.

« Le Covid ne remet pas en cause la stratégie d’aller vers une économie circulaire et plus de recyclabilité », affirme Eric Quenet, de la fédération PlasticsEurope.

Mais la baisse du prix du pétrole conjuguée à une demande moindre pourrait peser sur le recyclage, tandis que le prix de la matière plastique vierge a beaucoup baissé.

Quelque 350 millions de tonnes de plastiques sont produites annuellement dans le monde, d’abord par l’Asie (50 %), l’Amérique du Nord (19 %) et l’Europe (16 %), une production en croissance modérée mais régulière.

La demande bondit pour le marché de la protection (masques, surblouses, écrans), mais ce volume reste faible en comparaison des débouchés massifs que sont l’automobile ou le bâtiment.

« Pour faire plusieurs centaines de milliers de visières, il faut quelques tonnes » de plastique seulement, souligne Eric Quenet. Le Plexiglas, très demandé pour les parois: « c’est moins de 1% du marché français des matériaux plastiques ».

Globalement, pour la première fois depuis 2008, le secteur s’attend d’ailleurs à une année 2020 moins bonne que 2019, du fait du confinement.

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