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Week-end de tensions près d’Evyatar et à Jérusalem-Est

Un Palestinien de 12 ans a été blessé par balle par les soldats en Cisjordanie, près d'Evyatar, où des Israéliens ont aussi manifesté ; des heurts ont eu lieu à Sheikh Jarrah

Rayan Yousef Hamayel, 12 ans, qui aurait été grièvement blessé par des tirs des soldats israéliens pendant une manifestation contre l'avant-poste d'Evyatar en Cisjordanie, le 18 février 2022. (Autorisation)
Rayan Yousef Hamayel, 12 ans, qui aurait été grièvement blessé par des tirs des soldats israéliens pendant une manifestation contre l'avant-poste d'Evyatar en Cisjordanie, le 18 février 2022. (Autorisation)

La journée de vendredi a marquée par une certaine agitation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Un petit garçon palestinien de 12 ans a été grièvement blessé par balle à la tête par les soldats israéliens pendant une manifestation violente contre un avant-poste illégal dans l’après-midi de vendredi, a dit un activiste du Fatah qui prenait part au mouvement de protestation au Times of Israël.

Rayan Yousef Hamayel, 12 ans, se trouvait à environ cent mètres des soldats quand il a été blessé, a raconté Hisham Dweikat, un activiste local du Fatah présent lors de l’incident qui s’est produit entre le village palestinien de Beita et l’avant-poste israélien d’Evyatar.

L’armée israélienne a indiqué dans un communiqué que des centaines de Palestiniens avaient pris part à cette manifestation violente, jetant des pierres en direction des soldats et faisant brûler des pneus. Les troupes ont riposté en utilisant des outils de dispersion d’émeutes, ont ajouté les militaires qui n’ont pas commenté les blessures infligées au jeune garçon.

Aucun blessé n’a été par ailleurs à déplorer du côté israélien.

Des militants et des législateurs de gauche marchent près de l’avant-poste illégal d’Evyatar en Cisjordanie, le 18 février 2022. (Capture d’écran : Twitter)

Rayan a été touché à l’arrière de la tête par une balle en caoutchouc, ce qui a entraîné une fracture du crâne, a expliqué Yousef, son père.

« Il y avait tellement de sang », a-t-il dit au Times of Israël.

L’enfant a été opéré, vendredi soir, à l’hôpital Rafidiya de Naplouse.

Selon Yousef, les manifestant s’étaient aventurés hors des frontières du village quand Rayan a été blessé.

« Ce tir a été fait au hasard, il a visé quelqu’un qui ne représentait aucune menace. Ce n’était qu’un enfant », s’est insurgé Yousef.

Yousef a rejeté l’idée qu’il aurait mieux valu que Rayan reste chez lui au lieu de prendre part aux affrontements.

« Dans les villages où n’y a pas de heurts, les habitants d’implantation entrent et ils nous attaquent. Personne n’est en sécurité, peu importe l’endroit où on se trouve », a-t-il continué.

Vingt-deux autres Palestiniens ont été blessés pendant la dispersion des manifestants par Israël. La majorité d’entre eux souffert d’inhalations de gaz lacrymogènes, des malaises qui n’ont pas nécessité d’hospitalisations, a fait savoir l’agence de presse officielle palestinienne Wafa.

Des dizaines de Palestiniens ont été filmés en train de jeter des pierres sur un bulldozer de l’armée qui était en train d’installer une barrière empêchant les villageois de Beita d’approcher d’Evyatar.

Les Palestiniens du village voisin de Beita manifestent, pour leur part, presque toutes les semaines depuis quatre mois contre l’avant-poste qui, affirment-ils, est construit sur des terres appartenant à des Palestiniens. Au moins huit Palestiniens ont été tués dans ces affrontements, auxquels les soldats israéliens répondent en utilisant des outils de dispersion d’émeutes, notamment des balles en caoutchouc.

Les Palestiniens n’ont pas été les seuls à manifester contre Evyatar dans la même journée de vendredi. Ce sont des centaines d’activistes de gauche, dont plusieurs députés, qui ont défilé vers l’avant-poste évacué. Ils réclamaient l’abandon par le gouvernement d’un accord de compromis conclu avec les partisans du mouvement pro-implantation qui viendrait légaliser cet avant-poste illégal.

La police a empêché les manifestants de grimper une colline menant à Evyatar, qui avait été déclarée zone militaire fermée – même si certains ont tenté de se rendre jusqu’à l’avant-poste.

« Ce mouvement de protestation est légal, ce qui n’est pas le cas des avant-postes », s’est exclamé un membre du groupe de veille israélien des implantations La Paix Maintenant, l’un des organisateurs de cette marche.

Les activistes ont dû se contenter de manifester à un carrefour proche, où des militants de droite s’étaient aussi réunis pour soutenir Evyatar.

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Cet avant-poste controversé avait été évacué dans le cadre d’un accord de compromis, au mois de juin dernier. Les installations et les routes ont, pour leur part, été laissées intactes et un détachement de soldats se trouve dorénavant sur les lieux.

L’ancien procureur-général Avichai Mandelblit avait approuvé un compromis conclu entre le gouvernement et les partisans du mouvement pro-implantation concernant la légalisation de l’avant-poste à la toute fin de son mandat, le mois dernier.

Cette initiative, sujette à controverse au sein de la coalition au pouvoir très diverse idéologiquement, doit encore être officiellement approuvée par le ministre de la Défense, Benny Gantz.

Parmi les législateurs présents lors de ce mouvement de protestation, Gaby Lasky du Meretz de gauche.

« Avec des centaines d’activistes israéliens, nous sommes arrivés dans les territoires occupés pour le dire : Evyatar doit être évacuée immédiatement. Tous ceux qui ne procèdent pas à l’évacuation immédiate des avant-postes illégaux offrent leur soutien aux partisans du mouvement pro-implantation. Fin à l’occupation ! », a-t-elle écrit sur Twitter.

« Au lieu d’émettre une ordonnance de zone militaire fermée, l’armée doit émettre des ordonnances d’évacuation de tous les avant-postes illégaux », a écrit Lasky dans un autre Tweet.

Un activiste de droite a été brièvement placé en détention par les agents pour avoir tenté d’arracher une bannière à un manifestant, selon la police. Mossi Raz, député du Meretz, a déclaré que le manifestant avait été « agressé » par les agents.

Aucun autre incident grave n’a été signalé.

La police avait indiqué s’être coordonnée au préalable avec les militaires de manière à permettre aux deux groupes de « manifester librement, dans un climat de sécurité ».

« Les préparations et le dialogue préalables avec les organisateurs du mouvement de protestation ont permis à ce dernier de se terminer dans le calme », a noté la police dans un communiqué.

Des habitants d’implantation se rassemblent pour une photo de groupe sous une étoile de David géante et un drapeau national avant d’évacuer le nouvel avant-poste sauvage d’Evyatar, près de la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, le 2 juillet 2021 (Emmanuel DUNAND / AFP).

Dans le cadre de l’accord signé au mois de juin, une enquête avait finalement déterminé qu’une partie des terres accueillant l’avant-poste n’appartenaient pas à des Palestiniens – ce qui rendait possible l’établissement d’une yeshiva et le retour de certains habitants. Toutefois, ce retour nécessite encore une annonce officielle disant clairement que le site sera approuvé à la légalisation, ainsi qu’une période pendant laquelle des objections à cette approbation pourront être soumises.

Au mois d’août, la Haute cour avait rejeté une plainte déposée par des Palestiniens dénonçant ce compromis. Les magistrats avaient estimé que les revendications des plaignants, qui affirmaient être propriétaires des terres, étaient « spéculatives » et que l’étude cadastrale en cours n’était pas encore terminée et donc incomplète.

Les résidents d’implantation avaient donné le nom d’Evyatar à l’avant-poste en hommage à Evyatar Borovsky, tué lors d’une attaque au couteau perpétrée en 2013 au carrefour de Tapuah.

Plusieurs dizaines de familles du mouvement pro-implantation s’étaient installées sur le site – qui avait déjà été occupé dans le passé et évacué par les autorités israéliennes, qui avaient détruit les structures édifiées dessus – et elles avaient fondé la yeshiva. L’accord portant sur le départ des habitants, l’été dernier, avait été conclu alors que le nouveau gouvernement fragile venait de se former et il avait semblé avoir été trouvé pour éviter le spectacle, dans les médias, de soldats faisant partir de force des familles israéliennes.

Par ailleurs, des groupes de résidents d’implantation ont déclaré, vendredi, que des Palestiniens avaient détruit plus de 250 oliviers dans une exploitation agricole israélienne, située dans le centre de la Cisjordanie.

« La violence de l’extrême-gauche et des Arabes est endémique. Encouragés par les organisations de gauche, soutenus par d’éminents ministres, les émeutiers arabes ont vandalisé des biens appartenant à des Juifs, déracinant des arbres », a commenté Yisrael Gantz, président du Conseil régional de Binyamin.

Échauffourées à Sheikh Jarrah

Les forces de sécurité israéliennes étaient sur le qui-vive à la fin d’une semaine de violences entre Israéliens et Palestiniens dans le quartier sensible de Sheikh Jarrah.

La police israélienne et la police des frontières avaient déployé des agents supplémentaires à Sheikh Jarrah, dans la Vieille Ville de Jérusalem et à la Porte de Damas après une réunion consacrée aux tensions avec le Premier ministre Naftali Bennett qui a eu lieu jeudi, a fait savoir la chaîne Kan.

Des Palestiniens et des activistes participent à une manifestation dans le quartier sensible de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 18 février 2022. (Crédit : RONALDO SCHEMIDT / AFP)

Des centaines de Palestiniens ont fait leurs prières du vendredi à Sheikh Jarrah – comme ils ont pu le faire à de multiples reprises depuis un an en signe de protestation. Les manifestants se sont heurtés à la police à plusieurs reprises pendant l’après-midi et des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des agents bousculer parfois avec violence les protestataires. Toutefois, il n’y aurait eu pas eu d’arrestation et il n’y aurait pas eu de blessé.

Un communiqué de la police a précisé qu’une « émeute » avait éclaté pendant le mouvement de protestation, certains manifestants bloquant des routes et refusant d’obéir aux ordres donnés par la police. Il y aurait eu des « appels à la violence » et la police a reconnu que les agents « ont bousculé » les personnes présentes.

« Malheureusement, certains heurts se sont produits suite aux incitations de représentants élus arrivés sur les lieux », a ajouté le communiqué de la police, une référence apparente au député de la Liste arabe unie Ofer Cassif, aperçu assis dans la rue aux côtés d’autres manifestants sur des images.

La police a renforcé sa présence dans ce quartier sensible depuis le début de la semaine suite à des affrontements qui avaient été entraînés par l’incendie d’une habitation juive, un incendie déclenché par une bombe artisanale qui avait été lancée par des Palestiniens.

Les agents de la police anti-émeute israélienne affrontent les manifestants pendant un mouvement de protestation en solidarité avec les résidents palestiniens du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem-Est, le 18 février 2022. En Polo bleu, le député de la Liste arabe unie Ofer Cassif. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Sheikh Jarrah, un quartier à majorité palestinien qui accueille également un certain nombre de familles juives israéliennes, est régulièrement au centre de mouvements de protestation en raison des tentatives de la part d’Israéliens de droite d’expulser des familles palestiniennes de leurs habitations qui, affirment-ils, appartenaient à des Juifs avant 1947.

Les leaders politiques en Israël craignent que les affrontements, à Sheikh Jarrah, ne dégénèrent en conflit ouvert en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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