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Yaïr Lapid à Paris pour parler Liban et Iran avec Emmanuel Macron

Le Premier ministre a notamment été reçu à Charles de Gaulle par Eric Danon, Yael German, le personnel diplomatique de l'ambassade à Paris et une garde d'honneur militaire

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président français Emmanuel Macron (R) accueille le Premier ministre israélien Yaïr Lapid avant leur rencontre au palais de l'Élysée à Paris, le 5 juillet 2022. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)
Le président français Emmanuel Macron (R) accueille le Premier ministre israélien Yaïr Lapid avant leur rencontre au palais de l'Élysée à Paris, le 5 juillet 2022. (Crédit : Ludovic MARIN / AFP)

Aux côtés du président français Emmanuel Macron, mardi à l’Élysée, Lapid a exhorté le monde à réagir aux violations iraniennes de l’accord nucléaire de 2015 et a prévenu qu’Israël ne laisserait pas les attaques du Hezbollah sans réponse.

« Le Hezbollah a plus de 100 000 roquettes au Liban, dirigées vers Israël », a déclaré Lapid en anglais. « Il essaie de nous attaquer avec des roquettes et des drones iraniens ».

« Israël ne restera pas les bras croisés, face à ces attaques répétées », a promis Lapid.

« Il y a quelques jours, des drones de fabrication iranienne ont tenté d’attaquer une plateforme gazière israélienne près de la côte libanaise », a poursuivi Lapid. « Ces drones ont été envoyés par le Hezbollah, une organisation terroriste qui menace la stabilité du Liban, viole sa souveraineté, le pousse vers une escalade dangereuse avec Israël, et nuit aux intérêts nationaux du Liban – un pays que je sais cher à votre cœur. »

Le Premier ministre Yair Lapid (R) enlace le président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse à l’Elysée à Paris, France, le 5 juillet 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Les deux dirigeants ont acté leurs divergences sur l’accord de 2015 (« JCPOA ») encadrant le programme nucléaire iranien, que les Européens tentent de sauver mais que l’Etat hébreu juge totalement inopérant.

« Les faits sont tels que l’Iran viole l’accord et continue à développer son programme nucléaire », a-t-il dit. « L’Iran cache des informations au monde entier, il enrichit de l’uranium au-delà du niveau qui lui est autorisé et il a retiré les caméras de ses sites nucléaires. »

« Le monde doit réagir », déclare Lapid.

Faisant référence à un discours de Macron en 2018, Lapid a appelé à « un accord plus efficace et mieux défini, un accord sans date d’expiration, un accord avec une pression internationale coordonnée qui empêcherait l’Iran de devenir un État du seuil nucléaire ».

« En 2018, vous avez été le premier dirigeant mondial à parler de la nécessité d’un nouvel accord avec l’Iran, plus efficient », a-t-il lancé lors d’une prise de parole au palais de l’Elysée.

« Vous aviez raison à l’époque, et vous avez encore plus raison aujourd’hui », a-t-il souligné. « La situation actuelle ne peut se perpétuer. Elle mènera à une course aux armements au Moyen-Orient qui menacera la paix mondiale ».

Lapid a exposé les activités terroristes régionales de l’Iran, notamment le récent complot visant à attaquer des touristes israéliens en Turquie.

« Israël ne restera pas en retrait, placide, compte tenu de ces attaques répétées », a prévenu mardi à Paris Lapid, qui avait accusé quelques jours plus tôt le Hezbollah de « saper la capacité » du Liban à « parvenir à un accord sur la frontière maritime ».

Le Premier ministre Yair Lapid (G) et le président français Emmanuel Macron tiennent une conférence de presse au palais de l’Élysée à Paris, France, le 5 juillet 2022. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Comme il le fait souvent lorsqu’il s’adresse aux dirigeants européens, Lapid a souligné les valeurs que partagent la France et Israël, affirmant que les deux pays ont une compréhension commune « du fait que les valeurs valent la peine d’être défendues ».

Lapid a décrit Israël et la France comme des « partenaires stratégiques », ajoutant qu’au « cours de l’année écoulée, avec la guerre en Ukraine et le terrorisme en provenance d’Iran, on nous rappelle que non seulement la démocratie nous protège, mais que nous devons aussi protéger la démocratie. Parfois, il n’y a pas d’autre choix que d’utiliser la force de la guerre pour protéger la paix ».

Le Premier ministre Yair Lapid a atterri mardi à l’aéroport Charles De Gaulle de Paris, où il a été accueilli par le chef du protocole du ministère français des Affaires étrangères, l’ambassadeur de France en Israël Eric Danon, l’envoyé d’Israël en France Yaël German, le personnel diplomatique de l’ambassade à Paris et une garde d’honneur militaire.

Lapid est arrivé au palais de l’Elysée mardi en milieu d’après-midi, où il a été accueilli par une chaleureuse accolade de Macron. Les deux leaders centristes discutent régulièrement sur WhatsApp et entretiennent une amitié de plusieurs années. Après leurs déclarations publiques, Lapid et Macron se sont retirés pour une réunion à huis clos.

Mais malgré l’accueil enthousiaste, de profonds désaccords politiques sont apparus dans les déclarations publiques des dirigeants.

Emmanuel Macron a qualifié l’accord nucléaire de 2015 de « bon accord » qui devait être préservé.

Macron a souligné la menace que représentait le programme de missiles balistiques de l’Iran et ses activités déstabilisatrices dans la région. « Nos valeurs valent la peine qu’on se batte pour elles », a-t-il déclaré, et il a ajouté que la sécurité française et européenne était en jeu.

Le président français a déploré que Téhéran continue de « refuser » de conclure l’accord sur la table concernant le programme nucléaire iranien et a promis de poursuivre « tous les efforts » pour ramener ce pays « à la raison ».

« L’Iran refuse toujours de saisir l’opportunité qui lui est offerte de conclure un bon accord (…) Nous allons poursuivre, en étroite coordination avec nos partenaires, tous les efforts pour tenter de ramener l’Iran à la raison », a-t-il déclaré

Le président français a assez longuement parlé de l’importance de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens, affirmant que Lapid pouvait devenir une « figure historique. »

S’exprimant en français, Macron a appelé à un accord qui reconnaîtrait les « aspirations légitimes » des Palestiniens, et a souligné qu’il n’y avait « pas d’alternative au retour à un dialogue politique. »

Macron a aussi appelé à « éviter toute action » qui mettrait « en danger » le processus en cours entre le Liban et l’Etat hébreu sur l’épineuse question du gaz offshore.

Une corvette Saar Class 4.5 israélienne monte la garde autour de la plateforme installée par Energean au champ gazier de Karish, le 2 juillet 2022. (Crédit : Armée israélienne)

« Je souhaite évoquer les négociations sur la frontière maritime avec Israël », a déclaré le chef de l’Etat français à la presse aux côtés de  Lapid. « Les deux pays ont intérêt à aboutir à un accord qui permettra une exploitation énergétique au bénéfice des deux peuples ».

« La France y contribue déjà et est prête à y contribuer davantage », a-t-il ajouté sans autre précision.

Le Liban et Israël, deux pays voisins officiellement toujours en état de guerre, avaient entamé en octobre 2020 des négociations inédites sous l’égide de Washington pour délimiter leur frontière maritime, afin de lever les obstacles à la prospection d’hydrocarbures.

Mais les pourparlers ont été suspendus en mai 2021 à la suite de différends concernant la surface de la zone contestée, portant notamment sur le champ gazier de Karish.

Pour l’État hébreu, ce champ est situé en territoire israélien « à plusieurs kilomètres de la zone sur laquelle portent les négociations » avec le Liban. Pour Beyrouth, ce gisement se trouve dans les eaux contestées.

L’armée israélienne a affirmé le 2 juillet avoir abattu trois drones du Hezbollah libanais qui se dirigeaient selon elle vers le champ gazier de Karish.

Le groupe terroriste armé a reconnu avoir lancé « trois drones non armés en direction du champ contesté de Karish pour des missions de reconnaissance », sans faire mention de leur interception.

Avant son départ pour la France, une visite initialement prévue pour son prédécesseur Naftali Bennett, Yaïr Lapid avait déclaré vouloir discuter avec le président Macron des « attaques répétées contre le gisement gazier israélien, ce qu’Israël ne peut pas admettre ».

Cette visite intervient avant celle, la semaine prochaine en Israël, en Cisjordanie et en Arabie saoudite du président américain Joe Biden, dans le cadre de sa première tournée au Moyen-Orient depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

L’AFP a contribué à cet article.

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