Zamir demande une enquête « externe » sur les failles du 7-Octobre
Le chef d’état-major affirme que si l’armée a mené sa propre enquête, elle n’est pas seule responsable ; il évite toutefois d’appeler explicitement à une commission nationale
Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef d’état-major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a réitéré vendredi son appel en faveur d’une commission d’enquête « externe » sur les échecs du 7 octobre 2023, tout en affirmant que l’idée israélienne de « racheter le Hamas avec de l’argent » à Gaza s’était avérée être désastreuse.
Dans une lettre adressée aux officiers, qui résumait les conclusions tirées par une équipe d’anciens officiers supérieurs qui ont mené une enquête sur les investigations internes de l’armée israélienne concernant les échecs du 7 octobre, Zamir s’est concentré sur les échecs de Tsahal mais il a aussi indiqué qu’il estimait qu’une enquête portant sur les échecs qui avaient été enregistrés à tous les niveaux était cruciale.
Au cours des années qui avaient précédé l’attaque dévastatrice du Hamas, les gouvernements israéliens – principalement sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu – avaient adopté et maintenu une politique de transfert de fonds en provenance du Qatar vers Gaza, convaincus que ces incitations financières permettraient d’assurer le calme à la frontière sud.
« L’armée israélienne a pris ses responsabilités et elle a mené sa propre enquête, mais cet incident n’est pas uniquement le fait de l’armée, et il ne serait pas approprié de concentrer toute l’attention sur elle », a écrit Zamir.
« Pour établir la vérité et pour tirer des conclusions à l’échelle nationale, une commission d’enquête externe et objective doit être mise en place, comme cela a été fait après la guerre du Yom Kippour [en 1973] », a-t-il continué.
Le chef d’état-major a ajouté : « Entre autres choses, l’interface entre la hiérarchie politique et la hiérarchie militaire, ainsi que les conceptions politiques et sécuritaires qui ont précédé la guerre, doivent faire l’objet d’une enquête ».
Zamir a déclaré que le 7 octobre a été le résultat de « défaillances systémiques et de longue date ». Il a critiqué la doctrine de « confinement défensif » qui s’était développée dans les années précédant l’attaque, fondée sur l’idée que « acheter le Hamas avec de l’argent » permettrait à Israël de se concentrer sur d’autres menaces. « Cette doctrine d’ évitement a permis au Hamas de procéder à un vaste renforcement militaire, » a-t-il fait remarquer.
Zamir a notamment évité d’appeler explicitement à la création d’une commission d’enquête nationale, à laquelle le gouvernement s’oppose malgré les sondages montrant qu’une majorité de la population y est favorable. Une commission d’État avait, en effet, lancé des investigations sur les échecs entourant la guerre de 1973.
L’équipe d’enquête de l’armée, qui a été dirigée par le général de division (à la retraite) Sami Turgeman, l’ancien chef du commandement du sud, a noté qu’en 2023, des hauts responsables militaires avaient averti des responsables politiques, dont Netanyahu, que les ennemis d’Israël percevaient une « faiblesse interne » dans la société israélienne en raison du plan de refonte radicale du système judiciaire qui était alors prévu par le gouvernement. Si les enquêtes de l’armée israélienne ont déterminé que ce n’était pas la raison pour laquelle le Hamas avait lancé son attaque — qu’il avait planifiée des années auparavant — l’armée n’avait pas ajusté son niveau d’alerte ni ses déploiements à la lumière de ces avertissements.
Dans son résumé, Zamir a écrit : « En 2023, plusieurs avertissements ont été envoyés aux dirigeants militaires et politiques. Ces avertissements étaient généraux et ils visaient à souligner une perception naissante parmi nos ennemis -une perception selon laquelle l’État d’Israël traversait un processus d’affaiblissement interne, ce qui nuisait à sa force de dissuasion et ce qui augmentait le risque d’escalade. »
« Il est nécessaire d’examiner l’interface entre les dirigeants politiques et militaires concernant ces mises en garde et, en même temps, il est nécessaire d’examiner pourquoi la hiérarchie militaire, qui avait envoyé les avertissements, n’avait pas préparé les forces et les niveaux d’alerte en conséquence », a-t-il écrit.
Dans son résumé, Zamir a indiqué que toutes les opérations menées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza entre 2008 et 2021, en particulier l’opération « Bordure protectrice » en 2014, « ont contribué à ancrer l’idée » que le Hamas n’avait aucune intention d’envahir Israël. Zamir avait lui-même occupé le poste de chef du commandement du sud de 2015 à 2018.
« Des plans opérationnels pertinents n’ont pas été élaborés, les plans visant à vaincre définitivement le Hamas n’ont pas été mis en œuvre et ils ont même été abandonnés », a écrit Zamir, faisant référence aux plans opérationnels du commandement du sud qui visaient à vaincre le Hamas, qui avaient été rejetés après la fin de son mandat en 2018.
L’équipe de Turgeman a noté que les renseignements reçus par l’armée à la veille du 7 octobre, quelques heures avant l’attaque, « auraient pu et auraient dû conduire » à des actions de la part de l’armée, qui auraient pu changer l’issue de l’attaque.
Zamir a également conclu qu’il aurait été possible de changer l’issue de l’attaque, affirmant que « les évaluations de la situation et les processus décisionnels ont été menés de manière non professionnelle. Les informations disponibles exigeaient au minimum un relèvement du niveau d’alerte ».







