Ils ne sont pas plus grands que des lentilles, mais la taille ne minimise pas l’importance que pourraient avoir les neuf rouleaux de la mer Morte restés fermés pendant six décennies.

Un expert israélien a examiné les parchemins, que personne n’avait touchés jusqu’à présent, ayant échappé aux académiciens et aux archéologues qui se penchaient sur d’autres découvertes tout aussi extraordinaires pendant les années 1950.

Une fois ouverts, les minuscules phylactères de Qumran pourraient révéler certaines pratiques juives religieuses remontant à l’époque du Second Temple.

L’Autorité israélienne des Antiquités (AIA) a été chargée de la conservation de ces nouvelles découvertes – un processus très difficile que l’AIA devra consciencieusement respecter, seulement après avoir effectué des recherches préparatoires poussées.

Les phylactères, connus dans le judaïsme sous le nom hébreu de téfillines, sont deux petits boîtiers cubiques, contenant des passages bibliques de l’Exode et du Deutéronome.

L’une des boîtes est fixée à la tête par des lanières de cuir, tandis que l’autre s’attache au bras, pour les prières du matin. Cette pratique est prescrite par une interprétation rabbinique de la Bible. La boîte de la tête contient quatre rouleaux placés dans quatre compartiments différents, celle du bras n’en contient qu’un.

L’intérieur du Sanctuaire du Livre, où sont entreposés les Rouleaux de la Mer Morte (Crédit : Falsh90)

L’intérieur du Sanctuaire du Livre, où sont entreposés les Rouleaux de la mer Morte (Crédit : Flash90)

Au moins deux douzaines de fragments de rouleaux ont été trouvées lors des excavations des grottes de calcaire au-dessus de la mer Morte à Qumran dans les années 1950.

Plusieurs boîtes de phylactères avaient également été mises au jour.

Elles se trouvaient dans la cachette, mondialement connue, de milliers de rouleaux et de fragments de rouleaux contenant des textes bibliques et communautaires de l’époque du Second Temple.

Depuis leur découverte, les rouleaux de Qumran étaient entreposés au Musée d’Israël. Des érudits ont consulté ces documents anciens, ouvrant une fenêtre sur la théologie juive antique.

Mais ces neufs minuscules rouleaux ont été négligés – jusqu’à présent.

Le docteur Yonatan Adler, professeur à l’université d’Ariel, qui avait présenté son doctorat sur les téfillines de Qumran à l’Université hébraïque, faisait des recherches dans les chambres de stockage à température contrôlée de l’AIA, dans le quartier de Har Hotzvim de Jérusalem, en mai 2013.

Il y a trouvé les boîtes phylactères de Qumran au milieu d’artefacts organiques. Pensant qu’elles pourraient contenir des rouleaux non consignés, Adler a fait scanner les boîtes à l’hôpital de Shaaré Zedek. L’analyse a révélé que des parchemins pourraient en effet s’y trouver.

En attendant que l’analyse soit confirmée, Adler avait un pressentiment. C’est pourquoi il s’est rendu en décembre aux laboratoires des rouleaux de la mer Morte au Musée d’Israël.

Là, il a trouvé deux minuscules rouleaux à l’intérieur de compartiments d’une boîte de téfillines. La boîte avait été recensée mais mise à l’écart peu après 1952. Les parchemins n’avaient jamais été photographiés ni examinés. Ils étaient restés à l’intérieur de leur phylactère pendant environ 2 000 ans.

Le docteur Yonatan Adler (Crédit : Devorah Adler)

Le docteur Yonatan Adler (Crédit : Devorah Adler)

Puis, le mois dernier, Adler a révélé au Times of Israel avoir « trouvé un nombre de fragments de boîtes de téfillines de la grotte 4 de Qumran, avec 7 parchemins de téfillines enroulés » qui n’avaient jamais été ouverts.

L’expert des rouleaux de la mer Morte, Eibert Tigchelaar, de l’université de Louvain en Belgique, affirme que le fait que ces neuf rouleaux n’aient jamais été détectés n’est pas surprenant en soi.

En effet, ces rouleaux ont un passé « administratif » compliqué, dont un changement de souveraineté en 1967. « Certaines choses sont physiquement restées quelque part, mais ont été oubliées par l’administration, » indique Tigchelaar.

Aucun des phylactères n’a été daté au carbone, mais les parchemins et des objets cultuels des grottes de Qumran datent du premier et second siècle avant J-C et du premier siècle après J-C. Cette époque est en effet cruciale pour le développement du judaïsme et le début de la chrétienté.

Le professeur Lawrence Schiffman, vice-recteur à la Yeshiva University et expert du judaïsme du Second Temple, explique que certains textes des téfillines de Qumran sont identiques à ceux utilisés aujourd’hui.

D’autres ont les mêmes textes mais avec certains passages supplémentaires et d’autres ont les Dix Commandements. Selon lui, il serait intéressant de savoir dans quel ordre étaient placés les rouleaux dans les téfillines, un sujet sur lequel débattent les rabbins depuis des siècles.

Sept rouleaux de tefillin de Qumran redécouverts récemment (Credit : Autorisation de l’Autorité israélienne des Antiquité)

Sept rouleaux de téfillines de Qumran redécouverts récemment (Credit : Autorisation de l’Autorité israélienne des Antiquités)

« De mon point de vue, le plus important dans tout cela est qu’il existait des téfillines il y a plus de 2 100 ans, » a indiqué Schiffman à propos des rouleaux de la mer Morte en général.

La continuité de la tradition des phylactères est remarquable. En effet, cette tradition est transmise depuis des siècles.

« Nous devons nous préparer à des surprises, » déclare le professeur Hindy Najman de l’université de Yale, à propos de la découverte.

« D’un côté, nous avons pu observer une continuité entre ce qui a été découvert dans les rouleaux de la mer Morte – aux niveaux liturgique, rituel et textuel – et les formes contemporaines du judaïsme. Mais il existe une possibilité de pratiques diverses et une multitude de pratiques, influences et opinions sur les téfillines. »

Cependant, Schiffman affirme qu’il ne pense pas que les rouleaux « contrediront les concepts que nous avons. »

Des tefillin de Qumran (Crédit : Autorisation de l’Autorité israélienne des Antiquité)

Des téfilines de Qumran (Crédit : Autorisation de l’Autorité israélienne des Antiquités)

Tigchelaar confirme le propos de ce dernier, expliquant que les rouleaux, et ces téfillines en particulier, sont importants, non pas parce qu’ils révèlent des informations sur des coutumes particulières de l’époque du Second Temple, mais parce qu’ils prouvent que certaines pratiques rabbiniques ont des racines plus profondes.

Pnina Shor, de l’AIA, sera chargée du projet méticuleux d’extraire les rouleaux et de s’assurer de leur préservation.

« Nous le ferons lentement, mais nous consulterons d’abord nos experts sur la manière d’agir, » a-t-elle annoncé. Elle n’a pas voulu révéler quand le processus commencerait. « Nous devons d’abord mener beaucoup de recherches avant de commencer. »