SARCELLES – Peu de temps avant que leur synagogue soit enveloppée de fumée et de gaz lacrymogènes, 100 juifs armés de battes de base-ball chantaient La Marseillaise en face de la lourde porte de métal de la synagogue. Nous sommes à Sarcelles, une banlieue pauvre de la région parisienne où des dizaines de milliers de Juifs vivent au milieu de nombreux musulmans.

Ils s’étaient rassemblés devant la principale synagogue, ce dimanche de juillet, pour la défendre contre une foule majoritairement arabe de 200 hommes qui s’étaient rassemblés à proximité avec des bâtons et des pierres, mettant à feu des poubelles en scandant « On va vous massacrer ! ».

Les juifs présents ne chantaient pas pour les émeutiers… Leur « Marseillaise » a été un geste de reconnaissance envers les 100 policiers vêtus d’une armure anti-émeute qui ont empêché la foule de s’approcher [et pour certains aussi un coup de communication assez malin].

Vu qu’il était impossible d’accéder à la Grande Synagogue, certains des émeutiers ont brisé des vitrines dans la ville. Ils ont incendié deux voitures et jeté une bombe incendiaire à proximité d’une petite synagogue qui n’a été que légèrement endommagée.

« Nous avons chanté pour les remercier, mais aussi pour nous rappeler que nous sommes des citoyens français ayant également droit à la sécurité », a déclaré Eliyahu, un membre de la Ligue de Défense Juive (LDJ), qui a accepté de n’être identifié que par son prénom.

Il s’agissait de la neuvième attaque de synagogue en France depuis qu’Israël a lancé son opération à Gaza il y a deux semaines. Pour Eliyahu et de nombreux autres Juifs français, les attaques ont contribué à la prise de conscience que, malgré les efforts déployés par les autorités pour les protéger, les Juifs Français devaient surtout compter sur eux-mêmes pour assurer leur défense.

« Les flics sont là maintenant, mais demain ça va juste être nous et les Arabes », a résumé Serge Nadjar, un chef de file de la communauté locale.

Les autorités françaises ont été vigoureuses dans leurs condamnations des attaques, avec le président François Hollande promettant de ne pas laisser la violence au Moyen-Orient déborder dans les rues de France et le Premier ministre Manuel Valls promettant de punir sévèrement les attaques antisémites.

Mais bien qu’ils soient reconnaissants au gouvernement, de nombreux Juifs français manquent de confiance dans sa capacité à les protéger. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a temporairement interdit les manifestations contre Israël la semaine dernière dans un souci d’ordre public, mais cette interdiction a été ignorée par des milliers de personnes qui ont organisé des manifestations non autorisées.

Émeutes à Barbès-Rochechouart (Crédit : AFP/Jacques Demarthon)

Émeutes à Barbès-Rochechouart (Crédit : AFP/Jacques Demarthon)

« Je veux avoir toute confiance dans le fait que les autorités puissent assurer la sécurité de la communauté, mais malheureusement, je ne l’ai pas – pas entièrement » a déclaré Yves-Victor Kamami, membre du conseil exécutif du CRIF. Kamami a suggéré que le gouvernement prenne en charge des entreprises de sécurité pour aider à la protection des synagogues pendant les périodes de troubles.

Dans ce contexte, il semble y avoir de plus en plus de soutien pour la Ligue de Défense Juive, un groupe controversé dans le passé, pour ses liens avec l’extrême-droite israélienne, mais qui a été au centre de tous les efforts de riposte contre les attaques de synagogues.

Martine Cohen, une sociologue spécialiste de la communauté juive française, a déclaré que l’activité de la LDJ a augmenté en raison de « l’escalade des attaques antisémites ciblant les Juifs ». Elle souligne que la LDJ reste un petit mouvement qui n’est rien en comparaison à la menace posée par les émeutiers pro-palestiniens.

« J’avais l’habitude de dire à mes petits-fils de se concentrer sur leurs études et de rester en dehors des troubles, mais maintenant je les ai envoyés rejoindre la LDJ pour défendre nos synagogues contre la racaille », affirme Victor Sofer, un coiffeur qui travaille dans le 10ème arrondissement de Paris.

« Les Arabes tiennent les rues maintenant », a déclaré Sofer. « Nous devons leur apprendre à ne pas venir nous chercher si nous voulons survivre. La LDJ c’est notre Dôme de fer » a-t-il lancé.

Le leader de la LDJ, un homme qui se fait appeler Amnon, a confié à JTA qu’il voyait un changement d’attitude envers son groupe.

« Les dirigeants de la communauté juive, qui vivent dans de belles maisons loin de Sarcelles, avaient l’habitude de nous considérer comme des fauteurs de troubles », confie Amnon alors qu’il fait le guet autour d’une manifestation anti-israélienne non autorisée près de la Gare du Nord. « Mais cela est en train de changer ».

En effet, il y a quelques mois, le CRIF a mis en garde les Juifs de ne pas se faire vengeance après qu’un jeune de la LDJ ait été suspect de représailles contre les Arabes dans les rues de Paris.

Mais la semaine dernière, le CRIF a défendu les actions des jeunes combattants juifs, nombre d’entre eux venant de la LDJ, qui se trouvaient, le 13 juillet, face aux manifestants anti-israéliens devant la synagogue de la Roquette à Paris, dans ce qui est devenu une bagarre de rue massive.

« Les actions de ces jeunes en face de la synagogue étaient justifiées », a déclaré le président du CRIF Roger Cukierman à JTA. « C’est sûr que la LDJ a des aspects problématiques, mais il n’y a pas le temps d’en discuter. Nous avons des problèmes plus pressants maintenant ».

Trois Juifs ont été blessés à la synagogue de la Roquette. 30 jeunes hommes juifs de la LDJ et d’autres groupes ont repoussé 200 émeutiers tandis que six policiers ont protégé les 150 fidèles à l’intérieur.

Pendant 15 minutes, les jeunes Juifs ont empêché la foule d’atteindre les portes de la synagogue jusqu’à ce que la police anti-émeute fasse son apparition. Les vidéos des affrontements montrent deux membres de la LDJ et les émeutiers anti-israéliens se lançant des bouteilles et même des chaises les uns sur les autres.

«Nous en sommes à un stade où nous avons besoin de jeunes militants de notre communauté afin de compléter la sécurité de la police, il n’en fait aucun doute », a déclaré Joel Mergui, le président du Consistoire central. « Leur présence à La Roquette a peut-être empêché une catastrophe ».

Lors de la manifestation samedi à la Gare du Nord, Amnon, qui approche de la cinquantaine, a communiqué par téléphone avec des membres de la LDJ et d’autres groupes. Ses collègues ont surveillé la manifestation afin de donner rapidement l’alerte en cas de violences dirigées vers une synagogue. « De cette façon, nous pouvons mobiliser en quelques minutes et sauver des vies, comme à La Roquette », a déclaré Amnon.

Un des membres de la LDJ lors de la manifestation était un homme chauve, d’environ 50 ans lui aussi, qui portait une oreillette Bluetooth et un lourd manteau noir malgré la chaleur accablante. Le manteau a été rembourré pour la protection contre les coups de couteau. Par téléphone, l’homme a murmuré des instructions à une jeune femme juive qui se trouvait au cœur de la manifestation.

« Tiens-toi sur tes gardes, prends des photos discrètement et seulement si tu vois quelque chose de criminel » a-t-il précisé. « Et n’oublie pas de crier « Libérez la Palestine ! » ».