PARIS – Trois semaines après le début de l’opération Bordure protectrice à Gaza, la mobilisation des militants pro-palestiniens à travers le monde ne faiblit pas. Si des rassemblements ont eu lieu à Tel Aviv, Londres, Berlin, Vienne ou New York, c’est à Paris, en France, que ces manifestations de plusieurs milliers de personnes ont provoqué le plus de troubles.

Samedi dernier, alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas suivait son cours, entre 4 000 et 10 000 militants pro-palestiniens – selon les estimations de la police et des organisateurs – se sont rassemblés sur la place de la République, à Paris, malgré l’interdiction prononcée par les autorités.

Les deux week-ends précédents, plusieurs milliers de manifestants avaient déjà participé à trois rassemblements similaires dans le quartier de Barbès, au nord de Paris, et à Sarcelles, ville de banlieue parisienne surnommée la « Petite Jérusalem » en raison de son importante communauté juive séfarade.

De graves incidents avaient éclaté lors de ces manifestations, occasionnant des dizaines de blessés aussi bien dans les rangs des manifestants que dans ceux des policiers. Le 20 juillet, à Sarcelles, des affrontements avaient eu lieu devant la synagogue de la ville et plusieurs magasins tenus par des membres de la communauté juive – y compris un supermarché casher et une pharmacie – avaient été attaqués.

Suite à ces récents événements, le rassemblement de samedi dernier à Paris était donc sous haute tension selon l’aveu même de la préfecture de Police. Afin de parer à tout débordement et de protéger les lieux de culte des alentours, le gouvernement avait décidé de mobiliser 2 300 policiers.

Rassemblement à Paris le 26 juillet qui avait été interdit (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Rassemblement à Paris le 26 juillet qui avait été interdit (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Au même moment se tenaient des manifestations similaires dans d’autres villes françaises – celles-ci ayant en revanche été autorisées. Au rassemblement de Nice, Shlomo Sand, historien très controversé, s’est déclaré « honteux d’être israélien » devant une foule toute acquise à sa cause.

Organisée notamment par le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – le premier parti d’extrême gauche français –, le Parti des Indigènes de la République, Génération Palestine et Fatah France, la manifestation parisienne avait pour but selon la page Facebook de l’événement de « s’opposer aux dirigeants corrompus et hypocrites qui soutiennent Israël et de mettre en échec un projet colonial qui allie une idéologie raciste à une technologie meurtrière dont le but est de nous neutraliser ».

Équipés de nombreux drapeaux français, palestiniens ou de pays arabes, les manifestants ont commencé à arriver sur la place vers 14h. Malgré l’importante présence policière dans toutes les rues avoisinantes, l’ambiance était au départ plutôt calme.

Tandis que la plupart des manifestants scandaient « Nous sommes tous des Palestiniens », « De Paris à Gaza, résistance, résistance », « Colons, sionistes, c’est vous les terroristes » ou « Israël assassin, Hollande complice », d’autres préféraient les « Allahu akbar » et les slogans en arabe.

Malgré l’interdiction de manifester, les participants – assez jeunes pour la plupart – semblaient déterminés. Amine, 35 ans, a affirmé « qu’aucun Musulman n’oubliera le peuple palestinien tant qu’il souffrira », avant d’être interrompu par un vendeur de keffiehs ventant les vertus de son bout de tissus contre d’éventuels gaz lacrymogène.

La tension a commencé à monter vers 15h30, tandis que les premiers manifestants escaladaient le monument où trône la statue de Marianne, symbole de la République française.

Rassemblement à Paris le 26 juillet qui avait été interdit (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Rassemblement à Paris le 26 juillet qui avait été interdit (Crédit : Glenn Cloarec/Times of Israel)

Rapidement, une bannière « Gaza firm » a été dépliée. Toute la bande réunie autour arboraient des T-shirts à l’effigie de la « K-Soce Team », un groupe d’hooligans du PSG connu pour sa radicalité. Certains exécutaient des « quenelles » – un geste à la fois jugé antisémite et obscène – et des saluts nazis tandis que d’autres se contentaient de taper des mains en scandant « Palestine, Palestine, Palestine ».

Des fumigènes verts, blancs et rouges ont été allumés, un manifestant a brandi l’étendard noir des salafistes et un drapeau israélien a été brûlé. « Ils font n’importe quoi ! », pestait une jeune adolescente, un sticker « Boycott Israël ; État raciste » collée sur son voile. « On est ici en solidarité avec les martyrs de Gaza et pour réclamer la paix entre Israéliens et Palestiniens », a-t-elle expliqué. « On n’est pas ici pour s’en prendre aux Juifs ou brûler le drapeau d’un pays. »

Si les organisateurs avaient mis sur pied un service d’ordre dans le but d’éviter tout trouble, ses membres – tous revêtus d’un gilet jaune fluo – ont vite été débordés. Alors que la foule continuait à grossir, les policiers formaient des barrages à chaque sortie de la place et incitaient les familles avec enfants à quitter les lieux, signe de préparation d’une intervention.

Peu avant 17h, une rumeur circulait parmi la foule sur la présence de la Ligue de défense juive – organisation sioniste d’extrême droite connue pour ses méthodes violentes – dans une rue adjacente. Selon un manifestant, la police aurait formé un barrage afin de protéger les militants juifs, situés de l’autre côté de la barricade.

Les premiers projectiles et pétards ont été lancés en direction des forces de police tandis qu’un des organisateurs hurlait au mégaphone « Ne cédons pas aux provocations des CRS ; gardons notre sang froid ». Peu de manifestants semblaient réceptifs à son appel et la sécurité s’est retrouvée complètement dépassée par ce chaos soudain.

Les forces de l’ordre ont réagi rapidement à grands coups de gaz lacrymogène tandis qu’un nouveau mouvement de foule s’est crée au sud de la place. Un nuage de gaz s’est formé, un abri-bus a été brisé, de plus en plus de pierres et de bouteilles en verre ont été lancés en direction des policiers et sur des vitrines de magasins et les journalistes restés au milieu des manifestants se sont fait attaquer.

Le photographe Edouard Elias, revenu récemment de Syrie après y avoir été retenu 10 mois en otage, a frôlé le lynchage. Au même moment, bien qu’accompagnée par un vigile, l’équipe d’Itélé – chaîne d’informations en continu – s’est fait voler sa caméra et son micro.

« On vous cible comme des Juifs ! », a crié un émeutier à l’adresse d’un autre groupe de journalistes. Si certains adultes tentaient tant bien que mal de calmer les jeunes émeutiers, ils n’ont pas eu le succès escompté.

Les affrontements se sont poursuivis pendant près d’une heure et demi, tandis que la place se vidait peu à peu. Vers 18h30, plusieurs dizaines de militants du collectif Cheikh Ahmed Yassine – du nom du fondateur du Hamas – ont organisé une prière, à quelques mètres d’un barrage de police.

Interrogé par le Times of Israel sur la symbolique d’un tel acte sur une place représentant les valeurs de la République française – y compris donc la laïcité –, un des fidèles a simplement expliqué « qu’il fallait voir dans ce geste un simple appel à Allah pour qu’Il protège les Palestiniens de Gaza ».

Alors que les policiers procédaient à plusieurs interpellations et tentaient de diriger les derniers manifestants vers le métro, ordre a été donné par un manifestant de se rendre rue des Rosiers, en plein cœur du quartier juif de Paris.

Bouclé par la police, la zone ne connaîtra finalement aucun heurts – contrairement à mercredi dernier, où plusieurs dizaines de manifestations pro-palestiniennes ont tenté d’attaquer des passants à la suite d’une autre manifestation pour Gaza.

Quelques heures après la fin des affrontements de samedi, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, a annoncé que ses hommes avaient procédé à l’interpellation de 70 personnes « pour une partie d’entre elles armées de façon significative avec des matraques, des mortiers et des poings américains » et que 12 policiers avaient été légèrement blessés.

La moitié des personnes interpellées ont été relâchées sans suite.

Hier après-midi, une manifestation de soutien à Israël était organisée à Marseille, dans le sud de la France. 2 000 à 6 000 personnes étaient rassemblées, accompagnées par plusieurs politiciens locaux. Si plusieurs dizaines de pro-palestiniens ont tenté de perturber le rassemblement, aucun incident n’a été constaté.