A Pourim, Eli, 7 ans, aime s’habiller comme la reine Esther. C’est une vraie « fille-fille », avec des cheveux bruns qui lui touchent les épaules, qui arbore un sourire malicieux en empruntant en cachette des accessoires à ses sœurs de 9 et 5 ans. En somme, une petite fille californienne assez typique.

« Pour nous, au début, quand il y a deux ans, elle nous a dit qu’elle voulait porter des vêtements de filles, nous avons pensé qu’il s’agissait d’une phase. C’est même ce que nous espérions ; à l’époque, nous n’étions pas sensibilisés aux  questions de genre », se souvient Jodi, la mère d’Eli, au cours de la discussion avec le Times of Israel.

Lorsqu’Eli tenait à vouloir s’habiller comme une fille, cependant, Jodi et son mari ont décidé de consulter le directeur du CC et les enseignants d’Eli. On leur a conseillé de respecter ses désirs, sinon ils pourraient « écraser son identité, ce qui n’est pas bon pour la perception de soi ». C’est un moment critique dans le développement d’Eli, leur a-t-on dit, et il vaut mieux la soutenir dans ce qu’elle est.

Deux ans plus tard, avant le CP, la famille d’Eli a demandé à l’école de jour juive de la communauté de l’aider à créer une atmosphère scolaire favorable. L’école s’est tournée vers Keshet, une organisation éducative de défense des droits qui travaille pour « la pleine égalité et l’inclusion des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres juifs dans la vie juive ».

Le directeur de l’école a écrit une lettre aux parents indiquant : « J’espère que, comme nous avons adopté l’identité d’Eli en tant que communauté jusqu’à ce jour, nous continuerons à le faire par la suite. » Il a fait venir des experts de Keshet pour former les professeurs. L’ensemble du personnel s’est présenté, raconte Jodi. Ils ont déclaré qu’Eli n’a pas connu d’intimidation à l’école ou n’importe où ailleurs au sein de la communauté juive à laquelle la famille est rattachée.

« Je pense que c’est génial qu’Eli se comporte en gamine confiante, vraiment sûre d’elle. Il y a beaucoup à faire, avec le soutien de la communauté et des amis », affirme Jodi.

La famille vit dans le nord de la Californie, où l’idée d’avoir un enfant transgenre est de plus en plus acceptée. En mars, les médias juifs ont abordé le cas de Tom Sosnik, 13 ans, qui a été soutenu par sa communauté au cours d’une belle cérémonie dans laquelle il a reçu un nouveau nom, ressemblant étrangement à une bar-mitzvah. Jodi mentionne qu’il y a eu récemment d’autres cérémonies similaires dans la Bay Area.

Rabbi Tsipi Gabai bénit Tom Chai Sosnik sous le regard de ses parents et sa sœur à l'école Tehiyah, à El Cerrito en Californie le 13 mars 2015 (Crédit : Misha Bruk, BrukStudios.com)

Rabbi Tsipi Gabai bénit Tom Chai Sosnik sous le regard de ses parents et sa sœur à l’école Tehiyah, à El Cerrito en Californie le 13 mars 2015 (Crédit : Misha Bruk, BrukStudios.com)

« Dans la communauté juive, avec des taux d’acceptation sociale croissants, de plus en plus de jeunes se dévoilent, et de plus en plus tôt », déclare Joanna Ware, directrice régionale de Keshet. Ware précise cependant qu’il existe très peu de données fiables sur le taux d’identité transgenre dans la population – générale ou juive -, car il y a « encore beaucoup de stigmatisation ».

Les parents appellent communément Keshet pour des questions sur le genre ou des questions sexuelles entourant les enfants plus âgés, sur ce qu’il faut faire lors d’une colonie d’été par exemple. Mais, note Ware, Keshet travaille de plus en plus avec les parents et les enseignants dans des cas d’enfants de 3 ou 4 ans.

«Nous recevons beaucoup de demandes de gens ayant des enfants d’âge préscolaire, dit-elle. Ils n’appellent pas en disant : ‘J’ai un enfant trans’. Ils disent : ‘J’ai un enfant non conforme’ et demandent des ressources et un soutien. »

Toute la famille de Jodi et d’Eli consulte des spécialistes transgenres. Ils ont des discussions concernant les bloqueurs hormonaux et d’autres interventions médicales qui peuvent être une option dans un avenir lointain, mais Jodi explique qu’elle et son mari prennent les choses au fur et à mesure.

« Comme tous les parents, je ne veux pas que la vie soit difficile pour mon enfant. Je vois comment Eli est sûre d’elle-même, comme elle est heureuse [en fille]. Tout ce que nous voulons pour notre enfant est qu’il soit heureux et en bonne santé – et Eli est les deux. »

Comme tous les parents, Jodi se soucie de l’avenir de son enfant. Mais en tant que parent d’un enfant vraisemblablement transgenre, un nuage noir de sombres statistiques obscurcit l’horizon.

Selon une enquête de 2011 sur plus de 6 400 personnes trans du Centre national pour l’égalité transgenre et de la Task Force nationale LGBTQ, plus de 41 % des transgenres interrogés ont tenté de se suicider, contre 1,6 % pour la population générale américaine.

Plus de 90 % ont parlé de harcèlement ou de discrimination au travail, et par rapport à la population générale, les transgenres sont quatre fois plus susceptibles de vivre dans la pauvreté et deux fois plus susceptibles d’être au chômage.

Cependant, une étude néerlandaise de 2014, « Young Adult Psychological Outcome After Puberty Suppression and Gender Reassignment« , publiée dans la revue médicale Pediatrics a montré des taux beaucoup plus faibles de comportement antisocial chez les 55 personnes transgenres néerlandaises qui ont commencé leur transition à l’adolescence, avec des bloquants à l’âge de la puberté.

L’étude révolutionnaire a constaté qu’après un protocole suivant les Normes internationales de soins avec une équipe de spécialistes de la santé mentale, de médecins et de chirurgiens, le « bien-être » des individus étudiés « était similaire ou supérieur à celui des jeunes adultes du même âge de la population générale ».

Mais la société est-elle mûre pour intégrer une population adolescente transgenre ?

Au cours des dernières années, la communauté trans a gagné en popularité dans la culture populaire, avec les histoires et les stars trans de la série télévisée hollywoodienne « Transparent ». Les gros titres internationaux ont annoncé qu’un transgenre mâle est en tête du concours de Une pour le Men’s Health magazine.

Pour le judaïsme, ces questions liées aux transgenres n’ont rien de nouveau.

Dans la littérature rabbinique, on trouve des débats vieux de 2 000 ans sur le thème de l’égalité et la terminologie du phénomène apparaît des centaines de fois dans le Midrash, la Mishna et le Talmud. Même la création biblique du monde pourrait être interprétée à travers un prisme transgenre.

Pour comprendre la relation entre le judaïsme et le transgenre, nous devons commencer depuis le début.

La création du monde

Dans le Bereshit Rabba, un texte midrashique sur le livre de la Genèse, rédigé autour du 5e siècle de notre ère, Rav Yirmiya Ben Lazar dit que lorsque Dieu créa le premier homme, Il le créa « androgyne ». Comme indiqué dans Genèse 1: 27 : « Dieu l’a créé à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. »

Le midrash continue. Selon Rav Shmuel Bar Nachman, lorsque Dieu a créé le premier homme, « Il l’a créé avec deux visages et les a scindés… »

La première personne ouvertement transgenre ordonnée par le Hebrew Union College réformiste, Rav Elliot Kukla, a beaucoup écrit sur le judaïsme et les questions transgenres sur le site TransTorah.

Rabbi Elliot Kukla. (Crédit : Nic Coury)

Rabbi Elliot Kukla. (Crédit : Nic Coury)

Kukla cite la terminologie utilisée dans la littérature rabbinique, tel l’ « androgyne » cité dans Bereshit Rabba, où l’on parle d’une personne aux caractéristiques sexuelles la fois «mâles» et «femelles». Kukla écrit qu’il a répertorié 149 références dans la Mishna et le Talmud (rédigé du 1er au 8e siècle de notre ère), et 350 dans le midrash classique et les codes de loi juive (écrits du 2e au 16e siècles).

Kukla évoque également le terme « tumtum » ou une personne aux caractéristiques sexuelles indéterminées ou couvertes, cité 181 fois dans la Mishna et le Talmud, et 335 fois dans le midrash classique et les codes de loi juive. Il définit « aylonit » comme celui qui est identifié comme femelle à la naissance, mais qui développe des caractéristiques masculines à la puberté et est stérile : 80 références dans la Mishna et le Talmud et 40 dans le midrash classique et les codes de loi juive.

Et puis il y a le « saris », identifié comme masculin à la naissance, mais qui développe des caractéristiques féminines à la puberté ou n’a pas de pénis. Kukla explique qu’un « saris » peut être « naturellement saris » (saris hamah), ou le devenir par intervention humaine (saris adam). Il en compte 156 références dans la Mishna et le Talmud et 379 dans le midrash classique et les codes de loi juive.

Il y a, ensuite, des centaines de références, mais Rabbi Becky Silverstein confie dans une conversation avec le Times of Israel ne pas avoir d’avis tranché sur le narratif rabbinique concernant ce sujet.

«J’étais content que les rabbins parlent d’androgynos et de tumtum. Mais nous voyons le genre et le sexe différemment des rabbins, à certains égards, et je ne suis pas sûr… Commentent-ils ce qui se passe réellement dans leur vie ou ont-ils un discours purement intellectuel ? »

Rabbi Becky Silverstein sert dans une synagogue conservatrice en Californie (Crédit : Jordyn Rosenzky)

Rabbi Becky Silverstein sert dans une synagogue conservatrice en Californie (Crédit : Jordyn Rosenzky)

Silverstein affirme que lui-même et d’autres Juifs trans « trouvent utile au moins de dire que les rabbins en parlent », et ajoute que les rabbins distinguent beaucoup plus de catégories de genre que celles d’aujourd’hui.

Aux États-Unis, « le genre binaire est donc renforcé, ce qui est également vrai dans le monde juif », dit Silverstein.

Né femme, Silverstein est devenu lesbienne en décembre 2000 après son premier semestre à l’université.

« Les gens me traitaient de ‘gouine’» raconte-t-il avec le recul, ajoutant qu’en six ans, il a porté une robe, peut-être deux, et était un athlète.

Il a commencé l’école rabbinique au Hebrew College non confessionnel en 2008, où il a commencé « à penser de plus en plus au genre, essayant de comprendre ce que cela signifiait. J’ai commencé l’apprentissage de cette langue du genre et de l’identité de genre ».

A mi-chemin de l’école rabbinique, il est devenu « gender queer » – « une identité qui n’est ni homme ni femme, mais externe, entre les deux, et autour du binaire ».

Pour Silverstein, et nombre de ceux qui ont parlé au Times of Israel, le genre est un concept fluide. Au bout du compte, il s’est senti plus masculin et c’est ce qu’il est devenu. Silverstein n’a pas encore effectué d’intervention médicale dans son processus de transition.

« Je n’ai pas changé mon nom, mais j’utilisais des pronoms masculins et me plaçais quelque part à l’extérieur du binaire », dit Silverstein, qui travaille avec des jeunes dans une synagogue conservatrice de Californie.

Vainqueur de la catégorie Meilleur acteur Jeffrey Tambour en tant que Maura dans 'Transparent' (Crédit : Autorisation Amazon Studio)

Vainqueur de la catégorie Meilleur acteur Jeffrey Tambour en tant que Maura dans ‘Transparent’ (Crédit : Autorisation Amazon Studio)

En tant que rabbin, Silverstein est aux prises avec l’intersection entre le judaïsme et le sexe. « Je suis un gars trans. Comment la Halakha [loi juive] s’applique-t-elle à ma vie ? », interroge-t-il.

La plupart des courants du judaïsme progressif acceptent et accueillent la communauté transgenre à bras ouverts. Il y a un nombre croissant de rabbins transgenres, devenus le fer de lance de nouveaux rituels innovants, ou initiateurs d’un changement de la liturgie existante pour adopter un langage plus inclusif.

Mais la Halakha vis-à-vis de la communauté transgenre orthodoxe est beaucoup plus compliquée et souvent génératrice de troubles émotionnels.

Faire les mitsvot et éviter le péché

« La matrice culturelle du judaïsme orthodoxe diffère grandement de la société juive libérale. Dans cette dernière, le vif intérêt dans le choix de l’identité personnelle est souvent source de célébration publique (à la conversion, qui n’est généralement pas publiquement célébrée par les orthodoxes) », explique Rabbi Daniel Landes, un étudiant de Rabbi Joseph B. Soloveitchik, la figure imposante de l’orthodoxie moderne du 20e siècle.

Le directeur de l'Institut d'études juives, le rabbin Daniel Landes (Crédit photo: Autorisation)

Le directeur de l’Institut d’études juives, le rabbin Daniel Landes (Crédit photo: Autorisation)

« Les orthodoxes acceptent l’identité telle quelle, et chacun doit faire des mitsvot et éviter le péché », explique Landes, directeur de l’Institut d’études juives Pardes de Jérusalem.

Empathique avec le sort de la communauté transgenre religieuse, cependant, Landes ajoute, « la situation des jeunes transgenres n’est pas nécessairement un déséquilibre émotionnel ou une expérimentation, comme beaucoup de mes collègues orthodoxes le craignent – parfois à juste titre. Souvent le corps et le genre ont été mal assortis. Cette circonstance tortueuse tragique ne sera pas modifiée par des thérapies répressives ou des déclarations pieuses. Nous devons laisser les gens retrouver leur identité réelle et les guider en sens précautionneusement. Et ces personnes méritent de vivre une vie pleine et de participer à notre communauté. »

Mais pour beaucoup, sinon la plupart, dans la communauté transgenre, la chirurgie et les hormones transgenres font partie intégrante de leur transition. Ces étapes, dit Landes dans un long email de responsum, présentent des problèmes halakhiques graves, y compris « l’interdiction de sirus – castration/stérilisation, une interdiction biblique pour les hommes (Lévitique 22:24) et au moins une interdiction rabbinique pour les femmes (Even HaEzer 5:11). Les autorités comprennent l’interdiction de travestisme (Deutéronome 22: 5), y compris toute procédure (comme les traitements hormonaux) conduisant à ressembler à l’autre genre. La mutilation corporelle est l’une des autres questions difficiles. »

En outre, à la question de savoir si une opération de changement de sexe change halakhiquement le statut, il répond, « la très grande majorité des autorités orthodoxes statuent que non ».

« Un homme avec des seins artificiels, un vagin en plastique et dont le pénis a été retiré reste chromosomique et halakhiquement un homme. Cela est également vrai pour une femme qui a opéré un changement », note Landes.

Cependant, Landes cite une opinion indépendante de Rabbi Eliezer Yehouda Waldenberg (1915-2006), qui fut l’expert médical halakhique prééminent de l’hôpital Shaare Zedek de Jérusalem.

« Dans plusieurs responsa (Tzitz Eliezer), il élargit la discussion pour inclure des voix essentiellement du 19e siècle. L’hypothèse est que de telles situations existent, pour ainsi dire, dans les ‘meilleures familles’, et qu’un changement de genre après une opération est efficace à un tel degré qu’un homme changé en femme n’a même pas besoin d’accorder à sa femme un guet [divorce religieux – une question halakhique très sérieuse) car le « il » n’existe plus comme homme. En effet, le rabbin Waldenberg semble laisser entendre que cette nouvelle femme pourrait être mariée à un homme », affirme Landes.

L’éducatrice juive Yiscah Smith ouvre ses mémoires. « Quarante ans dans le désert : mon voyage vers une vie authentique », en se décrivant comme un garçon de cinq ans qui se sentait déjà qu’il aurait dû naître fille.

Dans son voyage vers la féminité, Smith est passé de mari ultra-orthodoxe Loubavitch et père de six enfants, à l’abandon de la foi et à la tentative d’un mode de vie homosexuel, pour finalement réaliser qu’elle pouvait physiquement devenir la femme qu’elle se sentait destinée être.

Il y a dix ans, à 54 ans, Smith a terminé sa transition de quatre ans avec la chirurgie médicale qui a pu donner un corps à son identité de femme.

Pour Smith, et pour beaucoup de gens qui ont transité à l’âge adulte, l’adolescence était la période la plus difficile tandis que le corps est de plus en plus « trahi ». Elle devenait de plus en plus masculine, et son identité intérieure ne suivait pas.

« Je détestais mes années d’adolescence. Chaque matin, je me réveillais et souhaitais ne pas être en vie, mais la façon dont je me réveillais n’était pas la réalité. J’avais besoin d’un accord, d’une harmonie », dit-elle dans une conversation avec le Times of Israel.

Smith convient que chaque adolescent souffre plus ou moins.

« Mais ce dont la plupart des gens souffrent et de vivre une vie inauthentique. » Cette situation est aggravée, dit-elle, « quand le corps adopte un genre plus précis qui lui est attribué dès la naissance ». Pour elle, il y avait un sentiment de « wow, mon corps me ment vraiment ».

Même si elle croit en un long processus d’introspection, des histoires comme la cérémonie très médiatisée de Tom Sosnik, en classe de quatrième, la fait sentir « toute petite devant la rapidité avec laquelle les temps changent ».

« Quand j’avais son âge, ce n’était pas dans mon vocabulaire, ce n’était pas un souhait ou une prière », dit-elle, ajoutant qu’elle se sentait comme sa « troisième grand-mère juive ».

« Quand l’inimaginable devient réalité, nous vivons dans une ère de rédemption », dit-elle.

Quand est-ce trop tôt ?

Les parents cèdent-ils aujourd’hui simplement aux demandes de leurs enfants d’envisager la possibilité d’une identité transgenre ? C’est peut-être une question naturelle tandis que des enfants tels qu’Eli, 7 ans, commencent leur transition à un âge plus précoce.

Une mère juive du Midwest, dont l’enfant « R » est en transition a répondu au Times of Israel par email.

« Cela ressemble à une critique générale de la parentalité américaine, à laquelle, à certains égards, j’adhère. Mais votre question ici n’est pas si R a reçu les choix : manger des bonbons ou jouer à des jeux vidéo… Ici, nous parlons de quelque chose de très différent. Il y a des choix indulgents… les bonbons, les jeux. Il y a aussi des choix que nous pouvons faire qui sont des déclarations », écrit-elle.

R est dans sa dernière année de lycée.

« Avant que R se dévoile, j’avais lu beaucoup d’histoires d’enfants trans et de la manière dont leurs parents les ont soutenus. J’ai toujours trouvé très beau et stimulant que les familles fassent ces choix ensemble. J’espère qu’en permettant à R de s’affirmer, nous faisons aussi une belle chose », écrit-elle.

Des patient du Dr Norman Spack Nicole (à gauche) et à côté de son frère jumeau identique (Crédit : capture d'écran YouTube)

Des patient du Dr Norman Spack Nicole (à gauche) et à côté de son frère jumeau identique (Crédit : capture d’écran YouTube)

La prolifération de cas de coming-out transgenres montre une différence marquée dans les normes sociétales. Et un nombre croissant de parents élèvent leurs enfants avec des rôles beaucoup plus larges en termes de genre et avec une plus grande diversité, a expliqué Arlene Lev, la fondatrice et la directrice de projet du projet sur l’Orientation sexuelle et l’identité de genre de l’université d’Albany, l’université de l’État de New York.

« D’une manière générale, les parents font le meilleur pour leurs enfants », a déclaré Lev, une thérapeute de famille du Choices Counseling and Consulting. « Ils essaient de faire au mieux pour équilibrer la situation, pour inculquer à leurs enfants des valeurs et aussi les écouter.

Les situations ne sont pas toujours aussi claires, cependant.

« Bien que le travail d’un parent soit de fixer les règles pour guider les enfants, quand il s’agit de l’identité de genre et d’expression, il est préférable d’écouter les identités émergentes des enfants », a précisé Lev.

Parfois, c’ est préférable pour les parents afin de laisser de l’espace et du temps à leurs enfants.

« Je pense que si les enfants sont autorisés à explorer le genre, explorent ce que cela signifie et se trouvent eux-mêmes », affirme-t-elle.

Quand commencer une intervention médicale ?

Endocrinologue pédiatrique, Dr Norman Spack est l’un des fondateurs de l’égalité du Service de la gestion des genres à l’Hôpital pour enfants de Boston en 2007. Spack, le pionnier du pays dans le traitement des adolescents transgenres, a connu une hausse des demandes cette dernière décennie ; qu’il attribue à l’acceptation croissante de la communauté gay, et donc par extension des transgenres, dans la société.

« C’est un phénomène générationnel », a déclaré Spack, qui a reçu une spéciale Barbara Walters en 2007 pour avoir contribué à rendre l’Amérique consciente de cette question.

L’une des choses qui a initialement motivée Spack à commencer son travail avec les jeunes transgenres fut son exposition précoce, au milieu des années 1970, aux sans-abris de sa ville natale de Boston. Beaucoup avaient été chassés de leurs maisons en raison de leurs identités de genre. Spack a aussi noté un taux disproportionné de suicides dans la communauté transgenre non traitée de Boston, avec des hormones plus large, qui a le taux de suicide le plus élevé dans le monde.

« Nulle part dans la Torah, un être humain est un guérisseur », explique Spack, un Juif, au Times of Israel. Mais alors qu’il assistait à un cours sur le Rambam – qui était médecin en plus d’être l’un des plus grands érudits rabbiniques de tous les temps -, Spack a senti qu’aider ces gens était un impératif biblique : « Ne pas rester pas les bras croisés pendant que le sang de votre voisin est versé. »

Une star populaire sur YouTube,  l'adolescent transgenre Taylor Alesana, 16 ans, s'est suicidé le 2 avril 2015 (Crédit : Facebook)

Une star populaire sur YouTube, l’adolescent transgenre Taylor Alesana, 16 ans, s’est suicidé le 2 avril 2015 (Crédit : Facebook)

Une psychologue israélienne et professeure de gender studies, Tova Hartman, décrit le stress ressenti par les adolescents transgenres qui se rendent compte que « que quelque chose ne va pas ».

« Cela implique tant de souffrances », déplore Hartman, le doyen des sciences humaines à la faculté académique d’Ono. Elle préconise de laisser aux gens la liberté pour « se déplacer dans et hors des environnements et des identités et d’essayer des choses qui ne sont pas dangereux ou nuisibles ».

Spack a déclaré au Times of Israel que quand il a ouvert la clinique, environ 11 % de ses patients avaient tenté de se suicider. « Pas un seul patient n’a essayé à nouveau de se suicider après être passé par chez nous », a déclaré Spack. Même si les patients n’ont peut-être pas encore été traités, la seule possibilité d’un des traitement est, étonnamment, suffisante pour apporter un grand soulagement.

« Aller de l’avant est la bonne décision. Vous verrez généralement l’adolescent s’épanouir, à la fois académiquement et socialement, de la manière la plus gratifiante qui soit », a affirmé le Dr Sandra Samons, un médecin titulaire d’un doctorat en sexualité humaine qui soigne des patients transgenres depuis le début des années 1990.

Samons dit qu’il y a plusieurs facteurs qui doivent être pris en compte au moment de décider d’un « plan d’action ou d’inaction », y compris une histoire ancienne et persistante de l’expression transgenre et « la façon dont ils réagissent lorsqu’ils sont hors de leur identité transgenre ».

« Cela implique une évaluation au cas par cas pour vérifier si plus de mal peut être fait en aidant l’adolescent à aller de l’avant ou en gardant l’adolescent en l’état en lui niant le soutien affectif et médical », a déclaré Samons.

La clinique de Spack fut la première clinique de ce genre aux États-Unis dans laquelle les adolescents étaient traités médicalement « pour les aider à passer dans le sexe qu’ils affirment [être] ». Cependant, avant qu’il n’administre tout type de traitement médicamenteux, les adolescents sont « testés de toutes les manières possibles » pour discerner si leur malheur est bien due à la dysphasie de genre.

L’intervention médicale typique, a expliqué Spack, commence au début de la puberté physique, lorsque les inhibiteurs d’hormones de puberté sont prescrits. Ces bloquants, qui peuvent être interrompus à tout moment sans effets durables, sont une manière d’ « appuyer sur le bouton pause ». Ils permettent à l’enfant de continuer à explorer son monde intérieur et à grandir dans son identité, avant d’effectuer des changements physiques ou hormonaux.

Chez les hommes, les inhibiteurs de la puberté empêchent le développement de la pomme d’Adam ou des pieds et mains masculins et limite la croissance. Pour les femmes, ils empêchent la menstruation et le développement des seins.

À la fin des années de l’adolescence, si l’équipe du patient est d’accord que le temps est venu de procéder à la suite, la thérapie hormonale peut être administrée. L’adolescent va commencer à ressembler physiquement au sexe avec lequel il s’identifie, et certains des effets sont irréversibles, a expliqué Spack, telles que les conséquences sur la voix ou la taille.

Lors du processus de thérapie hormonale pour les adolescents nés filles, Spack conseille fortement un retrait complet de tous les organes du sexe en raison des effets secondaires cancérigènes des hormones. Ceci rend évidemment le patient irrévocablement stérile.

« Une voix comme Minnie et le visage qui va avec »

L’adolescent juif du Midwest « R » devrait entrer à l’automne dans un collège  où les toilettes sont neutres. « Il y a déjà des étudiants transgenres qui vivent sur ce campus », précise-t-il.

Une plaque indiquant la nouvelle salle de bain neutre à l'Académie hébreu Jack M. Barrack  près de Philadelphie (Crédit : JTA)

Une plaque indiquant la nouvelle salle de bain neutre à l’Académie hébreu Jack M. Barrack près de Philadelphie (Crédit : JTA)

« On dirait que c’est le paradis et j’ai hâte d’être dans un endroit où je peux être moi-même sans se me soucier de la réaction négative ou violente de la communauté autour de moi. »

R espère commencer à prendre de la testostérone dès l’année prochaine.

« Je fais 1m62, avec une voix comme Minnie et le visage qui va avec. Je ne me sens pas à l’aise dans mon propre corps », a écrit R. Il a dit que lorsque les gens découvrent qu’il est trans, ils lui demandent toujours : « Alors, qu’en est-il de la chirurgie? ».

« Pour moi, c’est une question difficile. Je sais que je veux faire la chirurgie du haut, parce que mes seins sont une des sources les plus importantes de ma dysphorie, mais l’idée de la chirurgie du bas me met très mal à l’aise », explique-t-il.

Un chirurgien du Michigan, le docteur William Kuzon, explique que la norme est d’attendre jusqu’à 18 ans pour toute intervention chirurgicale. Il a déclaré au Times of Israël que, tandis que l’opération homme à femme a de très bons résultats chirurgicaux, l’opération femme à homme « peut être très compliqué » et qu’il peut y avoir « des complications énormes » dans la création d’un phallus.

R, comme beaucoup d’hommes trans, peut choisir de ne pas subir une phalloplastie.

« Je ne sais pas quoi penser d’une partie du corps que l’on m’ajoute. Cela étant dit, je ne pense pas que ce type de chirurgie est à prévoir pour les prochaines années. Je tiens à m’habituer au corps que la testostérone me donnera avant de continuer à faire plus de changements . »

R a fait son coming-out auprès de plusieurs amis de l’école et du camp d’été juif, à plusieurs personnes de la communauté juive également.

« Tout le monde a été encourageant. Je pense qu’à chaque fois que R passe l’étape du coming-out, il fait un pas en avant pour s’approprier son identité et s’y habituer, pour se sentir mieux dans sa peau », a écrit sa mère.

R dit qu’être Juif a joué un rôle dans son identité.

« Je pense que le meilleur exemple de cela est la définition juive de la masculinité. Tout au long de la Torah, les hommes les plus célèbres ne sont pas ceux qui ont la force de dix hommes et des abdominaux étincelants. Ce sont les plus intelligents, les penseurs. Cette tendance se manifeste également dans la synagogue que j’ai fréquentée en grandissant, et se présente même chez mon père », a-t-il écrit.

« Pour un gars trans comme moi, je pense que cela me rend capable de me sentir beaucoup mieux sur moi-même en tant qu’homme, parce qu’en étant réaliste, je ne vais jamais ressembler au symbole de sexe masculin que notre monde moderne affectionne. »

La mère de R a déclaré que, bien que son annonce à l’origine était une surprise, elle et son mari ont tenté de soutenir leur fils tout en cherchant les avis des experts.

« Pour moi, l’annonce a été ce qui m’a donné l’espoir que cela pourrait être un chemin hors des lieux sombres et autodestructeurs dans lesquels il étaient ces deux dernières années. Pour moi, si la recherche de son identité trans aide R à vivre une vie heureuse, alléluia ! »

Elle a admis qu’il y a des moments où elle se demande  où sa fille est allée.

« Mais je me rends compte que c’est une réaction superficielle. La même âme est là, juste dans des vêtements différents. L’enfant à qui j’ai donné naissance est toujours ici avec moi. Les choses sont différentes et elles ne le sont pas en même temps. »

« Et après tous les craintes que mon enfant se tuent, voir R heureux et dynamique dans cette nouvelle identité est un cadeau. »