Un important ministre du Likud a déclaré mardi qu’un discours très attendu du secrétaire d’Etat américain John Kerry sur le conflit israélo-palestinien était « pathétique », et avait pour objectif de garantir l’éloignement de toute perspective de paix.

Dans un communiqué de presse cinglant, le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan a fustigé le discours de Kerry prévu mercredi, affirmant qu’il était « pathétique de présenter une formule pour mettre fin au conflit au dernier moment, quand pendant tout [son] mandat, [il] n’a rien fait bouger (à l’exception d’une conférence soutenue par le Hamas à Paris) », en référence au sommet sur la paix français qui aura lieu le 15 janvier. Israël a refusé d’y assister, affirmant que seules des négociations bilatérales donneraient lieu à un accord de paix.

Le très attendu discours de Kerry sera prononcé moins d’une semaine après le vote de la résolution 2334 au Conseil de sécurité des Nations unies, permis par l’abstention américaine. La résolution dénonce les implantations israéliennes, et affirme qu’elles n’ont « pas de validité légale ».

Elle appelle de plus à l’arrêt complet de toute construction dans les zones qu’Israël a conquises pendant la guerre des Six Jours de 1967. La décision a été soutenue par 14 des 15 membres du Conseil de sécurité.

Erdan a déclaré mardi que le discours de Kerry, « avec la récente décision du Conseil de sécurité, assurera finalement que les Palestiniens n’acceptent aucune négociation dans les prochaines années, et éloignera toute possibilité de faire avancer la paix. »

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry devant le Forum Saban à Washington, D.C., le 4 décembre 2016. (Crédit : Ralph Aswang, via JTA)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry devant le Forum Saban à Washington, D.C., le 4 décembre 2016. (Crédit : Ralph Aswang, via JTA)

« Il est très triste que l’administration Obama, qui a enchaîné les erreurs en ce qui concerne le Moyen Orient pendant tout son mandat, tente d’assurer que ce chaos persiste après la fin de son mandat », a accusé Erdan.

Les responsables israéliens ont commencé une campagne acerbe contre l’administration Obama depuis le vote de vendredi, accusant les Etats-Unis du président Barack Obama d’abandonner Israël, de le piéger aux Nations unies et d’avoir été de connivence avec l’institution mondiale pour faire voter la résolution « dans le dos d’Israël ».

Washington a démenti ces accusations israéliennes et a cité les récentes politiques du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et les déclarations pro-implantations de responsables israéliens pour expliquer pourquoi les Etats-Unis avaient décidé de s’abstenir. La Maison Blanche a de plus affirmé qu’Israël n’aurait pas dû être surpris.

Peu après le vote, Kerry avait publié un communiqué dans lequel il affirmait que la résolution pourrait « préserver la possibilité de la paix » et indiquait qu’il donnerait un discours exposant sa vision d’un accord de paix au Moyen Orient, et les moyens dont disposeraient les futures administrations pour faire avancer le sujet.

Kerry présentera dans un grand discours mercredi sa « vision complète » du processus de paix israélo-palestinien, a annoncé mardi le porte-parole de la diplomatie américaine, Mark Toner.

Toner a refusé de préciser si le secrétaire d’Etat en profiterait pour annoncer une nouvelle initiative, comme le craignent les responsables à Jérusalem.

Le chef de la diplomatie américaine pense que « c’est de son devoir, dans ses dernières semaines et derniers jours en tant que secrétaire d’Etat, de présenter ce qu’il pense être le chemin vers une solution à deux Etats », selon Toner, qui a ajouté qu’il « est toujours important de faire avancer le processus. »

« Nous ne l’avons pas laissé tomber et nous ne pensons pas que les Israéliens et les Palestiniens doivent également [l’abandonner] », a ajouté Toner.

John Kerry prononcera ce discours au département d’Etat devant plusieurs invités parmi lesquels des diplomates présents à Washington.

Le président américain Barack Obama et son secrétaire d'Etat John Kerry, en 2012. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le président américain Barack Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry, en 2012. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ces derniers mois, il a souvent été supposé que Kerry ou Obama pourraient donner un grand discours posant les paramètres d’un accord sur le statut final, qui préciserait comment les futures administrations souhaitant deux états pourraient faire progresser le sujet.

Israël craint à présent que les principes proposés par Kerry ne soient ensuite consacrés dans une autre résolution du Conseil de sécurité.

Pendant son mandat de secrétaire d’Etat, Kerry a passé un temps considérable à tenter d’obtenir l’accord de paix si convoité, notamment en initiant neuf mois de négociation, finalement inutiles, pour tenter de conclure un accord final.

Kerry devait initialement donner son discours jeudi, juste après le vote du Conseil de sécurité, mais l’a annulé quand l’Egypte a retiré la résolution à la dernière minute, après des pressions d’Israël et du président américain élu Donald Trump.

Toner a également exprimé mardi l’inquiétude américaine devant la réaction d’Israël au vote de la résolution, qui pourrait aggraver encore son isolement dans la communauté internationale.

« Nous sommes préoccupés quand nous voyons Israël prendre des mesures qui l’isoleront […] mais ce n’est pas à nous d’en dire plus sur ce que décide de faire Israël », a-t-il déclaré.

« Nous ne voulons pas que cela crée une tempête diplomatique, a-t-il ajouté. Ce que nous voulons, ce sont des actions qui créent un climat qui est propice à la reprise des négociations directes. »

Répondant à la récente censure des Nations unies, Israël a convoqué pour les réprimander les ambassadeurs des pays qui ont soutenu la résolution, et a sanctionné certains d’entre eux, en rompant des relations, réduisant des programmes d’aide et annulant des rencontres.

Pour défendre ces mesures, Netanyahu a déclaré qu’ « Israël est un pays fier, et nous ne tendrons pas l’autre joue. »

« C’est une réponse responsable, mesurée et vigoureuse, la réponse naturelle d’un peuple sain qui précise aux pays du monde que ce qui a été fait aux Nations unies n’est pas acceptable pour nous », a-t-il ajouté.

L’AFP a contribué à cet article.