Kfar Saba, Israël – Pour son neuvième album, le musicien Idan Raichel est revenu chez lui.

Pas sa propre maison, qu’il partage avec sa petite amie d’origine autrichienne, Damaris Deubel, et leurs deux petites filles. Mais à la maison de ses parents à Kfar Saba, dans la banlieue verdoyante du Gush Dan où Raichel est né et a grandi aux côtés de ses amis, qu’il a tous connus à l’école maternelle et élémentaire, dans une rue bordée d’arbres et de maisons familiales, où ses parents se sont installés il y a 40 ans.

C’était dans cette maison que Raichel a pour la première fois joué de l’accordéon à l’âge de neuf ans, un instrument que sa mère lui a donné, avec la mandoline qu’utilisait son grand-père.

« Je ne pense pas qu’un enfant choisirait l’accordéon pour jouer »,a expliqué Raichel en riant, qui a précisé qu’il remerciait ses parents de l’avoir « presque forcé » à jouer de l’accordéon.

« C’est peut-être l’instrument le moins cool. Mais ce sont des racines israéliennes fortes qui m’ont fait prendre conscience des [autres genres de musique]. L’accordéon est un instrument très mondial, et dans toutes les mélodies du Idan Raichel Project et ce projet solo, vous sentez son influence ».

Raichel est assis derrière le piano, un verre d’eau à côté de lui, regardant souvent les touches de piano ou regardant parfois sa famille en souriant timidement – son partenaire, leurs deux enfants, sa mère et ses frères – assis sur la pelouse.

Le jardin entouré de buissons de bougainvillées roses et de jouets, était le bon choix pour le lancement de l’album « At the Edge of the Beginning », l’album le plus personnel de Raichel à ce jour.

Là, sur la terrasse en bois qui entoure le stuc, il y a la maison de deux étages, à quelques pas du studio de la maison minuscule où Raichel a travaillé sur sa collection de chansons, le claviériste et deux membres de la bande, le batteur de longue date Gilad Shmueli et l’instrumentaliste à corde, Yogev Glusman, ont joué près de la moitié des chansons de ce dernier album, pour un public de journalistes assis sur des chaises pliantes installées sur la pelouse de gazon synthétique des Raichel.

Il n’a pas été difficile d’imaginer un jeune Raichel grandissant dans cette maison, essayant les instruments et les sons pendant son adolescence et son service militaire, quand il était dans le groupe de l’armée de Tsahal.

Pourtant, cet album – contrairement à ses œuvres précédentes avec le Idan Raichel Project, qui mettait l’accent sur un tourbillon de sons ethniques – aborde les changements spectaculaires dans la vie personnelle de Raichel, son voyage dans le monde de l’union et la paternité.

Le musicien de 38 ans, maintenant père de deux enfants, voit les choses différemment, prenant les choses avec maturité à travers la loupe de la parentalité. Beaucoup de chansons évoquent son point de vue en tant que parent, de cette première fois où il a senti sa fille aînée, encore nouveau-né, lui saisir son doigt à ses espoirs pour elle en tant que personne.

Il a évoqué une conversation qu’il avait eue avec Deubel quand elle était enceinte de sept mois de leur première fille.

« Les Autrichiens », a-t-il a noté avec un sourire ironique, sont très différents des Israéliens.

« Est-ce que notre fille sera une musicienne comme moi, ou un chef comme toi ? », lui a-t-il demandé.

Deubel lui répondut qu’elle voulait qu’elle soit gentille, en bonne santé et se lève quand une personne âgée entrait dans une pièce.

« J’ai été choqué », s’est souvenu Raichel. Ce à quoi Deubel lui a répondu : « Un jour tu comprendras ».

Il semblerait que Raichel, maintenant père de deux enfants, a une meilleure compréhension de la vie et de ses défis.

Les chansons, toutes en hébreu, sont lentes et pleines d’âme, réfléchies dans le ton et rêveuses dans le son. L’album s’ouvre avec un ensemble instrumental qui, selon Raichel, était « sur l’étagère pendant de nombreuses années, et il était temps » [de l’utiliser].

Une autre chanson, « She’s alone » [elle est seule] qui traite de la naissance de la première fille de Raichel, quand il, Deubel et le bébé étaient bien installés à l’hôpital Ichilov, Raichel, tenant sa fille contre sa poitrine, a regardé par la fenêtre. Tandis qu’il regardait, une ambulance est arrivée aux urgence, qui a amené, comme il l’a découvert plus tard, son musicien bien-aimé Arik Einstein qui finit par mourir d’un anévrisme de l’aorte.

Einstein est mort le 27 novembre 2013, exactement deux ans avant, jour pour jour, du lancement de l’album de Raichel.

« J’avais le bébé sur moi, alors qu’il mourait », a déclaré Raichel. « Tout ce que je pouvais penser était, si vous devez mourir, ça devrait être à côté d’un cri d’un bébé ».

Assis sur la terrasse de sa maison d’enfance, Raichel et les deux membres de son groupe ont joué quelques-unes des chansons, et écouté d’autres avec le public.

Pendant l’écoute, Raichel errait sur la terrasse, les mains dans les poches de son pantalon blanc en lin (c’est un fan du designer israélien Sasson Kedem), touchant parfois le grand pendentif Hamsa en argent qui pend toujours autour de son cou.

Tout aussi souvent, il démabulait là où Deubel et leurs enfants étaient assis, en jouant avec leurs cousins ​​et leur grand-mère à l’arrière du jardin.

Il a plaisanté sur le fait que la seule erreur qu’ils ont faite lors de l’organisation de l’événement était d’avoir oublié une copie réelle du nouvel album ; ils ont fini par gravé une copie à partir d’un lien à la dernière minute.

« Helicon voudront mourir quand ils entendront cela » a-t-il dit.

La nature « très personnelle » de l’album est un départ important pour le musicien, qui a incorporé les sons et le groove de l’Ethiopie dans sa musique après avoir travaillé comme conseiller auprès de jeunes dans une école pour les adolescents éthiopiens après l’armée.

De là, il a créé le Idan Raichel Project, une collaboration de musiciens israéliens, et plus tard, internationaux qui travaillent ensemble pour créer de nouveaux sons, se lançant dans des tournées mondiales, ses cheveux alors en dreadlocks enveloppés dans des foulards spectaculaires.

Pendant ces quelques dernières années, ce fut les perspectives de la musique du monde qui l’ont emmené faire des tournées à la rencontre du public, ainsi que d’un grand nombre de partenaires musicaux comme Alicia Keys ou la chanteuse de soul américaine, India.Arie.

Mais même dans cet album, comme dans tous ses albums, a expliqué Raichel, lui et le projet ont continué d’apporter de nouveaux sons et d’instruments pour la musique.

Cette fois-ci, Raichel, accomplissant un vieux rêve, a appris à jouer de la batterie et fait des percussions pour « Five Seconds » [‘Cinq secondes’], une chanson qui vous invite à quoi faire lorsqu’il vous reste seulement cinq secondes à vivre.

« Ce n’est pas toujours facile d’essayer une nouvelle langue », a-t-il déclaré, en remerciant sa compagnie de disque Helicon, qui est restée avec lui depuis les 12 dernières années. « On m’a donné beaucoup de liberté pour faire ce que je voulais ».

« At the Edge of the Beginning » sera disponible en ligne et dans les magasins à partir du mercredi 3 décembre. Idan Raichel et le Projet Idan Raichel sont en tournée pendant trois semaines au Japon, et se produiront en Israël en février au Hangar 11 dans le port de Tel Aviv.