Les Gardiens de la Révolution iranienne « se prépareraient à la guerre » au cas où les négociations pour transformer l’accord-cadre nucléaire de jeudi en un accord contraignant le 30 juin s’effondraient, a rapporté la télévision israélienne, citant des services de renseignement arabes.

Selon la Dixième chaîne, des agences de renseignement arabes ont averti « la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis » que les Gardiens de la Révolution craignent que l’Iran puisse faire face à une attaque militaire si les pourparlers n’aboutissaient pas, et que les Gardiens sont prêts à fermer le détroit d’Ormuz et à prendre d’autres mesures non spécifiées.

De son côté, le Wall Street Journal a rapporté vendredi que les Etats-Unis travaillent depuis janvier sur l’amélioration de ses plus grandes bombes anti-bunker au cas où elles seraient nécessaires pour des frappes sur les installations nucléaires de l’Iran.

Le reportage de dimanche de la télévision israélienne a mis l’accent sur les principales divergences qui sont apparues entre les Etats-Unis et l’Iran depuis que l’accord-cadre a été annoncé jeudi, soulevant la crainte que les accords non contraignants conclus à ce jour puissent s’écrouler et que les négociations puissent s’effondrer.

Il y a un peu plus d’un mois, les Gardiens de la Révolution ont organisé des exercices de défense navale et aérienne de grande envergure près du détroit d’Ormuz – une voie navigable stratégique du Golfe, par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial – dans lequel des dizaines de vedettes rapides déferlaient sur une réplique d’un porte-avions américain.

La télévision d’Etat avait montré des images de missiles tirés à partir de la côte et depuis des bateaux rapides attaquant un faux porte-avions américain. Dans l’exercice de fin février, un drone était également abattu et des mines sous-marines étaient placées.

Les Gardiens ont annoncé qu’ils avaient testé durant l’exercice le tir d’une « nouvelle arme stratégique », affirmant que le système devrait jouer un rôle clé dans toute future bataille contre les États-Unis.

La Maison Blanche a déclaré vendredi être « confiante » qu’elle pourrait obtenir l’accord ‘en place’ d’ici le 30 juin. Mais des différences majeures sont apparues entre les parties sur ce qui aurait été convenu à ce jour, et les dirigeants iraniens ont averti le week-end dernier qu’ils reprendraient l’enrichissement de l’uranium de niveau supérieur et d’autres activités nucléaires si les puissances mondiales ne respectaient ce qu’ils considèrent être les termes de l’accord.

L’Iran « sera en mesure de revenir » à son programme nucléaire au même niveau si l’autre partie ne respectait pas l’accord, a déclaré samedi le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Le président iranien Hassan Rouhani a mis dimanche l’accent sur l’un des points centraux de désaccord : le calendrier et l’ampleur de l’allègement des sanctions.

Alors que les États-Unis ont clairement indiqué que les sanctions économiques seraient levées par étapes, un document officiel du ministère iranien des Affaires étrangères évoque la levée immédiate de toutes les sanctions dès la signature de l’accord final.

« Au cours des négociations, nous avons toujours eu en tête la fin des sanctions économiques, financières et bancaires et non pas leur suspension, sinon, aucun accord n’aurait été conclu, a déclaré Rouhani dimanche. Nous aurons un chemin difficile à parcourir jusqu’à la rédaction de l’accord final », a-t-il noté.

Le reportage de la télévision israélienne de dimanche a également affirmé que l’Arabie saoudite était furieuse contre les négociateurs du P5 + 1  à propos de différents aspects de l’accord-cadre, notamment les clauses relatives à l’inspection des installations iraniennes. L’incapacité d’assurer des inspections « à tout moment, n’importe où » constitue un vice de forme central dans la supervision potentielle des activités iraniennes, se seraient plaints des diplomates saoudiens.

Un analyste israélien de premier plan a évoqué samedi soir six domaines béants de divergence entre les comptes-rendus américains et iraniens de ce que l’accord implique réellement.

Ehud Yaari, l’analyste du Moyen-Orient pour la Deuxième chaîne israélienne et partenaire international au cercle de réflexion Washington Institute, a déclaré que les six écarts représentent des « lacunes très graves » de l’accord-cadre. Ils portent sur des questions aussi fondamentales que la date de levée des sanctions ou la durée des restrictions sur l’enrichissement de l’uranium.

Faisant référence d’une part au document intitulé « Paramètres pour un plan global d’action conjointe » publié jeudi par les Américains, et d’autre part à « la feuille de route » publiée vendredi par le ministère iranien des Affaires étrangères, Yaari a noté qu’aucun accord n’avait effectivement été signé jeudi, et que les déclarations des dirigeants et les fiches d’information concurrentes étaient donc essentielles pour comprendre ce qui avait été convenu.

Il a cité les gouffres qui existent sur certaines questions, dont le calendrier et l’étendue de l’allègement des sanctions, les restrictions sur l’enrichissement, les recherches en cours sur les centrifugeuses avancées, les inspections, le sort du stock d’uranium faiblement enrichi et les éventuelles dimensions militaires du programme iranien.