Dans la bande de Gaza, Israéliens et Palestiniens s’affrontent à coups de roquettes et de bombes. En Cisjordanie et en Israël, les deux camps emploient une autre arme: le boycott.

En Cisjordanie, les ventes de produits locaux n’ont jamais été aussi importantes. Les marques israéliennes, elles, restent en rayon.

En Israël au contraire, les magasins arabes sont désertés, même les jours de shabbat, journée chômée par les juifs et durant laquelle les Arabes-Israéliens faisaient le gros de leur chiffre d’affaires.

A l’étranger, la campagne BDS, pour « Boycott, désinvestissements, sanctions », a été lancée il y a plusieurs années. Mais elle n’avait pas pris jusqu’à récemment dans les Territoires palestiniens, faute d’alternative à certains produits israéliens et du fait des restrictions à l’importation.

La guerre de Gaza a changé la donne, dit Omar Barghouti, membre fondateur du mouvement BDS dans les Territoires palestiniens. Le boycott populaire est « quasiment sans précédent », dit-il. Son organisation s’emploie à présent à ce que le boycott « se poursuive, bien au-delà » de la guerre à Gaza.

Pour mobiliser les Palestiniens, des spots télévisés sont diffusés, des appels ont été lancés sur les réseaux sociaux et dans les magasins de Cisjordanie, des militants ont fait le tour des rayons pour recouvrir les produits israéliens d’autocollants proclamant « Boycottez Israël » ou « Pour info : en achetant ce produit, vous versez 16 % de son prix à l’armée israélienne ».

Le lait palestinien retrouve la cote

Boycotter les produits israéliens, c’est aussi soutenir l’économie palestinienne, fait valoir Riad Hamed, qui n’achète plus israélien. « Nous devons sensibiliser les gens aux dégâts qu’ils causent à l’économie palestinienne en achetant des produits israéliens: chômage élevé et économie ravagée », explique-t-il.

Le boycott a déjà des retombées sur les entreprises palestiniennes. Pinar, une usine laitière de Ramallah, a dû renforcer ses équipes et faire travailler ses employés jour et nuit pour faire face à la demande. Son directeur, Mountasser Bedarna, dit avoir augmenté sa production de « 30 à 40 % ».

Avec les autres producteurs laitiers palestiniens, il dit détenir à présent « 60 à 65 % du marché du lait en Cisjordanie et à Gaza alors qu’avant le boycott, c’était Israël qui en contrôlait 60 %, tandis que les Palestiniens se partageaient les 40 % restants ».

Pour Avi Nudelman, l’ex-chef de la Chambre de commerce israélo-palestinienne, ce boycott n’aura pas un grand effet sur l’économie israélienne. « Cela me rappelle les appels au boycott pendant la première Intifada. L’idée est très romantique mais elle fera long feu », assure-t-il. « Le marché palestinien n’est qu’une toute petite part de marché pour Israël », note-t-il.

Selon le bureau israélien des statistiques, les exportations vers l’Autorité palestinienne représentaient 816 millions de dollars au premier trimestre, soit un peu plus de 6 % d’un volume total de 12,9 milliards.

Drapeau israélien sur les taxis

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, a exhorté ses compatriotes à boycotter les magasins arabes après qu’ils eurent observé une journée de grève en solidarité avec les Gazaouis.

Dans le marché arabe de Haïfa, sur la côte méditerranéenne, l’appel de Liberman semble avoir été entendu. William Rahil, propriétaire du restaurant Mama Pita, dit avoir perdu « 100 % » de sa clientèle juive. Sur la page Facebook appelant au boycott de son échoppe, des internautes sont allés jusqu’à inciter à « faire exploser le Mama Pita », rapporte-t-il à l’AFP.

Un peu plus loin, Fawzi Hanadi grille une cigarette assis à une des nombreuses tables vides de son café. Il a perdu « 50 % de clients » depuis le début de la guerre. Oum Mohammed, elle, vend des bouquets d’herbes aromatiques. Aujourd’hui, elle compte ses clients sur les doigts d’une main.

Le boycott israélien se fait aussi sentir sur les routes. Des chauffeurs de taxis arborent un drapeau israélien pour signifier aux clients qu’en montant avec eux, ils ne donnent pas leur argent à un conducteur arabe.

Pour Bassel Ghattas, député arabe à a Knesset, ce boycott est l’occasion de réfléchir au poids économique des quelque 1,4 million d’Arabes-Israéliens (pour une population totale de 8 millions) vivant en Israël.

« A nous de réfléchir à un moyen de transformer la crise créée par le boycott en une opportunité de relancer l’économie arabe ».