Avec sa barbe grise, son fusil d’assaut AK-47 et son blouson couleur camouflage, Asher Joseph Cherkassky ressemble à une version est-européenne de Fidel Castro.

Mais le regard de Cherkassky ne cherche pas à vraiment à imiter le révolutionnaire cubain ni l’un de ses associés barbus. C’est un Juif orthodoxe qui est aussi un combattant dans le Bataillon du Dniepr – une force paramilitaire ukrainienne chargée de bloquer toute avancée russe à l’Est.

C’est pourquoi récemment des images en ligne de Cherkassky ont généré un buzz important dans les médias sociaux : après tout, un Juif orthodoxe qui lutte pour la souveraineté ukrainienne est un outil visuel puissant dans la guerre de propagande menée entre les deux pays, et dans laquelle des accusations mutuelles d’antisémitisme sont devenues un élément récurrent.

Dimanche, l’engagement de Cherkassky a reçu l’éloge de l’un des hommes les plus puissants d’Ukraine, le gouverneur adjoint de la région de Dneproperovsk, Boris Filatov. Il a posté sur sa page Facebook quelques photos de Cherkassky avec et sans uniforme, y compris des images de lui lors de la fête de Pourim.

« Bien sûr, certains d’entre vous ont vu dans votre calendrier [sur Facebook] des photos d’un grand gars avec une grande barbe, comme Fidel Castro, » écrit Filatov, qui est le bras droit d’Igor Kolomoisky, l’oligarque juif et le gouverneur de la région. « C’est son pays et celui de ses enfants. Et ce pays le considérera toujours comme un héros et comme un symbole de la résistance » a ajouté Filatov, qui lui-même n’est pas juif.

Le conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine a commencé en mars, après que la révolution se soit terminée par l’éviction de l’ancien président Viktor Ianoukovitch, que beaucoup ont accusé de corruption et d’être une marionnette du Kremlin. Il a d’ailleurs fui en Russie.

La Russie a annexé la Crimée [qui faisait partie de l’Ukraine] ostensiblement pour protéger les minorités religieuses et ethniques des « xénophobes » qui pour les Russes sont à l’origine de la révolution. En parallèle, de violents combats ont eu lieu dans certaines villes de l’Est de l’Ukraine entre milices pro-russes et troupes gouvernementales.

La déclaration de Filatov sur Cherkassky a reçu une attention certaine dans les médias ukrainiens, y compris sur le site d’informations juif ukrainien evreiskiy.kiev.ua.

« La seule chose qui troublait Cherkassky sur le front était le manque de nourriture casher, » a écrit Filatov. Celui-ci a pu utiliser l’image de Cherkassky comme message visant à réfuter les allégations du président Poutine selon lesquelles la révolution ukrainienne a été menée par des antisémites et des fascistes.

« Les efforts de tous les menteurs et des lâches dans le monde [ce qui inclut les rabbins russes écoutant les absurdités de Poutine sur le « talentueux Goebbels »] ne changent rien aux exploits de Cherkassky, » a écrit Filatov en référence à la remarque de Vladimir Poutine en juillet qui a fait allusion au chef de la propagande nazie Joseph Goebbels.

La référence de Poutine à Goebbels était clairement ironique et lancée dans le contexte d’une condamnation, par le président russe, du négationnisme.

Mais les médias anti-russes en Ukraine et au-delà ont présenté cela de manière simpliste comme des éloges de Poutine envers le principal défenseur de l’idéologie que Poutine décrit souvent dans ses discours comme l’incarnation du mal.