Les abîmes près de la mer Morte seraient en train de se multiplier à un rythme exponentiel, posant une menace majeure pour les habitants et le paysage de la région.

La zone entourant le lac de sel qui se situe entre Israël et la Jordanie contiendrait plus de 3 000 cavités, selon une estimation. Et ce, alors que la mer continue à se rétrécir due à une évaporation à grande échelle et la dégradation environnementale.

« C’est la revanche de la nature », a déclaré l’écologiste Gidon Bromberg au micro d’ABC News cette semaine.

Bromberg est le directeur israélien d’EcoPeace Middle East, un effort conjoint israélo-jordano-palestinienne pour préserver le paysage naturel de la région.

« Ces gouffres sont la conséquence directe d’une mauvaise gestion et inappropriée des ressources en eau dans la région », a-t-il ajouté.

Les formations de ces abîmes sont directement liées à la baisse du niveau de la mer. Le recul du niveau de l’eau laisse derrière lui des grappes de sel. Lorsque celles-ci sont rincées par l’eau souterraine qui s’écoule des montagnes environnantes, il reste sur le sable des points creux qui peuvent s’écrouler et s’effondrer à tout moment.

Située à plus de 429 mètres en dessous du niveau de la mer, la mer Morte est le point le plus bas de la terre sur la surface de la Terre.

Selon ABC, les premiers gouffres ont été découverts dans les années 1980, des dizaines étaient apparus ensuite dans les années 1990 et aujourd’hui, de nouveaux gouffres apparaissent quotidiennement, ce qui inquiète les écologistes.

Rivage salé sur la mer Morte (Crédit : Ian et Wendy Sewell/Wikimedia commons)

Rivage salé sur la mer Morte (Crédit : Ian et Wendy Sewell/Wikimedia commons)

« Ils pourraient se développer en une nuit. Ou en quelques heures, a déclaré Bromberg. Ce qui les rend imprévisibles. Et très dangereux ».

Ce phénomène est également considéré comme étant une menace pour la route 90, la route principale reliant le centre d’Israël et Eilat. Plus tôt ce mois-ci, ABC News a signalé que des travaux d’entretien devaient être effectués après qu’une section de la route se soit enfoncée de cinq centimètres dans les profondeurs de la terre.

Des panneaux près de la mer Morte avertissent les randonneurs sur les dangers que cela représente de traverser la région. Le sol est en grande partie instable et pourrait bouger ou s’effondrer de façon spectaculaire à tout moment.

« Si rien n’est fait, ce n’est seulement qu’une question de temps avant que quelqu’un ne meurt », met en garde Bromberg.

Le détournement des rares ressources en eau provenant de la rivière du Jourdain a causé l’évaporation de ce corps, à une époque importante où l’eau diminue de près de 1,45 mètres par an.

La mer Morte ne reçoit uniquement 5 % de son débit d’eau historique. Si on rajoute à cela le détournement de l’eau vers divers centres de villégiature et de spas et l’extraction de la potasse et du bromure dans la région – minéraux utilisés pour fabriquer des engrais, des médicaments et des cosmétiques, entre autres – la surface du lac de sel a diminué de près de 45 % depuis les années 1930.

Une montagne de potasse à l'usine de la Mer Morte (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Une montagne de potasse à l’usine de la Mer Morte (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Le mois dernier, la Jordanie et Israël ont signé un accord de coopération concernant l’eau pour tenter de sauver la mer Morte et empêcher qu’elle ne diminue encore en reliant le lac à la mer Rouge par un pipeline de 200 km de long qui mènera 100 millions de mètres cubes d’eau vers le nord chaque année.

Une usine de dessalement sera également construite au nord de la station balnéaire jordanienne d’Aqaba, et servira à la fois à la Jordanie et à Israël. L’eau riche en sel qui restera du processus de dessalement, ou la saumure, sera reversée dans la mer Morte.

Avec un coût de 250 millions de dollars, cet accord historique a été salué par le ministre des Ressources en Eau et de l’Energie israélien, Silvan Shalom qui le définit comme « l’accord le plus important depuis le traité de paix avec la Jordanie ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.