Une vidéo de l’attaque terroriste mortelle de vendredi dans une mosquée chiite du Yémen a révélé que les croyants scandaient une série de slogans haineux juste au moment où un terroriste s’est fait exploser en tuant des dizaines de personnes.

L’attentant, l’un des trois commis dans une mosquée, a été mené par l’Etat islamique lors d’une prière hebdomadaire. Au moins 142 personnes ont été tuées et 351 autres blessées lors des attaques perpétrées dans la capitale, Sanaa, sous contrôle des rebelles chiites.

La vidéo amateur, diffusée et traduite par le site de veille de média arabe MEMRI, montre un prédicateur faisant un sermon à la mosquée Houthi al-Hashoosh et poussant la foule à hurler des slogans contre Israël, les Etats-Unis et les Juifs.

« Notre foi en Allah augmentera après aujourd’hui. Nous triompherons sur leur tromperie et leur arrongance. Allah est avec nous », a déclaré le prédicateur.

« Mort à l’Amérique. Mort à Israël. Maudits soient les Juifs. Victoire à l’islam. Allah Akbar », répétaient les croyants en masse. Puis un terroriste errant entre les fidèles de la mosquée s’est fait exploser, causant une grande panique.

La chaîne de TV chiite a diffusé des images de l’intérieur de la mosquée al-Hashoosh où l’on voit des volontaires hurlant et utilisant des couvertures ensanglantées pour emmener les victimes. L’un des morts est un petit enfant. Les corps étaient alignés sur le sol de la mosquée et emportés par des pick-ups.

Un reportage de la chaîne de télévision al-Masirah, possédée par les rebelles, expliquait que les hôpitaux demandaient aux citoyens de donner du sang.

Les rebelles chiites, connus comme « Houthis », ont déferlé de leurs bastions du Nord et ont pris le contrôle de la capitale en septembre dernier.

Alliés avec l’ancien président yéménite renversé, Ali Abdullah Saleh, ils contrôlent maintenant au moins 21 provinces yéménites. Ils ont arrêté récemment Abd Rabbo Mansour Hadi, le président soutenu par l’Occident. Hadi a depuis fui vers la ville du sud d’Aden où il a établi une capitale temporaire – il affirme toujours être le président légitime.

Le groupe sunnite islamique combat actuellement contre les forces du gouvernement en Irak et en Syrie et des groupes militaires chiites qui les soutiennent en commentant des atrocités contre eux et d’autres groupes minoritaires au Moyen Orient.

Dans une déclaration en ligne, la branche du groupe djihadiste de Sanaa, jusqu’à alors inconnu, a averti que les attentats étaient « seulement la pointe de l’iceberg ».

Le détroit stratégique de Bab al-Mandeb à la portée des Houthis

En progressant vers le sud-ouest du Yémen, les miliciens chiites Houthis, proches de l’Iran, font planer une menace sur le détroit stratégique de Bab al-Mandeb par lequel transite une bonne partie du trafic maritime mondial.

Ce détroit entre la mer Rouge et le Golfe d’Aden qui sépare l’Afrique de la Péninsule arabique est situé à proximité de la grande ville de Taëz, contre laquelle les Houthis ont lancé une offensive ces derniers jours. Et il suffit pour eux de pousser un peu plus vers l’ouest pour parvenir à la côte.

Dimanche déjà, selon des sources de sécurité, des détachements de Houthis faisaient route vers le port de Mocha, à 80 km de Taëz, qui permet un accès direct au détroit de Bab al-Mandeb.

Un tel scénario donnerait une dimension internationale au conflit yéménite, les grandes puissances ne pouvant rester insensibles au fait qu’une force ayant des liens présumés avec l’Iran, pays qui contrôle déjà le détroit stratégique d’Ormuz, prenne pied au détroit de Bab al-Mandeb.

« Dans ce cas, l’Iran serait le principal bénéficiaire (…) et aurait en main une carte pour faire pression sur les puissances mondiales dans les négociations sur le dossier du nucléaire iranien », affirme l’analyste politique yéménite, Bassem al-Hakimi.

« L’Arabie saoudite pourrait parallèlement en pâtir car ses exportations de pétrole vers les marchés asiatiques passent par le détroit de Bab al-Mandeb », ajoute-t-il. L’Iran aurait ainsi un outil de pression sur Ryad. »

En entrant dans Taëz, où ils se sont emparés ce week-end de l’aéroport sans toutefois se rendre maîtres de la cité, les Houthis ne se trouvent plus qu’à quelque 160 km d’Aden, la deuxième ville du pays, tout au Sud.

Le détroit de Bab al-Mandeb est situé quant à lui à 150 km à l’ouest d’Aden. La route entre Aden et Bab al-Mandeb longe la côte et l’armée régulière n’y est que faiblement présente, selon des spécialistes yéménites.

Le détroit revêt une importance stratégique pour d’autres pays, comme l’Egypte et Israël, en plus des grandes puissances.

Parmi celles-ci, les Etats-Unis disposent depuis quelques années d’une base à Djibouti, non loin de la rive africaine du détroit, où la France a une présence militaire plus ancienne.

Pour Le Caire, Bab al-Mandeb, qui donne accès au Canal de Suez, « constitue une ligne rouge », a affirmé devant la presse l’ambassadeur égyptien au Yémen, Youssef al-Charkaoui. « Plus de 38% du trafic maritime mondial passent par ce détroit », a-t-il précisé pour en souligner l’importance stratégique.

« La sécurité nationale du Yémen est intimement liée à la sécurité de la mer Rouge, du Golfe et de Bab al-Mandeb », a ajouté le diplomate égyptien après avoir rencontré la semaine dernière, à Aden, le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.

L’Egypte, qui soutient Hadi, a fermé son ambassade à Sanaa, comme d’autres pays occidentaux et arabes, après la prise du pouvoir par les Houthis dans la capitale yéménite début février.

M. Hadi a fui Sanaa et s’est réfugié à Aden et, dimanche soir, le Conseil de sécurité de l’ONU lui a réaffirmé son soutien, tout en appelant les Etats membres de l’organisation à « s’abstenir de toute ingérence » au Yémen.

L’ambassadeur égyptien s’était exprimé après avoir remis à Hadi une invitation à participer au sommet arabe prévu fin mars en Egypte.

Parmi les pays arabes, les monarchies sunnites du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite, sont à l’avant-garde du soutien au président « légitime » du Yémen.

La menace potentielle des Houthis sur Bab al-Mandeb est également un sujet d’inquiétude pour Israël, dont le port d’Eilat est situé sur la mer Rouge.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas manqué, dans son discours du 3 mars devant le Congrès américain, de dénoncer les « menaces » que fait peser l’Iran sur le « monde entier ».

« Pendant que beaucoup espèrent que l’Iran va rejoindre la communauté des nations, l’Iran est en train d’avaler plusieurs nations. Nous devons être unis pour stopper la marche terrible de l’Iran », a déclaré M. Netanyahu, en faisant référence notamment au Yémen et au « détroit stratégique à l’entrée de la mer Rouge ».

L’AFP a contribué à cet article.