Un manifeste, qui aurait été rédigé par l’un des officiers supérieurs militaires de l’Etat islamique (EI), détaille un plan improbable qui donnerait accès au violent groupe islamiste sunnite aux secrets nucléaires iraniens avec l’aide de la Russie, rapporte dimanche le Sunday Times londonien.

Le document, attribué à Abdullah Ahmed al-Meshedani, un membre du « cabinet de guerre » de l’EI, aurait été trouvé et confisqué par des commandos irakiens lors d’un raid en mars, d’après l’article.

Le manifeste, jugé authentique par des responsables de sécurité occidentaux, propose d’offrir à Moscou un accès au champ de gaz détenu par l’EI en Irak, en échange de « l’Iran et de son programme nucléaire ».

La Russie, proche alliée de la République islamique, a construit et aide au fonctionnement de la centrale nucléaire de Bushehr en Iran. La Russie possède déjà les plus grandes réserves de gaz connues du monde.

Selon la proposition, pour avoir accès au champ de gaz, situé dans la province d’Anbar, le Kremlin devait en échange défendre les États sunnites du Golfe de l’Iran chiite et du président syrien assiégé, Bashar el-Assad.

Le document de l’État islamique traite d’une série de mesures supplémentaires, notamment « un eugénisme de style nazi », et une opération de rassemblement de renseignements pour surveiller les dirigeants politiques de l’organisation ainsi que des cibles externes.

Le but ultime de l’EI est de déposséder l’Iran de « toute sa puissance », précise le document, de tuer des professeurs, des diplomates et des hommes d’affaires iraniens, de détruire l’industrie du caviar iranien et d’« exterminer » sa célèbre industrie célèbre de tapis en inondant le marché de tapis afghans.

Al-Meshedani, l’auteur du manifeste, appelle également les guerriers de l’État islamique à tuer les responsables irakiens chiites – les musulmans chiites sont majoritaires en Irak – les chefs militaires et les membres des milices soutenues par l’Iran.

Dans l’ensemble, le document État islamique dresse une liste de 70 propositions, dont beaucoup d’entre elles paraissent quelque peu bizarres et peu réalistes, pour consolider de le pouvoir de l’EI au Moyen-Orient.

De son côté, l’Iran avertit qu’il attaquera les djihadistes de l’Etat islamique à l’intérieur de l’Irak s’ils avançaient à proximité de sa frontière.

« Si le groupe terroriste (EI) s’approche de nos frontières, nous l’attaquerons à l’intérieur du territoire irakien et nous ne le laisserons pas approcher de notre frontière, » a déclaré le 27 septembre le commandant général des forces terrestres iraniennes Ahmad Reza Pourdestana.

Les extrémistes sunnites de l’EI contrôlent un vaste territoire au nord de Bagdad, y compris dans la province de Diyala, limitrophe à l’Iran.

Les États-Unis, qui dirigent une campagne de frappes aériennes internationales contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie, se sont entretenus avec l’Iran pour contrecarrer les extrémistes sunnites, bien que les deux pays, longtemps en désaccord, refusent toute coopération directe.

Et pourtant, il semblerait que les deux pays aient des intérêts communs. Pour exemple, l’Iran a déclaré fin septembre que l’un des plus hauts généraux de la République islamique et 70 soldats iraniens aident les combattants kurdes à défendre Erbil, la capitale de la région autonome kurde du nord de l’Irak, également soutenue par l’armée américaine.
La ville abrite un consulat américain et les bureaux de nombreuses sociétés occidentales.

L’approche des militants de l’EI à sa périphérie a déclenché des frappes aériennes américaines en août.

Samedi, l’État islamique a diffusé une vidéo montrant la décapitation d’un humanitaire britannique, Alan Henning, la quatrième vidéo montrant les assassinats d’otages américains et britanniques en deux mois.

Le Royaume-Uni révulsé par la décapitation d’Alan Henning

Le Royaume-Uni espérait que, peut-être, Alan Henning allait être épargné en tant que humanitaire au grand coeur et au secours de musulmans : le pays a été d’autant plus révulsé samedi en apprenant son exécution par les djihadistes de l’Etat islamique.

Le Premier ministre David Cameron, des musulmans et les proches de la victime ont rendu hommage au chauffeur de taxi de Manchester, enlevé en décembre alors qu’il accompagnait un convoi humanitaire en Syrie.

« Le fait d’avoir été pris en otage au moment où il était en train de vouloir aider les autres, et maintenant d’avoir été assassiné montre que la perversion de ces terroristes de l’Etat islamique est sans limites », a dit David Cameron.

« Alan était un ami des musulmans et les musulmans vont le pleurer », a réagi Shuja Shafi, le secrétaire général du Conseil musulman de Grande-Bretagne. « L’Islam ne condamne pas seulement ces crimes mais les interdit », a rappelé Mohammed Shafiq, président de la Ramadhan Foundation.

Les amis de la victime ont insisté sur l’engagement d’Alan Henning qui, à 47 ans, était allé jusqu’à laver des voitures pour lever des fonds.

« C’était quelqu’un de très généreux, d’humble et de courageux. Il s’occupait des gens, peu importe leur religion. Il aidait des enfants, des veuves, des gens que le monde entier avait abandonné », a expliqué samedi à BBC Radio 4 Majid Freeman, qui avait accompagné Alan Henning en Syrie.

Le sort du travailleur humanitaire, apparu dans une vidéo de l’EI le 13 septembre, a rapidement ému et déclenché une forte mobilisation au Royaume-Uni.

Sa femme, Barbara, est intervenue plusieurs fois pour demander la libération d’un homme non seulement innocent mais admirable qui « s’était porté volontaire avec ses amis musulmans pour aider le peuple syrien ».

La communauté musulmane britannique aussi s’est fortement impliquée avec des appels lancés par des imams ou des prières à la mosquée. « Même des personnes considérées comme des extrémistes ont appelé à la libération d’Alan Henning », a insisté auprès de la BBC Peter Neumann, directeur du Centre international d’étude de la radicalisation.

Des agences de presse ont contribué à ce rapport.