Marielle de Sarnez, chargée des Affaires étrangères au sein du « shadow gouvernement » du Modem, a toujours évolué sur une corde raide vis-à-vis du conflit israélo-palestinien.

« Nous pensons depuis très longtemps que l’organisation de la communauté européenne, qui a permis de réconcilier les ennemis qu’étaient la France et l’Allemagne après guerre, devrait servir de modèle pour le futur du Proche-Orient, » déclarait la députée européenne au JDD.fr en septembre 2011, lors de la campagne de Mahmoud Abbas en vue d’une reconnaissance de la Palestine aux Nations unies.

« La réciprocité – un Etat pour le peuple palestinien, un Etat pour le peuple juif – est absolument indispensable, tout comme le renoncement de ceux qui affirment actuellement vouloir qu’Israël disparaisse », affirmait alors l’eurodéputée qui jugeait « le statu quo (…) pas tenable ».

Quelques mois plus tôt, en 2010, alors députée européenne du Modem, Marielle de Sarnez s’exprimait sur la flottille de Gaza, et le blocus imposé par Israël pour empêcher l’import d’armements à destination du Hamas et des autres groupes armés de la bande. Elle revient alors d’un voyage controversé sur place.

Plusieurs députés européens refusent d’y participer. Pour Gabriele Albertini, président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen et ancien maire de Milan, « au lieu d’être une mission de paix, il me semble au contraire que l’on prépare une mission de propagande anti-israélienne. »

Foriello Provera et Bastiaan Belder, tous deux eurodéputés, « Vu la visite planifiée de la délégation à Gaza via l’Egypte [Israël avait alors interdit l’accès par son territoire], nous partageons les préoccupations de ceux qui voient ces visites politiques comme une légitimation du Hamas, une organisation inscrite sur la liste terroriste de l’Union européenne. »

De Sarnez et les autres députés avaient alors protesté contre l’interdiction israélienne d’accéder a Gaza et « récusé les affirmations d’Israël selon lesquelles leur visite à Gaza conférerait une légitimité au Hamas. »

A son retour, Marielle de Sarnez expliquait au Parlement européen : « Nous avons constaté de visu sur place que le blocus de Gaza n’est pas tenable. Ils dépendent à 80 % de l’aide internationale. Ils ne vivent pas. Ils survivent sans avenir et sans aucun espoir. »

Ses critiques du Hamas s’entendent en creux, mais il faut tendre l’oreille. « De plus le blocus de Gaza est contre-productif. Il renforce ceux là-même que l’on voudrait affaiblir. Et comme le dit un responsable du Fatah, il sert d’excuses aux dirigeants de Gaza [le Hamas, ndlr] pour tout justifier : l’économie en ruine et leurs propres erreurs. L’Union européenne doit se décider à agir, conclut Marielle de Sarnez, elle doit en même temps garantir la sécurité d’Israël et s’investir pour obtenir la fin du blocus, éventuellement avec un contrôle européen. »

Mais Marielle de Sarnez s’abstient d’expliquer les raisons ayant conduit Israël à imposer un blocus sur Gaza, qui explique l’avoir fait pour assurer sa sécurité.

Marielle de Sarnez est actuellement ministre des Affaires européennes dans le premier gouvernement Philippe. Elle est aujourd’hui visée par une enquête préliminaire sur des soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen. Elle a démenti toute irrégularité et déposé plainte mardi pour dénonciation calomnieuse.

L’enquête pour « abus de confiance » intervient après qu’une eurodéputée du Front national (FN, extrême droite), Sophie Montel, a dénoncé 19 de ses collègues français, dont Marielle de Sarnez, sur des soupçons d’emplois fictifs sur des postes d’assistants parlementaires.

La ministre a annoncé sur Twitter avoir porté plainte pour « dénonciation calomnieuse » contre cette eurodéputée.

Mme de Sarnez a aussi démenti toute irrégularité : la situation de l’assistante visée « a été déclarée et vérifiée par le Parlement européen » et son travail « a été accompagné de rapports d’activité réguliers et consultables », souligne-t-elle dans un communiqué.