Netanyahu : si la police recommande de m’inculper, et alors ?
Rechercher

Netanyahu : si la police recommande de m’inculper, et alors ?

Lors d’un meeting du Likud, le Premier ministre a relié les enquêtes de corruption à des investigations passées sur l’actuel président Rivlin ; le bureau du président a rejeté la comparaison

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant un meeting du Likud à Tel Aviv, le 21 décembre 2017. (Crédit : Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu durant un meeting du Likud à Tel Aviv, le 21 décembre 2017. (Crédit : Flash90)

Alors que les enquêteurs terminent les investigations sur ces affaires, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a minimisé mardi les effets d’une probable recommandation de la police au procureur général afin qu’il soit inculpé.

« S’il y a des recommandations [pour une mise en examen] – et alors ? a déclaré Netanyahu aux militants du Likud. Voici un élément que le public ignore peut-être : la grande majorité des recommandations de la police n’aboutit pas. Plus de 60 % des recommandations de la police sont rejetées. »

Entre temps, « les vies de ces gens sont détruites », a-t-il ajouté.

Lors d’un discours enflammé à un événement lié à la fête de Hanoukka à Kfar Maccabiah devant des centaines de militants du Likud, Netanyahu s’est lui-même comparé au président Reuven Rivlin, qui avait été visé par des enquêtes de la police, mais qui n’a pourtant jamais été mis en examen.

Le nom du président, qui a irrité les électeurs de droite avec ses critiques du gouvernement et de ses politiques, a été hué par les militants du Likud.

Le Premier ministre a déclaré que si les enquêtes contre Rivlin n’ont pas conduit à des inculpations, elles ont eu un coût. Il faisait référence aux commentaires de Rivlin, qui s’est récemment plaint au sujet des enquêtes : « Qui me rendra, et à ma famille, les trois ans et demi qu’ils nous ont pris ? »

L’actuel président était visé par des enquêtes dans sept affaires. Dans l’une d’elles, Rivlin était visé par une enquête de la police en 2001 alors qu’il était député du Likud sur la suspicion qu’il avait reçu de l’argent d’un promoteur immobilier, David Appel, en échange d’avoir fait avancer une législation qui aurait profité à l’homme d’affaires. L’affaire a été classée par le procureur général.

Des sources au Bureau du président ont rejeté la comparaison de Netanyahu, déclarant que la police n’a jamais recommandé que Rivlin soit mis en examen.

Le président Reuven Rivlin s’exprime devant l’Assemblée générale des Fédérations juives d’Amérique du nord à Los Angeles le 14 novembre 2017 (Crédit : Mark Neyman/GPO)

« C’est la police qui, à l’époque, a recommandé de classer les affaires contre le président, a-t-on déclaré au Times of Israel, contredisant ainsi la comparaison de Netanyahu. Le procureur général Mazuz a classé toutes les sept affaires en se basant sur les recommandations de la police ».

La police n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires pour leurs recommandations dans les affaires de Rivlin, mais les dossiers officiels montrent que le rapport d’enquête a conclu que les investigations devaient être classées sans suite à cause d’un « manque de culpabilité ».

Un porte-parole de Netanyahu a refusé de commenter quant à savoir si le Premier ministre allait retirer ses affirmations.

Lors de l’événement de Hanoukka, le Premier ministre a affirmé que les manifestations à Tel Aviv, qui ont eu lieu samedi soir pendant trois semaines consécutives, ont été organisées par le New Israel Fund.

« Le monde entier voit nos réussites, le public les voit tout comme les gauchistes en politique et dans les médias, a-t-il déclaré. Parce qu’ils les voient, ils savent qu’ils ne peuvent pas nous battre dans les urnes. C’est pourquoi ils essaient de nous battre avec des calomnies et des manifestations, organisées, entre autres, par le New Israel Fund ».

Des Israéliens lors d’une manifestation contre la corruption gouvernementale à Tel Aviv, le 16 décembre 2017 (Miriam Alster / Flash90)

« Ces recommandations seront rejetées et n’aboutiront à rien. Et je dis cela pour une simple raison : il n’y aura rien parce qu’il n’y avait rien », a-t-il déclaré.

Dans son discours, Netanyahu a également attaqué les médias pour avoir fait fuiter des informations sur les enquêtes et pour avoir fait des prédictions sur sa chute.

« Que se passera-t-il avec les recommandations ? Voici un spoiler. Dans quelques semaines, les journalistes et les commentateurs iront dans les studios de télé et commenceront les journaux d’information en disant quelque chose du genre, ‘[ce sont] de sérieuses recommandations. On pourrait même dire très sérieuses. Peut-être, parmi les plus sérieuses que l’Etat a jamais connu », a-t-il dit.

« Vous pouvez vous demander, comment je parviens à vous dire ça ? Dès janvier 2017, il y a presque un an, un article de presse a fuité comme par miracle : la police va recommander une mise en examen contre Netanyahu. Ils le savaient il y a un an, même avant l’enquête, a-t-il dit. Pourquoi est-ce que cela a pris un an. Un gâchis de temps et d’argent public. Et ensuite il y aura des recommandations. Et alors ? »

Peu après le discours, des officiels de la police ont déclaré au site d’information Ynet que le discours du Premier ministre était « très étrange ».

« Apparemment, les remarques de Netanyahu s’adressaient au procureur parce qu’il sait ce qu’il y a dans le dossier », ont déclaré des sources anonymes.

Les officiels de la police ont déclaré que l’enquête sur l’acceptation de cadeaux allait se transformer en enquête pour corruption, et c’est pourquoi cela prend du temps.

Netanyahu est suspecté dans deux enquêtes de corruption, connues comme l’affaire 1000 et 2000.

Dans la première affaire, Netanyahu et son épouse Sara sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illicites de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des cigares et du champagne pour un montant de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part du producteur de Hollywood Arnon Milchan.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable

Netanyahu a nié toute malversation dans les deux dossiers.

Le Premier ministre a été interrogé sept fois par la police. Le plus récent interrogatoire a eu lieu vendredi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...