Près de cinq mois après qu’une agence onusienne s’est engagée à enquêter sur les roquettes trouvées dans ses locaux pendant la guerre de Gaza, toujours rien.

Alors que d’autres institutions des Nations unies ont déployé des commissions d’enquête sur l’opération Bordure protectrice, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, connu sous le nom de l’UNRWA, n’a pas encore lancé l’enquête promise sur les circonstances de trois cas distincts dans lesquels des roquettes ont été placées dans ses écoles.

Comment ces armes sont entrées dans les écoles et ce qui leur est arrivé par la suite reste flou. L’UNRWA affirme avoir renvoyé les roquettes aux « autorités locales », qui, accusent les responsables israéliens ne sont nul autre que le Hamas. Ainsi, ces roquettes auraient pu être tirées sur des civils israéliens.

Lundi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a lancé une enquête « interne et indépendante » sur les incidents impliquant des locaux de l’ONU lors de Bordure protectrice, y compris le bombardement par les forces israéliennes d’écoles de l’UNRWA et des roquettes qui s’y trouvaient.

La création du comité d’enquête de Ban, dirigé par l’ancien général néerlandais Patrick Cammaert, a été annoncée il y a moins de trois semaines, suite aux remarques de Ban lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la « situation au Moyen-Orient ». Lors de son discours, il a affirmé attendre l’enquête menée par Israël dans plusieurs incidents « dans lesquels des installations de l’ONU ont subi des frappes et beaucoup de gens innocents ont été tués. »

Un porte-parole de Ban a déclaré espérer que l’enquête « bénéficiera de la pleine coopération de toutes les parties concernées», mais Israël n’a pas encore décidé s’il travaillera avec Cammaert et ses co-chercheurs, Maria Vicien-Milburn (Argentine), Lee O’Brien (Etats-Unis), Pierre Lemelin (Canada) et KC Reddy (Inde).

« Israël s’exprimera lors de la commission d’enquête, notamment sur les déclarations de soutien au terrorisme de membres du personnel de l’UNRWA, par voie diplomatique », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nachschon mardi.

Selon l’UNRWA, au moins une demi-douzaine d’écoles de l’UNRWA « ont été touchées directement par les bombardements ou par des tirs de roquettes, » causant « des pertes graves » et des blessures.

« Nous avons condamné ces actions militaires israéliennes explicitement et sans réserve», a déclaré le commissaire général Pierre Krähenbühl en août, se référant à des épisodes de violents combats à Beit Hanoun, Jabalia et Rafah, au cours desquels des institutions de l’UNRWA ont essuyé des tirs. « Nous ne pouvons comprendre pourquoi ils se sont produits, et encore moins pourquoi ils se sont produits à plusieurs reprises. Nous avons demandé que des enquêtes soient menées pour une transparence ».

Tsahal a lancé en septembre des enquêtes criminelles sur cinq incidents qui ont eu lieu pendant la guerre de 50 jours, dont une frappe le 24 juillet sur l’une des écoles de l’UNRWA dans le nord de Gaza.

Le 23 juillet, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a voté en faveur de la création d’une nouvelle « commission d’enquête internationale » dans la guerre de Gaza. Moins d’un mois plus tard, le 11 août, le conseil a annoncé le lancement de l’enquête, dirigée par l’avocat canadien des droits de l’Homme, William Schabas.

Israël a immédiatement déclaré qu’il ne voulait pas coopérer avec les enquêteurs. «Les conclusions de cette enquête d’un tribunal de pacotille sont courues d’avance », avait déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’époque. Le 1er octobre, Netanyahu se plaignait à Ban lors d’une réunion à New York que le Conseil des droits de l’Homme n’enquêtait pas plutôt sur le Hamas, « qui a utilisé les installations de l’ONU pour tirer sur Israël. »

En contraste frappant avec le Conseil des droits de l’Homme et Ban, l’UNRWA n’a pas encore tenu sa promesse d’enquêter sur la façon dont des roquettes auraient été stockées dans ses écoles à Gaza.

Après qu’environ 20 roquettes aient été découvertes « cachées dans une école vacante » de Gaza le 17 juillet, l’UNRWA a condamné « le ou les groupes responsables d’avoir placé les armes dans l’une de ses installations. »

Dans un communiqué, l’agence affirme que l’incident était le premier du genre et « une violation flagrante de l’inviolabilité de ses locaux en vertu du droit international. » Elle a également déclaré que « l’UNRWA a lancé une enquête approfondie sur les circonstances de cet incident. »

Moins d’une semaine plus tard, le 22 juillet, des roquettes ont été de nouveau trouvées dans une école vacante de l’UNRWA. L’agence a publié un communiqué de presse similaire, promettant qu’elle « lancera une enquête approfondie sur les circonstances de cet incident. »

Une semaine plus tard, le 29 juillet, une troisième cache de roquettes a été découverte à une école de l’UNRWA dans le centre de Gaza. L’organisation a de nouveau condamné l’incident, appelant «les parties en conflit à respecter l’inviolabilité des biens onusiens. » Cette fois, l’UNRWA n’a pas promis d’enquête.

Qu’est-il arrivé aux roquettes après avoir été reconnues comme sujet de litige.

« Les roquettes ont été transmises aux autorités gouvernementales de Gaza, qui sont le Hamas. En d’autres termes, l’UNRWA a remis au Hamas des roquettes qui pourraient être tirées sur Israël », a déclaré un responsable israélien au Times of Israel en juillet.

L’UNRWA a déclaré que les roquettes ont été transférées aux «autorités locales» opérant sous « le gouvernement de consensus national ». Israël n’a aucune preuve de ces allégations, a indiqué l’agence, insistant sur le fait que les démineurs n’avaient pas affaire au Hamas, mais au gouvernement d’union palestinien (qui ne comprend pas de responsables du Hamas, mais est soutenu par le groupe islamiste).

« Conformément à la pratique des Nations unies dans ses opérations humanitaires à travers le monde, les incidents impliquant des munitions non explosées qui pourrait mettre en danger les bénéficiaires et le personnel sont transmises aux autorités locales, » a déclaré au Times of Israel le directeur de l’UNRWA, Christopher Gunness, à l’époque.

Depuis lors, cependant, Gunness refuse de répondre aux questions du Times of Israel, en particulier sur la commission d’enquête promises l’UNRWA.

Il convient de noter, toutefois, que l’UNRWA ne cherche pas à dissimuler le fait que les roquettes aient été trouvées dans ses locaux. Le commissaire général Krähenbühl les a mentionnées au moins deux fois dans des apparitions publiques.

Il les a qualifiées d’ »autre défi dans notre domaine opérationnel, » dans un exposé au Conseil de sécurité du 31 juillet. « L’UNRWA travaille actuellement avec des partenaires des Nations unies pour promouvoir les procédures afin de remédier à ces violations, de manière à ne pas compromettre la sécurité du personnel ou de civils, y compris les bénéficiaires de l’UNRWA ».

Devant l’Assemblée générale des Nations unies le 7 août, Krähenbühl a mentionné la découverte de roquettes dans ses écoles. «Le monde est au courant,» dit-il, « parce que les inspections de l’UNRWA sont effectuées, et parce que nous avons rapidement informé tout le monde sur le terrain et sur la scène internationale, via nos dépêches et nos condamnations de ces abus de la sainteté de locaux de l’UNRWA. »