L’ancien secrétaire d’État américain et général quatre étoiles Colin Powell a suggéré qu’Israël possédait 200 armes nucléaires, dans un e-mail dévoilé par des pirates russes cette semaine.

En évoquant le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu au Congrès en mars 2015 sur les dangers du nucléaire iranien dans un e-mail destiné à Jeffrey Leeds, donateur du parti démocrate, Colin Powell écrit qu’il doute que le régime iranien ne fasse usage de la bombe atomique, quand bien même il pourrait s’en procurer, parce que « à Téhéran, on sait qu’Israël à 200 bombes, toutes tournées vers l’Iran, et que nous en avons des milliers. »

L’e-mail a été publié sur le site de politique étrangère LobeLog.

Israël a une politique dite d’ambiguïté sur le nucléaire, c’est-à-dire qu’il ne confirme ni n’infirme l’existence de son arsenal nucléaire.

L'ancien secrétaire d'Etat américain Colin Powell et l'ancien chef d'Etat-major Benny Gantz à l'ambassade d'Israël à Washington, le 7 janvier 2015. (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

L’ancien secrétaire d’Etat américain Colin Powell et l’ancien chef d’Etat-major Benny Gantz à l’ambassade d’Israël à Washington, le 7 janvier 2015. (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

Selon un rapport de 2014 de la Fédération des scientifiques américains, l’Etat juif possèderait entre 80 et 400 armes nucléaires, bien que l’auteur du document estime ce nombre plus proche de 80.

L’e-mail de Powell, envoyé le 3 mars 2015, a doublé cette estimation. En tant qu’ancien chef d’État-major des armées des États-Unis, son estimation de 200 armes nucléaires est plus fiable que les approximations des « reportages des médias, des organes de réflexions et des analystes », cités dans le rapport de la Fédération.

Des e-mails précieux de Powell ont été publiés sur le site DCLeaks.com, et relayés par Buzzfeed News jeudi soir. Powell, 79 ans, contacté par Buzzfeed n’a pas démenti l’authenticité de ces e-mails.

Ces courriels, qui couvrent la période de mars 2015 au mois dernier, présentent une perspective inédite de l’opinion sans fard du très respecté général de l’armée à la retraite, qui a été secrétaire d’État sous George W. Bush.

DCLeaks.com aurait servi de plateforme de diffusion pour les pirates affiliés aux services de renseignements russes. Le site, dédié à l’exposition des dérives du pouvoir politique, avait dans le passé déjà dévoilé la correspondance de personnalités politiques de Washington.

Dans ces e-mails qui ont fuité, Powell a également critiqué Donald Trump et Hillary Clinton, et s’est montré très franc sur certains dossiers relatif au gouvernement américain.

Cependant, son e-mail du 3 mars 2015 évoquait spécifiquement le nucléaire iranien et le discours controversé de Netanyahu au Congrès à ce sujet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des États-Unis à Washington, DC, le 3 mars 2015. (Crédit : Win McNamee/Getty Imagess/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des États-Unis à Washington, DC, le 3 mars 2015. (Crédit : Win McNamee/Getty Imagess/AFP)

Powell a dit à Leeds, son associé, qu’il « en avait vu une partie », et qu’il s’agissait « de quelque chose de bien, mais rien de nouveau. J’aurais pu en parler. »

Il a contesté des affirmations du discours de Netanyahu. Selon Powell, les Iraniens « ne peuvent pas utiliser [la bombe nucléaire] s’ils en fabriquent », à cause de l’arsenal puissant d’Israël.

« Comme l’a dit Akmdinijad (sic), ‘on en ferait quoi ? la vernir ?’ », écrit-il en faisant référence à l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Iranian leader Mahmoud Ahmadinejad in September 2012 (screenshot: YouTube/CNN)

Mahmoud Ahmadinejad en septembre 2012 (Crédit : capture d’écran YouTube/CNN)

Powell a déclaré que pendant que ses « copains » à Abu Dhabi souhaitaient un accord sur le nucléaire iranien, et œuvraient depuis plus d’une décennie pour y parvenir, lui restait dubitatif.

« Je ne fais pas confiance aux Iraniens, j’ai risqué la prison sur l’affaire Iran-Contra », écrit-il en évoquant le scandale politique aux États-Unis de la fin des années 1980, lorsque l’on a découvert que des responsables américains aidaient l’Iran à se fournir en armement, en dépit de l’embargo sur les armes.

Powell a également émis un doute sur le temps que Netanyahu et d’autres ont estimé qu’il faudrait à l’Iran pour mettre au point sa bombe nucléaire.

« Bibi se plait à dire ‘dans un an’, tout comme les gars des services de renseignement ici. Ils disent ça chaque années (sic) », écrit Powell.

Des agences ont contribué à cet article.