Le « projet confidentiel » de proposition de cessez-le-feu américain divulgué à la presse semble confirmer ce que le Times of Israel a rapporté vendredi – soit que Washington était prêt à adhérer généreusement à de nombreuses exigences du Hamas, tout en ignorant les demandes israéliennes quant à sa sécurité.

Le texte de la proposition, obtenu par Haaretz, montre également que le Qatar et la Turquie – les principaux sponsors du Hamas dans la région – ont eu des rôles importants dans la médiation, alors que l’Autorité palestinienne et l’Égypte ont été entièrement marginalisées.

Le cabinet israélien a rejeté la proposition à l’unanimité, vendredi soir, et la fuite d’un document montre clairement pourquoi. Selon le texte, « les factions palestiniennes » et l’État d’Israël feraient trois engagements :

a) Mettre en place un cessez-le-feu humanitaire, la fin de toutes les hostilités dans et à partir de la bande de Gaza, à partir de 48 heures et une durée pour une période de sept jours

b) S’appuyer sur les accords du Caire de cessez-le-feu de novembre 2012 [qui ont été atteints, grâce à la médiation américaine et égyptienne, après l’opération « Pilier de défense »]

c) Négocier au Caire, à l’invitation de l’Egypte, dans les 48 heures la résolution de toutes les questions nécessaires pour parvenir à un cessez-le-feu durable et une solution durable à la crise dans la bande de Gaza, y compris les dispositions pour assurer l’ouverture des points de passage, de permettre l’entrée des biens et des personnes et d’assurer les moyens de subsistance des Palestiniens de la bande de Gaza, transférer les fonds à Gaza pour le paiement des salaires des employés du secteur public, et résoudre tous les problèmes de sécurité.

La troisième partie de l’accord de cessez-le-feu proposé, qui a été présenté par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, a été une source particulière de vexation pour les dirigeants israéliens. Ce point accepte fondamentalement toutes les exigences du Hamas, mais n’aborde les inquiétudes israéliennes que de manière accessoire.

Plutôt que d’appeler à la démilitarisation de la bande de Gaza, la proposition exige simplement une discussion générale de « tous les problèmes de sécurité ».

Selon le document, Israël ne serait pas obligé de retirer ses troupes de la bande de Gaza au cours de la trêve, mais ne serait également pas autorisé à poursuivre ses travaux de destruction des tunnels dans la bande. Pendant la trêve, « les parties doivent s’abstenir de procéder à tout acte militaire ou de sécurité ciblant les uns des autres », indique le projet.

Le document mentionne également que « les membres de la communauté internationale, notamment les Nations Unies, la Ligue arabe, l’Union européenne, les Etats-Unis, la Turquie, le Qatar et beaucoup d’autres, soutiennent la mise en œuvre effective de l’accord de cessez-le-feu et les accords conclus entre les parties, en coopération et en coordination avec les parties, et se joignent à une initiative d’aide humanitaire majeure pour répondre aux besoins immédiats de la population de Gaza ».

Cela marginalise donc Jérusalem, Ramallah et le Caire, qui ne sont pas mentionnés du tout. Fait particulièrement remarquable, l’omission de l’Egypte, qui borde la bande de Gaza et a dans le passé servi de médiateur entre Israël et le Hamas. Au lieu de cela, Kerry a désigné la Turquie et le Qatar à assumer ce rôle dans le conflit actuel. Doha et Ankara sont alliés les plus fidèles du Hamas dans la région, ce qui souligne la raison pour laquelle Jérusalem a rejeté la proposition purement et simplement.

Des sources israéliennes ont reproché à Kerry ce week-end de « capituler » à la demande de cessez-le-feu du Hamas, et aussi de poursuivre ses consultations de cessez-le-feu à Paris samedi avec des représentants du Qatar et de la Turquie, mais ni d’Israël, ni de l’Autorité palestinienne et ni de l’Egypte.

Kerry a déclaré lors d’une réunion avec ses homologues turcs et qataris à Paris samedi soir que la proposition de cessez-le-feu en cours de négociation impliquait des dispositions pour la sécurité d’Israël, et pour le développement économique et social des Palestiniens.

Des sources gouvernementales israéliennes samedi soir ont accusé Kerry de « capituler complètement » à la demande du Hamas et du Qatar dans la rédaction de cette proposition de cessez-le-feu que les ministres israéliens ont rejeté à l’unanimité vendredi.

Des sources anonymes, citées par la Deuxième chaîne israélienne ont déclaré que Kerry « a voulu creuser un tunnel sous la proposition de cessez-le-feu égyptienne », soit le court-circuiter, et présenter au gouvernement israélien un texte acceptant la plupart des demandes du Hamas.

Dimanche, des sources palestiniennes ont fait savoir au quotidien à capitaux saoudiens A-Sharq Al-Awsat que l’Autorité palestinienne était furieuse que le secrétaire d’Etat américain ne l’ait pas consultée au sujet de son initiative de cessez-le-feu.