Israël en guerre - Jour 140

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3 000 touristes juifs américains invités à participer à la lutte contre la refonte

Alors que l'assemblée générale des JFNA va démarrer, des groupes d'activistes se rassemblent pour expliquer pourquoi les Juifs de la Diaspora ont intérêt à s’opposer aux réformes

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Des militants israéliens accueillant les passagers, pour discuter du remaniement judiciaire en cours dans le pays, à leur arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 21 avril 2023. (Crédit : Ben Gurion Airport Ask Me About Democracy Team)
Des militants israéliens accueillant les passagers, pour discuter du remaniement judiciaire en cours dans le pays, à leur arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 21 avril 2023. (Crédit : Ben Gurion Airport Ask Me About Democracy Team)

L’arrivée de plus de 3 000 dirigeants de la communauté juive d’Amérique du Nord en Israël pour une grande conférence a permis aux groupes qui protestent contre le plan du gouvernement visant à remanier radicalement le système judiciaire de faire valoir leurs arguments et d’obtenir le soutien d’une influente communauté de la Diaspora.

Si les organisateurs de la manifestation se gardent bien de dire que leur objectif est d’inciter les participants à la conférence à faire pression sur le gouvernement américain pour qu’il intervienne contre la refonte, ils disent profiter de l’occasion pour expliquer aux Juifs américains pourquoi ils devraient jouer un rôle actif dans l’opposition aux réformes de la politique intérieure d’un pays étranger.

« Ils devraient comprendre qu’ils font, par définition, partie de l’État juif et qu’ils ont un rôle à jouer dans l’élaboration de l’avenir de ce pays », a déclaré Yiftach Golov, l’un des dirigeants du groupe de protestation « Frères d’Armes », qui représente les vétérans de l’armée dans le cadre de la constellation d’organisations associées qui s’opposent à la réforme du système judiciaire.

Les critiques affirment que ces mesures, qui transféreront une grande partie du pouvoir judiciaire aux mains du gouvernement, porteront profondément atteinte au caractère démocratique d’Israël en bouleversant son système d’équilibre des pouvoirs, en accordant presque tous les pouvoirs au gouvernement de droite radicale du Premier ministre Benjamin Netanyahu et en laissant les droits individuels sans protection et les minorités sans défense.

« Nous voulons que les gens puissent rentrer chez eux et dire ‘voilà ce qui se passe en Israël' », a déclaré Ami Dror, un activiste qui avait supervisé la sécurité de Netanyahu lors de son premier mandat de Premier ministre à la fin des années 1990. « Nous comprenons quelque chose que la Hongrie, la Pologne et la Turquie n’ont pas compris à l’époque », a-t-il ajouté, évoquant trois pays qui ont connu des prises de pouvoir anti-démocratiques de la part de leurs dirigeants au cours des dernières années.

Dans l’espoir de transmettre personnellement ces messages aux participants à l’assemblée générale des Jewish Federations of North America (JFNA), les organisateurs de la manifestation ont envoyé des militants les accueillir à l’aéroport, dans les hôtels de Tel Aviv et de Jérusalem, et ont prévu d’organiser des manifestations lors de la conférence.

Les conférences auxquelles participeront la figure de proue du remaniement, le député Simcha Rothman (HaTzionout HaDatit), et le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli (Likud) devraient également donner lieu à une manifestation.

Ces efforts se déroulent parallèlement à l’objectif principal de la manifestation, qui est d’inciter les Israéliens à faire pression sur leur gouvernement pour qu’il mette un terme aux changements qui priveront le système judiciaire de son indépendance. L’événement principal de la manifestation a été le rassemblement de samedi soir rue Kaplan à Tel Aviv, qui a marqué la 16e semaine consécutive ce week-end.

Des dizaines de milliers de personnes manifestant contre la loi de réforme du système judiciaire pendant les fêtes de Pessah, à Tel Aviv, le 8 avril 2023. (Crédit : Gitaï Palti)

À la fin du mois de mars, Netanyahu a suspendu le processus législatif de la réforme du système judiciaire en réponse à l’intensification rapide des manifestations, afin de permettre des discussions de compromis avec l’opposition sur les grandes lignes du plan. Des discussions limitées ont eu lieu à la résidence présidentielle à Jérusalem, mais aucun progrès tangible n’a été annoncé jusqu’à présent.

La Knesset devrait revenir de ses congés d’un mois le 30 avril. Le projet de loi visant à placer les nominations judiciaires sous contrôle politique, l’un des projets du paquet de réformes le plus controversé, sera alors avancé, alors qu’il est prêt à être adopté dans les jours qui suivront.

Tout au long de la journée de vendredi, des hordes de volontaires anglophones ont été déployées à l’aéroport international Ben Gurion, ainsi que dans plusieurs grands hôtels de Tel Aviv, dans ce que les organisateurs ont appelé des « comités d’accueil », plutôt que des manifestations.

« Nous sommes ici pour leur souhaiter la bienvenue dans l’État démocratique et juif d’Israël et leur dire que nous sommes toujours une démocratie », a déclaré Mor Shamgar, responsable d’un groupe d’activistes déployés à l’aéroport. « Ce dernier point … les inquiète », a-t-elle précisé.

Comme Shamgar, les militants déployés dans les hôtels portaient des tee-shirts sur lesquels on pouvait lire « interrogez-moi sur la démocratie israélienne ». Ils étaient munis de tracts, de drapeaux israéliens et américains, d’autocollants et d’informations sur les groupes de marche vers la rue Kaplan pour la grande manifestation de samedi soir. Plusieurs d’entre eux se sont dits être disponibles pour des discussions en marge de la conférence de cette semaine.

Mais ces actions ont également suscité la colère de certains passants israéliens, qui ont chahuté le groupe en leur disant « qu’ils [les activistes] hallucinent car nous avons besoin de la réforme ».

Debout devant le luxueux hôtel The Setai de Jaffa, Max Moss a témoigné que certains Israéliens se sont adressés à lui en hurlant « honte » ou encore en lui demandant « pourquoi brandissez-vous le drapeau israélien pour cette cause ? ».

Mais il s’est également souvenu d’avoir rencontré deux Canadiens qui « étaient très intéressés par ce qui se passait ».

Des militants israéliens se tenant devant l’hôtel The Setai, pour discuter de la réforme du système judiciaire en cours dans le pays, à Tel Aviv, le 21 avril 2023. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Alors que les réformes proposées ont suscité des protestations presque sans précédent dans tout le pays, ainsi que de profondes inquiétude à l’étranger, de nombreuses personnes de droite continuent de plaider en faveur de leur adoption, arguant que ces mesures sont indispensables pour mettre un frein à l’activisme de la Cour. De nombreux opposants à ces réformes reconnaissent qu’elles sont nécessaires, mais affirment que le plan du gouvernement est trop radical.

Malgré l’importante couverture dans les médias israéliens et internationaux de la question et des manifestations, plusieurs organisateurs de manifestations ont dit craindre que les Juifs de l’étranger ne saisissent pas toute l’ampleur des changements, leur capacité à transformer le système de gouvernance d’Israël en l’éloignant de la démocratie, et la manière dont ils peuvent affecter concrètement les communautés de la Diaspora.

« Je ne pense pas que les gens soient vraiment conscients de ce qui se passe en Israël », a déclaré l’activiste Louise Geva, une résidente du kibboutz Givat Haïm Ichud qui se tenait à l’extérieur de l’hôtel David InterContinental de Tel Aviv. « Les gens qui sont arrivés pour la convention ont atterri au milieu d’un pays qui subit une opération à cœur ouvert », a-t-elle déclaré.

Dror a déclaré qu’il avait été surpris de constater, lors de conversations privées avec des dirigeants juifs, que nombre d’entre eux ne comprenaient pas pleinement l’ampleur des changements avancés par la coalition Netanyahu, composée d’hommes politiques de droite modérée et d’extrême-droite, ainsi que de deux partis ultra-orthodoxes. Il a affirmé que les réformes envisagées réduiraient l’accès des Juifs de la Diaspora à Israël, ainsi que la manière dont ils seraient traités au sein même de l’État.

« Les communautés juives du monde entier seront affectées – toute personne qui n’est pas ultra-orthodoxe sera une personne juive de seconde zone », a-t-il déclaré.

Les partis d’extrême-droite et ultra-orthodoxes de la coalition ont présenté des projets de loi visant à renforcer les définitions du judaïsme aux fins de l’immigration en Israël, ainsi qu’à autoriser l’organisation d’événements publics séparés par sexe et à permettre aux entreprises privées d’exercer une discrimination à l’encontre de leurs clients sur la base de leurs croyances religieuses.

Le parti ultra-orthodoxe Shas a déjà annulé les projets de libéralisation du marché de la certification des aliments casher et du processus de nomination des rabbins municipaux.

Les partis affirment que ces mesures sont conformes à ce qu’ils considèrent comme le statu quo convenu en ce qui concerne les questions de religion et d’État.

Michael Malkieli, membre du Shas, à la Knesset, à Jérusalem, le 20 mai 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Nous avons besoin des Juifs de la Diaspora, nous avons besoin de leur aide. C’est un moment crucial, juste avant que Netanyahu et ses partenaires extrémistes ne fassent passer le régime israélien d’une démocratie à une dictature », a déclaré l’activiste politique Yigal Rambam, qui participe à l’organisation de manifestations en parallèle de l’assemblée générale des JFNA.

En réponse aux demandes d’annulation de l’invitation de Netanyahu à s’exprimer lors de la conférence, les JFNA ont publié une déclaration dans laquelle ils réaffirmaient leurs appels aux partis politiques « à négocier et à faire des compromis sous les auspices du président Herzog ».

« Alors que nous arrivons en Israël pour l’assemblée générale, nous constatons que l’équipe de négociation du Premier ministre rencontre de bonne foi l’opposition sous la direction du président Herzog depuis plusieurs semaines. Bien que nous ne puissions pas prévoir l’issue de ces négociations, nous félicitons tous les dirigeants politiques qui y participent directement ou par l’intermédiaire de leurs représentants », peut-on lire dans la déclaration.

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