À la découverte de « l’ancienne maison du roi David »
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À la découverte de « l’ancienne maison du roi David »

Au sommet d’une colline entre Hébron et Ashkelon, se trouve un campement tentaculaire qui domine des forêts, des terres agricoles fertiles et des champs de fleurs sauvages

  • Sur le site des fouilles de Ziklag avec Saar Ganor. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Sur le site des fouilles de Ziklag avec Saar Ganor. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des poteries retrouvées dans ce qui a probablement été la ville biblique de Ziklag, dorénavant dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des Antiquités. (Autorisation : Expédition des fouilles de Ziklag)
    Des poteries retrouvées dans ce qui a probablement été la ville biblique de Ziklag, dorénavant dans les laboratoires de l'Autorité israélienne des Antiquités. (Autorisation : Expédition des fouilles de Ziklag)
  • La ville biblique de Ziklag date du 12è siècle avant l'ère commune. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La ville biblique de Ziklag date du 12è siècle avant l'ère commune. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des anémones dans la forêt qui accueillait probablement la ville biblique de Ziklag. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des anémones dans la forêt qui accueillait probablement la ville biblique de Ziklag. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Alors qu’il survolait la vallée Elah en 2007, l’archéologue Saar Ganor qui observait alentour, vit un étrange relief saillant. Après de plus amples observations, il se demanda si cela pouvait être une partie d’une ancienne citée. Il avait vu juste. Les fouilles menées par Yosef Garfinkel de l’Université hébraïque et Ganor, ainsi que le District archéologique d’Ashkelon de l’Autorité des antiquités d’Israël ont mis à jour toute une ville de Judée.

Située au sud de la frontière de la Judée, ce site également connu aujourd’hui comme la forteresse Qeiyafa possède deux portes qui sont vraisemblablement les Shaaraim ( « Les Deux portes »), mentionnées dans la Bible, et datant du 10e siècle avant l’ère commune, lors du règne du roi David.

Quatre ans plus tard, Ganor espérait trouver une autre implantation de l’époque de David. Et voilà qu’en 2013, alors qu’il marchait le long d’une colline à l’occasion d’une étude majeure sur les 1 000 acres qui séparent Kiryat Gat de Beit Guvrin, un morceau d’argile attira son attention. Excité par sa découverte, il la montra à Garfinkel. Et pour leur plus grande joie, cet élément appartenait à la mère région de Qeiyafa. En bonus, la fouille mit à jour une ville philistine, mentionnée dans la Bible.

Ganor et Garfinkel ont fouillé la colline en 2015 avec les représentants de l’Université Macquarie de Sydney. En raison des différences de saisons entre les deux hémisphères, les fouilles eurent lieu durant l’hiver en Israël. La pandémie de coronavirus a stoppé temporairement ces fouilles.

Dans le livre de Samuel (I Samuel 21:10), il est dit que lorsque David entendit que le roi Saul voulait sa mort, il prit la fuite dans la ville philistine de Gath. Il demanda au roi Achish de Gath de lui attribuer un lieu afin que son groupe d’hommes et sa famille puissent y vivre. « Alors Achish lui donna Ziklag, et elle appartient au royaume de Judée depuis lors, » lit-on dans un verset quelques chapitres plus loin.

Plusieurs experts avaient identifié une douzaine de lieux possibles pour la ville de Ziklag. Ganor et Garfinkel sont persuadés que cette nouvelle découverte, cette colline de 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, est sans conteste la cité biblique de Ziklag en raison de sa localisation aux frontières de l’ancienne Gath. Ils ont trouvé une multitude de preuves archéologiques de la ville philistine, depuis le 12e au 10e siècles avant l’ère commune, précisément à l’époque du roi David. Cela correspond également au magnifique conte biblique, lorsque la tribu d’Amalek
« attaqua Ziklag et l’incendia ».

Sur le site des fouilles de Ziklag avec Saar Ganor. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

David n’était pas là alors. Lorsqu’il revint à Ziklag, il trouva la ville détruite par le feu. Les fouilles sur le site ont fait apparaître les vestiges d’un incendie dévastateur.

Ganor a eu la gentillesse de nous montrer le site biblique. Lorsque l’on se tient avec lui au sommet de Ziklag, on comprend clairement pourquoi les Philistins ont choisi un lieu si particulier pour y bâtir leurs maisons,

En contrebas, la vallée de Lakish regorge de champs fertiles, bordées d’amandiers en fleurs en pleine saison.

On distingue aussi clairement la route qui va d’Ashkelon à Hébron et Jérusalem, semblable à celle que les anciens empruntaient. Hors de portée de vue, se trouve aussi une excellente source d’eau facilement accessible.

Une forêt située en-dessous de ce qui est probablement la ville biblique de Ziklag. (Shmuel Bar-Am)

Comment sont-ils arrivés là, et pourquoi sont-ils venus ? Un événement singulier au 12e siècle avant l’ère commune a causé cette migration de masse, explique Ganor, une migration qui concerne aussi les Philistins vers Canaan. Malheureusement, il n’existe aucune source écrite entre le 12e et 10e siècle avant l’ère commune à l’exception de la Bible. On ne peut expliquer les migrations de ces différents peuples à destination et en provenance de Canaan. On ne sait pas si ce sont les sécheresses, les tsunamis, les épidémies ou quelques autres catastrophes qui expliquent la chute de tous les grands empires de l’Orient ancien.

A la même époque les Philistins ont émigré en Canaan, ainsi qu’un groupe de nomades qui pourrait être l’entité Israël, mentionnée sur la stèle de Merneptah. Sur cette stèle écrite après la conquête de Canaan en 1208 avant l’ère commune, il est dit : « Canaan est captif et en plein malheur. Ashkelon est conquise, Gezer saisi, Yanoam rendu inexistant; Israël est devasté, dépourvu de semences ». Néanmoins, les Cananéens et les Philistins ont continué à peupler les villages à travers le pays, et Israël a continué à prospérer.

Chaque nouveau groupe venu dans la ville biblique de Ziklag avait construit ses infrastructures sur ce qu’avaient laissé les précédents habitants. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le mot Ziklag qui n’est ni hébreu ni cananéen, est répété une douzaine de fois dans la Bible. Il s’apparente plutôt à la langue indo-européenne des Philistins de l’époque. Ils avaient aussi conservé les noms cananéens des villes où ils s’étaient installés (comme Ashdod, Ashkelon et Gaza), Ziklag était probablement un territoire inconnu d’eux. Leurs constructions étaient faites pour durer. Ils utilisaient d’énormes roches pesant jusqu’à deux tonnes. A leur départ, sous le règne des Philistins, d’autres Cananéens s’y sont installés et ont construit leurs maisons au-dessus des constructions initiales.

Ziklag était certainement à la frontière de la Judée. Il était donc logique que le David fugitif y trouve refuge au 11e siècle avant l’ère commune. Personne ne sait évidemment si Ziklag était une ville fantôme lorsqu’Achish l’offrit à David, ou si des Philistins y habitaient. On peut imaginer l’enthousiasme de David face à ce site fertile avec ses sources abondantes.

Des anémones dans la forêt qui accueillait probablement la ville biblique de Ziklag. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Après la destruction de Ziklag, David y resta encore deux jours, jusqu’à ce que des messagers viennent l’informer que le roi Saul avait été tué lors d’une bataille l’opposant aux Philistins.

Selon la Bible, après une période de deuil (et la rédaction d’un merveilleux poème), David quitta Ziklag et se dirigea vers Hébron pour son couronnement. C’est pourquoi Ganor affirme que c’est à Ziklag que le royaume de David est né.

Malgré le demi-mètre de destruction par l’incendie, les fouilles font apparaître des découvertes passionnantes. Peut-être que cette destruction a dans le même temps permis que tant de reliques sont restées intactes, protégées par les décombres.

C’est la raison pour laquelle les briques faites de boue séchée et de pailles se sont transformées en pierres grâce au feu. Ganor nous en a fait toucher certaines, ce qui nous a permis de réaliser la puissance de l’incendie.

Des briques faites de boue et en paille utilisées dans ce qui avait été probablement la ville de Ziklag s’étaient transformées en pierre après l’incendie dévastateur qui avait détruit la ville. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les fouilles réalisées au sommet de la colline en bordure du site ont fait apparaître quatre maisons datant du 11e siècle avec un sol en pierres. Elles étaient construites l’une à côté de l’autre, leurs murs extérieurs formant en quelque sorte une ceinture.

Ils coupaient la paille et le blé à l’aide de faucilles en silex, dont les dents coupées d’un côté de la lame étaient reliées à des morceaux de bois. Plus de mille morceaux de lames de faucilles ont été découverts dans un tas lors de fouilles. Plusieurs hypothèses sont possibles. Soit les habitants de Ziklag étaient très riches, soit ils étaient ouvriers d’un riche employeur. Il semblerait qu’ils descendaient la colline en été pour la récolte du blé et retournaient les outils ainsi que la production au propriétaire des lieux.

Au bas de la colline où se trouvent les restes du 10e siècle, les archéologues ont trouvé 70 sortes de céramiques de l’époque de David. Certaines étaient demeurées intactes, et celles cassées ont pu être restaurées.

Des poteries retrouvées dans ce qui a probablement été la ville biblique de Ziklag. (Autorisation : Expédition des fouilles de Ziklag)

Les céramiques de l’époque philistine sont marquées par des décorations en spirale et des oiseaux, des bols en forme de cloche et des cruches avec des poignées généralement horizontales. On trouve rarement des décorations sur les artefacts de Judée. Les reliques du 10e siècle à Ziklag ne font pas exception.

Des poteries retrouvées dans ce qui a probablement été la ville biblique de Ziklag, dorénavant dans les laboratoires de l’Autorité israélienne des Antiquités. (Autorisation : Expédition des fouilles de Ziklag)

On a également découvert dans cette partie de la colline de nombreux pépins et autres restes organiques à l’intérieur des bocaux stockés dans des remises. L’examen au carbone 14 effectué dans le laboratoire portable de la fouille a révélé que les pépins et autres denrées remontent à l’époque de David. Ce qui nous permet de connaître les goûts alimentaires de David et de son peuple. Ils mangeaient des légumineuses et des plats à base de blé. Tout comme les habitants du Moyen-Orient aujourd’hui, les Hébreux du 10e siècle cuisinaient également avec de l’huile et appréciaient le vin.

Ganor nous a expliqué qu’il existait des différences significatives entre les villes de Judée de Ziklag et Qeiyafa / Shaaraim, situées à 20 kilomètres l’une de l’autre. Selon lui, Qeiyafa, est un des plus anciens sites urbains à notre connaissance. C’est un peu comme si, l’architecte des lieux, après l’avoir étudié, avait décidé de construire deux portes et un mur en casemate – c’est-à-dire un double mur divisé en chambres. Il semble que chaque famille ait reçu une parcelle de terrains pour construire une maison adjacente au mur. Ce type de plan de ville est spécifique au royaume de Judée, explique Ganor.

Vue aérienne de ce qui est probablement la ville biblique de Ziklag. (Autorisation : Expédition des fouilles de Ziklag)

Ziklag n’était pas une ville fortifiée et ne semblait pas avoir un dessein préétabli. Elle s’étendait sur toute la colline, avec des grands bâtiments au centre et de plus petits à la périphérie. Elle bénéficiait de terres fertiles qui représentent le bien le plus précieux de la région.

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Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides d’Israël en anglais.

Shmuel Bar-Am est un guide certifié, qui propose des tours privés, familiaux ou pour des groupes réduits. 

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