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À la Knesset, des proches d’otages à bout de souffle réclament une meilleure prise en charge

Une enquête montre que beaucoup de familles souffrent mentalement, négligent leur santé, et que leurs amis et leurs familles sont aussi très affectés

Nissan Calderon, dont le frère Ofer est retenu otage à Gaza, s'exprimant lors d'une réunion de la commission de la Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Nissan Calderon, dont le frère Ofer est retenu otage à Gaza, s'exprimant lors d'une réunion de la commission de la Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les membres de la commission de la Santé de la Knesset ont pris connaissance lundi, au 150e jour de la guerre à Gaza, de l’état de santé gravement détérioré des proches d’otages détenus par le Hamas et d’autres groupes terroristes dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre.

Les données et les témoignages recueillis au cours de cette séance animée de deux heures ont clairement montré que les efforts déployés par les agences gouvernementales, l’armée israélienne et les groupes de citoyens pour répondre aux besoins des familles en matière de santé physique et mentale ont été insuffisants.

Les proches d’otages ont décrit le système mis en place par les ministères et les agences gouvernementales après les massacres perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas comme étant désorganisé, excessivement bureaucratique et réactionnel, au lieu d’être stratégique et proactif.

Reconnaissant la nécessité d’une prise en charge professionnelle tout au long de la vie des personnes touchées, de nombreuses personnes ont demandé la création rapide par la loi d’une administration nationale permanente pour les otages et leurs familles.

 » Mon épouse et ma fille [Sharon et Noam] ont été libérées de captivité [le 25 novembre], mais je souffre toujours physiquement et psychologiquement. J’ai perdu huit kilos. Je fume plus que par le passé et je prends plus de médicaments. J’ai toujours des problèmes pour dormir et je suis incapable de travailler », a déclaré Hen Avigdori.

Le témoignage de Hen Avigdori se reflète dans les données d’enquête recueillies par la caisse de santé Maccabi et la commission de la santé et de la résilience du Forum des familles des otages et disparus en janvier.

Hen Avidgori (à droite), dont l’épouse Sharon et la fille Noam ont été libérées des geôles du Hamas le 25 novembre 2023, témoignant lors de la réunion de la commission de la Santé de la Knesset, aux côtés du professeur Hagai Levine, chef de la commission de la santé et de la résilience du Forum des familles des otages et disparus de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran du livestream de la Knesset)

L’enquête a comparé les informations communiquées par les femmes proches d’otages à celles des femmes bénévoles du forum et des femmes adhérentes de la Maccabi issues de la population générale. 80 % des membres de la famille ont déclaré avoir l’impression que leur santé s’était dégradée, soit deux fois plus que les adhérentes de la Maccabi en général. 83 % ont répondu qu’elles avaient manqué des rendez-vous médicaux et négligé de se rendre aux examens prescrits par leur médecin.

21 % des proches d’otages ont déclaré avoir perdu beaucoup de poids, un chiffre dix fois supérieur à celui de la population générale.

Shelly Shem-Tov, mère de l’otage Omer Shem-Tov, s’exprimant lors d’une réunion de la commission de la Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran livestream de la Knesset)

« Comment puis-je avoir faim ou penser à manger alors que je suis toujours en train de penser à mon fils qui a faim à longueur de temps [à Gaza] ? », a interrogé Shelly Shem-Tov, dont le fils de 21 ans, Omer, a été enlevé lors du Festival Supernova, à proximité du kibboutz Reïm.

Le Dr. Eran Rotman, responsable des services de santé à la Maccabi, a indiqué que 96 % des familles d’otages connaissent un déclin de leur état de santé, les deux tiers d’entre elles signalant que ce déclin a été modéré à sévère. Ces mêmes personnes interrogées ont déclaré que leur santé mentale était bonne ou excellente avant la guerre.

La consommation de médicaments contre l’anxiété et la dépression a doublé chez ces familles, et 93 % d’entre eux ont déclaré avoir des problèmes de sommeil, 14 % d’entre eux ayant indiqué qu’ils prenaient des somnifères.

« Il est important de noter également que les volontaires du forum ont également signalé des problèmes de santé physique et mentale. C’est un lourd tribut pour toutes les personnes impliquées », a souligné Dr. Rotman.

Osnat, tante de l’otage décédé Itay Svirsky, montrant sa photo lors d’une réunion de la commission de la Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran livestream de la Knesset)

La députée Karine Elharrar a déclaré qu’il était important d’avoir ces chiffres et a souligné à quel point il était primordial de s’occuper des familles.

« Les familles doivent être en bonne santé pour pouvoir s’occuper de leurs proches à leur retour de captivité », a-t-elle affirmé.

Des représentants du ministère de la Défense ont décrit un système – désormais sous l’égide du cabinet du Premier ministre – selon lequel chaque famille d’otages se voit attribuer un officier de liaison de Tsahal et un agent de liaison civil. Les représentants ont affirmé avoir cartographié les besoins de chaque famille en matière de santé, d’aides sociales et d’emploi.

« Nous avons reçu 60 000 demandes d’aide de la part des familles et 500 d’entre elles concernaient la santé et la santé mentale », a déclaré Josh Lawson, du Corps Médical de l’armée israélienne. « Des représentants du ministère de la Santé travaillent avec nous sur ce sujet afin que nous puissions raccourcir les délais d’obtention d’un rendez-vous chez le médecin ou d’un équipement médical pour un membre de la famille. »

Lawson a admis que toutes les familles qui avaient demandé un soutien en matière de santé mentale ne l’avaient pas encore reçu.

Nissan Calderon, qui a survécu à l’assaut du kibboutz Sufa et dont le frère Ofer Calderon est toujours détenu à Gaza, s’est alors insurgé contre cette approche réactive.

« Cela fait 150 jours et personne du gouvernement ne m’a contacté. J’ai dû subvenir aux besoins de l’épouse et des enfants de mon frère, en plus de ma propre famille. Je ne mange plus, je ne dors plus. Il y a deux semaines, j’ai failli me suicider. Je ne peux plus respirer ! », s’est écrié Nissan Calderon, désespéré.

Une autre femme a déploré que la dernière fois qu’un fonctionnaire l’avait contactée, c’était en décembre.

Certains proches d’otages ont déclaré qu’ils n’avaient pas la capacité ou craignaient de ne serait-ce que penser à ce dont ils avaient besoin et de demander de l’aide. Et ceux qui souhaitent obtenir de l’aide ne savent pas vers qui se tourner, faute de visites régulières et fréquentes de la part des agents de liaison.

« Je suis reconnaissant envers tous ceux qui m’ont aidé, ma famille et les autres, mais il doit y avoir une adresse unique pour toutes les familles des otages et beaucoup plus de personnel doit être affecté à cette tâche », a fait remarquer Hen Avigdori.

« Il s’agit d’une situation très complexe, chaque famille ayant sa propre expérience traumatisante, non seulement de l’enlèvement, mais peut-être aussi du meurtre, du déplacement [de leurs foyers], et plus encore », a-t-il poursuivi.

Le professeur Hagaï Levine, chef de la commission Santé et Résilience du Forum des familles des otages et disparus (à gauche), s’exprimant lors d’une réunion de la commission Santé de la Knesset, à Jérusalem, le 4 mars 2024. (Crédit : Capture d’écran livestream de la Knesset)

De nombreux participants à la réunion ont exprimé leur colère face au manque de reconnaissance de l’impact des massacres du 7 octobre sur les familles élargies des otages qui, tout en souffrant eux-mêmes, ont dû se mobiliser pour aider des proches au premier degré épuisés et extrêmement stressés à continuer à vivre.

« Les proches plus lointains comme les cousins, les oncles et les tantes, les grands-parents et les petits-enfants doivent être officiellement reconnus comme ayant besoin d’aide. Même les voisins et les amis des otages ont été profondément affectés », a expliqué le Pr. Hagaï Levine, responsable de la commission de la santé et de la résilience du Forum des familles des otages et disparus.

Une cousine de l’otage Tal Shoham a raconté que sa demande d’assistance psychologique accélérée auprès de la Maccabi avait été rejetée.

La décision prise par le gouvernement le 22 octobre de reconnaître les membres de la famille des otages comme équivalents aux membres de la famille des victimes du terrorisme a permis de verser des prestations d’assurance nationale aux parents, aux enfants, aux frères et sœurs et aux conjoints – mais pas aux membres du « deuxième cercle » qui pourraient subir une perte de revenus ou avoir besoin d’un soutien financier.

Gil Dickman, cousin de l’otage Carmel Gat, s’est dit frustré par le fait que de nombreuses questions soulevées lors de la réunion de lundi avaient déjà été abordées lors d’une session de la commission de la Santé de la Knesset au mois de novembre.

« Allons-nous revenir ici dans quelques mois pour parler des mêmes choses et du fait qu’elles n’ont pas été traitées ? », a demandé Gil Dickman avec colère.

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