AJC : laissons Sessions passer le processus de confirmation et voyons ce qu’il se passe
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AJC : laissons Sessions passer le processus de confirmation et voyons ce qu’il se passe

Après s’être opposé à sa nomination comme juge fédéral il y a 30 ans, l’association dit que le Sénat devra l’examiner avant qu’il ne devienne procureur général

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président élu Donald Trump, son fils Barron Trump, son épouse Melania Trump, et sa fille Ivanka Trump remercient les partisans du candidat républicain à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : Mark Wilson/Getty Images/AFP)
Le président élu Donald Trump, son fils Barron Trump, son épouse Melania Trump, et sa fille Ivanka Trump remercient les partisans du candidat républicain à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : Mark Wilson/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – L’American Jewish Committee (AJC), qui a cherché il y a trente ans à empêcher la nomination de Jeff Sessions au poste de juge fédéral, attendra cette fois-ci de voir comment se déroulera le processus de confirmation par le Sénat pour sa nomination au poste de procureur général des Etats-Unis. Vendredi, le président américain élu Donald Trump a annoncé avoir choisi Sessions pour diriger le département de la Justice de son administration.

« Pendant le processus de confirmation, il y aura d’amples opportunités de régler les questions qui ont été soulevées très publiquement et de manière très convaincante, il y a trois décennies », a déclaré vendredi soir au Times of Israël Jason Isaacson, le directeur exécutif associé de l’AJC chargé de la politique.

« Ce qui doit aussi être évalué, ce sont les déclarations du sénateur et ses actes pendant la période intermédiaire, une période pendant laquelle les comportements publics et les sensibilités sur les sujets raciaux ou autres ont évolué, a ajouté Isaacson. Nous attendons l’examen complet. »

Depuis que Trump a surpris la classe politique la semaine dernière et battu sa rivale démocrate Hillary Clinton, l’AJC a maintenu une politique d’absence de commentaire sur les nominations de Trump.

Jeff Sessions (via Wikipedia)
Jeff Sessions (via Wikipedia)

« Les présidents ont le droit de choisir leurs équipes et nous ne comptons pas commenter la nomination de chaque conseiller clef », avait déclaré Isaacson la semaine dernière, quand Trump avait annoncé qu’il ferait de Stephen Bannon, l’ancien dirigeant de Breitbart news, un site populaire de la droite alternative, son stratège en chef à la Maison Blanche.

Mais vendredi, un communiqué de presse publié en 1986 a refait surface, et montré que l’AJC avait tenté d’empêcher la nomination par Ronald Reagan, alors président, de Sessions à la Cour du district des Etats-Unis de l’Alabama. A cette époque, Sessions était procureur général du district sud de l’Alabama.

L’AJC avait objecté des déclarations que Sessions auraient faites. La commission judiciaire du Sénat avait rejeté sa nomination pour cela, en faisant l’un des deux seuls candidats en 50 ans dont la nomination avait été rejetée par la commission.

Hyman Bookbinder, le représentant de l’AJC à Washington à l’époque, avait fustigé le futur sénateur pour « son préjugé négatif sur les droits civiques et les sujets de liberté civique ». Un tel préjugé, avait-il déclaré, « ne peut pas inspirer confiance aux citoyens américains noirs qui pourront comparaître devant lui dans un tribunal fédéral de savoir qu’ils ne seront pas traités différemment des citoyens américains blancs. »

Le communiqué est daté du 8 avril 1986 ; la nomination de Sessions avait été retirée moins de quatre mois après, le 31 juillet 1986.

Pendant le processus de confirmation, plusieurs déclarations controversées dont Sessions avaient été accusées avaient été mises en lumière. D’anciens collègues avaient dit à la commission qu’il avait parlé de l’Association nationale pour la promotion des personnes de couleur (NAACP), de l’Union pour les libertés civiques américaines (ACLU), du Conseil national des églises et de la Conférence des dirigeants chrétiens du sud comme d’organisations « non américaines » qui enseignaient des « valeurs non américaines ».

Il aurait également décrit un avocat blanc pour les droits civiques travaillant en Alabama comme une « honte à sa race », et réprimandé un employé noir, lui disant d’ « être prudent sur ce qu’il disait aux blancs » après qu’il avait eu une dispute avec un collègue blanc.

Un procureur fédéral afro-américain, Thomas Figures, avait également témoigné et déclaré que Sessions l’avait appelé « garçon » et avait approuvé le Ku Klux Klan jusqu’à ce qu’il « découvre qu’ils fumaient de l’herbe. »

Sessions avait démenti ces accusations. « Je ne suis pas le Jeff Sessions que mes détracteurs ont essayé de créer, avait-il déclaré en 1986. Je ne suis pas raciste. Je ne suis pas insensible aux noirs. J’ai soutenu les activités pour les droits civiques dans min état. J’ai fait mon travail avec intégrité, égalité et justice pour tous. »

Le communiqué de l’AJC de 1986 détaillait ces épisodes, affirmant qu’ils étaient les fondations du rejet de sa nomination. « Il suffit de dire que la somme totale de ses remarques soulève les questions les plus sérieuses sur le fait que M. Sessions possède les qualités requises pour être juge fédéral », avait déclaré Bookbinder.

Le communiqué indiquait que « la politique de l’American Jewish Committee a généralement été de s’abstenir de commenter les nominations judiciaires, mais nous nous sentons l’obligation de faire une rare exception pour ce cas. »

Stephen Bannon, à droite, dans le hall de la Trump Tower à New York, le 11 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)
Stephen Bannon, à droite, dans le hall de la Trump Tower à New York, le 11 novembre 2016. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images via JTA)

Dans un communiqué publié jeudi, David Harris, directeur exécutif de l’AJC, avait cherché à réaffirmer les principes de l’organisation, mais n’avait pas approuvé Bannon.

« Nous chérissons notre grande nation et la liberté et les opportunités dans les précédents qu’elle permet, notamment le précieux droit de vote, d’élections libres et justes, et de transfert harmonieux de pouvoir d’une administration à l’autre », avait-il déclaré.

La semaine dernière, plusieurs républicains, démocrates et organisations juives ont dénoncé la décision de nommer Bannon, déclarant qu’il représentait un type de nationalisme populiste qui enhardit les racistes et ne devrait pas être proche du Bureau ovale.

L’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Ron Dermer, a cependant déclaré qu’Israël attendait de pouvoir travailler avec toute l’équipe de Trump, et avait notamment cité Bannon, après avoir rencontré Trump jeudi.

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