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Comment Al-Arouri a contribué à procurer refuge et soutien militaire au Hamas au Liban

Depuis l'ouverture de sa base opérationnelle au Liban en 2018, le Hamas a recruté des membres parmi les Palestiniens locaux et a bénéficié de l'aide du Hezbollah, béni par l'Iran

Le chef politique adjoint du Hamas Saleh al-Arouri lors d'une rare rencontre publique avec le chef du groupe terroriste libanais Hassan Nasrallah à Beyrouth, au Liban, le 31 octobre 2017 (Capture d'écran : PalInfo )
Le chef politique adjoint du Hamas Saleh al-Arouri lors d'une rare rencontre publique avec le chef du groupe terroriste libanais Hassan Nasrallah à Beyrouth, au Liban, le 31 octobre 2017 (Capture d'écran : PalInfo )

L’assassinat du numéro 2 du Hamas, Saleh al-Arouri, dans une attaque attribuée à un drone israélien à Beyrouth mardi, a braqué les projecteurs sur la branche libanaise de l’organisation terroriste palestinienne.

Des centaines de personnes ont assisté aux funérailles d’al-Arouri jeudi au cimetière des martyrs de Sabra et Chatila, dans le camp de réfugiés qui fut le théâtre du massacre de ses habitants en 1982 aux mains des phalangistes chrétiens libanais soutenus par Israël.

Le Liban est également le siège du tristement célèbre groupe terroriste du Hezbollah, un autre ennemi juré d’Israël soutenu par l’Iran. Depuis au moins 2018, le Hamas a discrètement entrepris un rapprochement avec le Hezbollah afin d’établir une branche libanaise et d’ouvrir un front supplémentaire contre Israël pendant les conflits. Al-Arouri a été le principal architecte de ce rapprochement.

Depuis des années, les dirigeants du Hamas tentent d’échapper aux assassinats ciblés d’Israël en cherchant refuge dans des pays qui soutiennent le groupe, les principaux étant le Qatar, le Liban et la Turquie, mais aussi l’Iran et la Malaisie.

Parmi ces pays d’accueil, le Liban est le seul à partager une frontière avec Israël. Il abrite également douze camps dans lesquels vivent des dizaines de milliers de réfugiés palestiniens et leurs descendants. En vertu d’un accord de longue date, l’armée libanaise ne pénètre pas dans les camps, laissant aux factions palestiniennes, dont le Hamas, le soin d’assurer la sécurité à l’intérieur, ce qui permet au groupe terroriste de recruter de nouveaux membres en toute tranquillité.

En 2018, Israël a adressé plusieurs demandes officielles aux Nations Unies (ONU) pour empêcher le Hamas de se retrancher dans le sud du Liban avec le Hezbollah, accusant la collaboration entre les deux organisations soutenues par l’Iran de constituer une « violation flagrante » de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a mis fin à la deuxième guerre du Liban de 2006 entre l’armée israélienne et le Hezbollah.

Dans une lettre, Danny Danon, qui était alors l’envoyé israélien à l’ONU, a indiqué que le Hamas avait reçu l’aide du Hezbollah pour établir des usines de fabrication de missiles et des camps pour former des milliers de terroristes palestiniens dans le sud du Liban.

Cortège funèbre pour Hamza Ibrahim Shahin, membre du mouvement terroriste du Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza, dans le camp de Burj al-Shamali pour réfugiés palestiniens près de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 12 décembre. 2021. (Crédit : Mahmoud ZAYYAT / AFP)

La première branche du Hamas aurait été établie dans la ville côtière de Tyr, mais elle a ouvert d’autres antennes dans tout le pays.

La lettre de Danon, datée du 11 mai 2018, stipule notamment que « la coopération de plus en plus étroite entre le Hamas, le Hezbollah et l’Iran constitue une menace majeure non seulement pour Israël, mais aussi pour la stabilité et la sécurité de toute la région. » La lettre citait explicitement Al-Arouri, le chef adjoint du Hamas qui a été liquidé mardi, comme l’homme responsable de cette coordination.

Un terroriste globe-trotter

Après avoir passé 18 ans dans les prisons israéliennes pour son rôle dans la planification d’attaques du Hamas en Cisjordanie, Al-Arouri a été libéré en 2010. Il s’est d’abord installé en Syrie, avant de partir en Turquie.

Il est resté à Istanbul jusqu’en 2015, date à laquelle il a été placé sur la liste des personnes les plus recherchées par les États-Unis, après avoir admis être l’un des cerveaux de l’enlèvement et de l’assassinat de trois adolescents israéliens en Cisjordanie, un enlèvement qui avait déclenché la guerre de Gaza en 2014.

Les trois adolescents enlevés et assassinés près de Hébron le 12 juin 2014 : Eyal Yifrach, Gilad Shaar et Naftali Frenkel. (Crédit : autorisation)

Lorsque la Turquie et Israël ont amorcé un rapprochement en 2016 et que la Turquie a expulsé des membres de divers groupes islamistes, Al-Arouri a commencé à faire des navettes entre Istanbul et Beyrouth et a entamé ses démarches pour mettre en place l’infrastructure du Hamas au Liban, avec le soutien du Hezbollah et de l’Iran.

Le Hamas et le Hezbollah n’ont pas toujours été alliés : les deux mouvements terroristes ont traversé une période de troubles pendant la guerre civile syrienne qui a éclaté en 2011, quand le Hamas a apporté son soutien à l’opposition syrienne tandis que le Hezbollah soutenait le régime de Bashar El-Assad. Les deux groupes se seraient affrontés à Yarmouk et dans d’autres camps de réfugiés palestiniens en Syrie.

Dans cette photo du 31 janvier 2014 publiée par l’UNRWA, on voit des résidents du camp palestinien assiégé de Yarmouk, faisant la queue pour recevoir des vivres, à Damas, Syrie (UNRWA via AP, dossier)

Avec l’apaisement du conflit syrien et l’élection d’Ismail Haniyeh à la tête du bureau politique du Hamas en 2017, le groupe palestinien a entamé un rapprochement avec l’Iran et s’est réaligné sur le Hezbollah.

Le principal architecte de ce rapprochement a été Al-Arouri, qui est devenu le pilier de la mise en place de l’infrastructure du Hamas au Liban.

Une base à Beyrouth

À l’été 2018, al-Arouri a élu domicile à Beyrouth, dans le quartier chiite d’al-Dahiya, dans le sud de la ville, qui est le fief du Hezbollah. Il a été suivi peu après par Khalil al-Hayya, responsable des relations arabes et islamiques du Hamas, et Zaher Jabarin, chargé des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

En mai 2021, les médias libanais ont rapporté que le Hezbollah et le Hamas avaient mis en place une cellule d’opération conjointe à Beyrouth avec la coordination du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran (CGRI), qui avait envoyé des armes et des munitions à Gaza pendant le conflit de 11 jours entre Israël et le Hamas en mai 2021, et « déplacé plusieurs officiers de la résistance palestinienne hors de la bande de Gaza au cours de l’agression ».

Le chef de l’aile militaire du Hamas, Yahya Sinwar, aurait confirmé, selon la presse israélienne, que le groupe terroriste travaillait en coordination avec le CGRI et le Hezbollah tout au long des combats.

Le 6 avril 2023, le Hamas a lancé une attaque massive de roquettes contre Israël depuis le Liban, et tiré au moins 36 projectiles sur la frontière nord d’Israël, dont beaucoup ont été interceptés par le système de défense antiaérienne du Dôme de fer. Il s’agissait du barrage de roquettes le plus important depuis la deuxième guerre du Liban en 2006.

Le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah, à droite, rencontrant Ziad al-Nakhaleh, chef du Jihad islamique palestinien, au centre, et le responsable adjoint du Hamas, Saleh al-Arouri, à Beyrouth, au Liban, le 25 octobre 2023. (Crédit : Hezbollah Media Relations Office, via AP )

Cette attaque a donné un premier aperçu des capacités militaires de la branche étrangère du groupe terroriste palestinien. L’arsenal du Hamas comprendrait des roquettes de type Grad de fabrication iranienne, qu’un expert a décrites au Times of Israel comme étant « basiques, simples et imprécises », et qui sont tirées à partir de lanceurs improvisés.

Le Hezbollah dispose d’équipements similaires dans son arsenal, ce qui laisse supposer qu’il a pu remettre certains de ses missiles au Hamas.

Al-Arouri : chef militaire

En août 2023, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a menacé de faire assassiner de hautes personnalités du Hamas, dont al-Arouri, à la suite d’une escalade des violences en Cisjordanie.

En réponse, le Hamas a publié une déclaration officielle soulignant que les menaces du Premier ministre israélien ne parviendraient pas à affaiblir la « résistance », et Al-Arouri a déclaré que cette décision risquait de déclencher une « guerre régionale. »

Dans la foulée du communiqué du Hamas, des photos ont été publiées sur les réseaux sociaux montrant un al-Arouri au téléphone dans son bureau, vêtu d’un treillis militaire, avec un fusil M-16 posé sur son bureau, un geste signifiant ouvertement qu’il mettait Israël au défi.

Saleh al-Arouri, numéro deux du groupe terroriste palestinien du Hamas. (Autorisation)

Le 2 septembre, quelques semaines avant l’assaut sauvage du Hamas le 7 octobre, al-Arouri a accompagné une délégation du Hamas dirigée par le chef du politburo Haniyeh lors d’une réunion avec le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah et le chef du Jihad islamique palestinien Ziyad Nakhaleh, au cours de laquelle la question de la coopération au sein de « l’axe de la résistance » a été abordée, ainsi que « l’intensification de la résistance en Cisjordanie et à Gaza. »

En plus d’Al-Arouri, deux autres commandants militaires du Hamas ont été tués mardi : Samir Findi et Azzam Al-Aqraa, ainsi que des personnages connus du Hamas, Mahmoud Shaheen, Muhammad Bashasha, Muhammad al-Rayes et Ahmed Hammoud.

Selon les articles de la presse israélienne, Findi, 54 ans, avait rejoint le Hamas il y a 30 ans et était le commandant de facto de l’aile militaire du groupe au Liban, ainsi que l’agent de liaison avec les Houthis au Yémen.

Al-Aqraa aurait coordonné des attaques terroristes en Cisjordanie alors même qu’il vivait en Syrie, en Arabie saoudite et en Turquie.

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