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Algérie-Maroc : des décennies de relations difficiles

Les deux poids lourds du Maghreb s'affrontent au sujet du Sahara occidental, seul territoire du continent africain dont le statut post-colonial reste en suspens

Le roi du Maroc Mohammed VI a salué la foule à son arrivée à la session d'ouverture du Parlement marocain à Rabat, au Maroc, le 12 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Abdeljalil Bounhar)
Le roi du Maroc Mohammed VI a salué la foule à son arrivée à la session d'ouverture du Parlement marocain à Rabat, au Maroc, le 12 octobre 2018. (Crédit : AP Photo/Abdeljalil Bounhar)

Les deux poids lourds du Maghreb, l’Algérie et le Maroc, entretiennent depuis des décennies des relations difficiles en raison de l’épineux dossier du Sahara occidental, seul territoire du continent africain dont le statut post-colonial reste en suspens.

Le Maroc a subi un revers mercredi après la décision de la justice européenne d’annuler deux accords commerciaux concernant le Sahara occidental.

Le conflit du Sahara oppose le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie, depuis le départ du colonisateur espagnol dans les années 1970. Rabat, qui contrôle près de 80 % du territoire, propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté.

Rupture

Le 7 mars 1976, Rabat rompt ses relations diplomatiques avec l’Algérie après la reconnaissance par Alger de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), autoproclamée par le Front Polisario.

Dès 1963, une « guerre des sables » avait opposé les deux voisins après plusieurs incidents frontaliers et leurs relations s’étaient gravement détériorées avec la « Marche verte » de 350 000 Marocains en direction du Sahara occidental en 1975.

Libre circulation

Le 26 février 1983, le roi Hassan II et le président algérien Chadli Bendjedid se retrouvent à la frontière.

En avril, la libre circulation est rétablie pour les résidents des deux pays et, en mai, un accord sur la libre circulation progressive des personnes et des biens ainsi que l’ouverture des lignes aériennes et ferroviaires est signé.

Reprise des relations

Le 16 mai 1988, Alger et Rabat annoncent la reprise de leurs relations diplomatiques. Le 5 juin, les frontières sont officiellement rouvertes.

Le 7 juin, Hassan II effectue sa première visite à Alger depuis 15 ans, où il participe à un sommet arabe extraordinaire.

Début février 1989, la visite de M. Bendjedid à Ifrane, la première d’un président algérien au Maroc depuis 1972, scelle la réconciliation. Un accord est conclu pour un projet de gazoduc devant relier l’Algérie à l’Europe, à travers le Maroc (le futur GME, gazoduc Maghreb Europe lancé en 1996).

En juin 1992, la promulgation par Rabat d’une convention met fin aux problèmes frontaliers.

Fermeture des frontières

Mais, le 16 août 1994, les déclarations du président algérien Liamine Zeroual selon lesquelles il reste en Afrique « un pays illégalement occupé » – allusion au Sahara occidental – sont mal perçues à Rabat.

Le 26 août, le Maroc instaure un visa d’entrée pour les Algériens après l’attaque d’un hôtel de Marrakech où deux touristes espagnols ont été tués par des islamistes franco-maghrébins. Rabat accuse des services de sécurité algériens d’être derrière l’attentat.

L’Algérie ferme sa frontière avec le Maroc.

Le 25 juillet 1999, le président Abdelaziz Bouteflika assiste aux obsèques de Hassan II à Rabat. Mais ce début de réconciliation est brutalement freiné le 15 août après un massacre qui fait 29 morts en Algérie. Bouteflika accuse le Maroc de faciliter l’infiltration d’islamistes armés.

Léger dégel

En mars 2005, une série de rencontres entre M. Bouteflika et Mohammed VI marque un « dégel ».

En juillet 2011, le roi se prononce pour la réouverture des frontières terrestres et une normalisation. M. Bouteflika affirme ensuite sa volonté au « raffermissement » des relations.

En décembre 2019, Mohammed VI appelle à ouvrir une « nouvelle page » dans un message de félicitations au nouveau président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Normalisation Israël-Maroc

En décembre 2020, l’Algérie dénonce des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser et pointe du doigt Israël après la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations de Rabat avec l’Etat hébreu.

Un véhicule de l’armée marocaine passe devant des épaves de voitures à Guerguerat, au Sahara occidental, le 24 novembre 2020, après l’intervention des forces armées royales marocaines dans la région. (Crédit : Fadel SENNA / AFP)

Nouvelles tensions

Le 18 juillet 2021, Alger rappelle son ambassadeur à Rabat. Un diplomate marocain a exprimé son soutien au séparatisme kabyle, en réaction à l’appui apporté par Alger au Polisario. Alger s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie.

Le 18 août, Alger annonce « revoir » ses relations avec le Maroc, accusé d’être impliqué dans des incendies meurtriers en Kabylie.

Nouvelle rupture

Le 24, Alger rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc, accusé « d’actions hostiles ».

Rabat regrette une décision « complètement injustifiée » et rejette « les prétextes fallacieux qui la sous-tendent ».

Le 22, l’Algérie ferme son espace aérien aux avions marocains.

Justice européenne

Le 29 septembre, la justice européenne annule deux accords de partenariat commerciaux concernant le Sahara occidental, à la demande du Polisario qui a salué « une grande victoire ».

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