Allemagne : l’ADN lie un tueur néonazi au meurtre d’une fillette
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Allemagne : l’ADN lie un tueur néonazi au meurtre d’une fillette

SI elle est confirmée, la découverte lierait deux des crimes les plus connus de ces dernières années dans le pays

Les trois membres du groupuscule néonazi NSU (National Socialist Underground), Beate Zschaepe, Uwe Boehnhardt et Uwe Mundlos ; photographie publiée par un journal en 1998. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Les trois membres du groupuscule néonazi NSU (National Socialist Underground), Beate Zschaepe, Uwe Boehnhardt et Uwe Mundlos ; photographie publiée par un journal en 1998. (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’enquête déjà très laborieuse de la police allemande sur un groupe de néo-nazis accusés d’une dizaines de meurtres racistes dans le pays a rebondi avec la découverte d’un possible lien avec l’assassinat, jamais élucidé, d’une fillette en 2001.

Cette connexion qui se dessine ajoute une nouvelle strate à l’histoire mouvementée de la Clandestinité national-socialiste (NSU), un trio de jeunes Allemands, Uwe Böhnhardt, Uwe Mundlos et Beate Zschäpe, soupçonné d’une dizaine de crimes racistes dans les années 2000, qui ont scandalisé l’Allemagne.

Sur le point d’être interpellés, Böhnhardt et Mundlos s’étaient suicidés en 2011. Unique rescapée, Zschäpe, 41 ans, est jugée depuis 2013 pour meurtres à Munich avec quatre personnes accusés de l’avoir aidée pendant ses treize ans de vie clandestine.

Le lien possible avec la mort de la fillette, de surcroît dans une affaire potentiellement pédophile, a créé la stupéfaction en Allemagne : les autorités judiciaires ont révélé jeudi soir que l’ADN de l’un des membres du groupuscule, Uwe Böhnhardt, a été identifié sur les lieux où les restes de Peggy Knobloch, 9 ans, ont été retrouvés en juillet, dans un bois de Thuringe, Etat régional de l’est de l’Allemagne d’où était originaire le trio de la NSU.

La fillette avait été enlevée le 7 mai 2001 dans une région voisine.

‘Souillage’ des scellés ?

L’affaire Peggy n’a jamais été élucidée : un handicapé mental avait été condamné à la prison à vie en 2004, avant d’être blanchi dix ans plus tard lorsqu’un témoin à charge important s’est rétracté.

La forêt proche de Rodacherbrunn, dans le centre de l'Allemagne, où le squelette de Peggy Knobloch, 9 ans, a été retrouvé en juillet 2016. Des preuves ADN ont lié son meurtre à Uwe Boehnhardt, membre décédé d'un groupuscule néonazi, NSU. Photographie prise le 14 octobre 2016. (Crédit : AFP/dpa/Nicolas Armer)
La forêt proche de Rodacherbrunn, dans le centre de l’Allemagne, où le squelette de Peggy Knobloch, 9 ans, a été retrouvé en juillet 2016. Des preuves ADN ont lié son meurtre à Uwe Boehnhardt, membre décédé d’un groupuscule néonazi, NSU. Photographie prise le 14 octobre 2016. (Crédit : AFP/dpa/Nicolas Armer)

Selon la presse, l’ADN a été retrouvé sur un morceau de tissu de la taille d’un ongle.

Les enquêteurs vont néanmoins devoir exclure avec certitude l’hypothèse d’un « souillage » accidentel du tissu après une erreur de manipulation des scellés des deux enquêtes. Rien n’indique qu’une telle contamination ait eu lieu, a affirmé le chef de la police judiciaire allemande (BKA), Holger Münch. Le procureur en charge, Herbert Potzel, s’est montré plus prudent : « il y a diverses possibilités de contamination ».

Le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a parlé lui d’une avancée potentiellement « incroyable » des investigations en direction du groupuscule néo-nazi.

La découverte des traces ADN, qui vont être exploitées dans les semaines à venir, ouvre un volet totalement nouveau dans l’affaire NSU, à l’origine ces dernières années d’un scandale politico-judiciaire.

Ce dernier a éclaboussé en particulier la police et le renseignement intérieur, accusés au minimum d’incompétence pour avoir permis au groupuscule de commettre en tout impunité ses assassinats pendant des années alors que la mouvance néo-nazie était censée faire l’objet d’une stricte surveillance, voire de s’être fait manipuler par des informateurs.

Scandale national

Le gouvernement n’a pas non plus été épargné, se voyant reprocher d’avoir sous-estimé la radicalisation de ce type de mouvements et l’ampleur du racisme dans le pays.

Beate Zschäpe, 41 ans, accusée d'avoir participé à neuf meurtres à caractère xénophobe et à celui d'une policière entre 2000 et 2007 alors qu’elle appartenait à un groupuscule néo-nazi. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Beate Zschäpe, 41 ans, accusée d’avoir participé à neuf meurtres à caractère xénophobe et à celui d’une policière entre 2000 et 2007 alors qu’elle appartenait à un groupuscule néo-nazi. (Crédit : capture d’écran YouTube)

L’avocat des victimes du groupuscule néo-nazi, Mehmet Daimagüler, a appelé vendredi la seule rescapée du trio, Beate Zschäpe, à participer « à l’élucidation de l’affaire » Peggy, dans le cadre de son procès. Un procès qui s’enlise face au refus de l’accusée de s’expliquer.

Elle doit « déballer tout ce qu’elle sait » sur de possibles ramifications pédophiles du dossier, a-t-il dit.

Il a rappelé qu’un disque dur avec « des contenus pornographiques pédophiles » avait été retrouvé dans un appartement servant au trio.

« Qui savait ? Qui l’a mis dessus ? Uwe Böhnhardt, Uwe Mundlos, Beate Zschäpe ou tous les trois ? », s’est-il interrogé, alors que des vêtements ou jouets d’enfants, dont l’origine reste inconnue, ont été retrouvés dans le camping-car du trio.

Böhnhardt lui-même a été accusé par un ancien camarade de classe du meurtre d’un enfant de 9 ans en 1993 à Iena, sans que son implication ne puisse être prouvée. La justice a annoncé vendredi vouloir rouvrir cette enquête à la lumière des derniers développements.

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