Alors que le black-out Internet entre dans son 3e mois, l’Iran assouplit les restrictions pour les entreprises
Le gouvernement a annoncé que le Conseil suprême de sécurité nationale a approuvé l'utilisation du système "Internet Pro" afin de "préserver les entreprises en période de crise"
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La plus haute instance de sécurité iranienne a approuvé un programme temporaire qui permet aux entreprises d’accéder à l’internet mondial avec un nombre moindre de restrictions, a indiqué mardi une porte-parole du gouvernement aux médias iraniens. Les autorités avaient suspendu tout accès à la Toile pour les citoyens depuis le début de la guerre avec les États-Unis et Israël.
« Le Conseil suprême de sécurité nationale a approuvé le programme ‘Internet Pro’ afin de préserver les entreprises en période de crise », a fait savoir la porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani.
Elle n’a pas précisé quand ces nouvelles mesures, qui n’avaient pas été dévoilées auparavant par le gouvernement, avaient été mises en place.
« Dès que les autorités compétentes auront annoncé que la situation est revenue à la normale, la situation concernant internet changera également », a-t-elle ajouté, avant de souligner que le gouvernement était à l’écoute des demandes de la population et qu’il considérait l’accès à Internet comme un droit civique.
Le Monde a rapporté que depuis le début du mois d’avril, certains groupes professionnels avaient pu demander un accès à internet, sous réserve de l’accord des services de renseignement. Le journal a ainsi cité les médecins, les enseignants, les avocats et les ingénieurs parmi les bénéficiaires de cet arrangement.
Selon NetBlocks, un groupe de veille de l’internet, la grande majorité des Iraniens n’ont pas pu accéder à la Toile au cours des 60 derniers jours.
Sinon – et mis à part les responsables politiques et certaines autres personnalités proches du régime qui ont pu bénéficier de « cartes SIM blanches » leur permettant un accès à internet sans restriction — seuls quelques citoyens sont parvenus à contourner ces dernières, en utilisant des VPN coûteux et sophistiqués ainsi que des terminaux Starlink.
Les autorités avaient initialement imposé un black-out internet dans un contexte de mouvement de protestation antigouvernemental à l’échelle nationale, le 8 janvier. Cette coupure avec le monde avait eu lieu juste avant la répression meurtrière de ces manifestations, avec des milliers, voire des dizaine de milliers de personnes qui avaient été tuées.
Les connexions étaient progressivement revenues à la normale en février, jusqu’à ce qu’un nouveau black-out soit mis en place à la suite du début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le 28 février.
En temps normal, l’accès à l’internet mondial reste fortement restreint par la censure de nombreux sites, tandis que les autorités s’appuient de plus en plus sur un intranet pour fournir des services connectés sans passer par le World Wide Web, notamment pour les écoles, qui suivent actuellement un programme scolaire en ligne.
Perturbations économiques
« Internet Pro » a mis en évidence un exercice d’équilibriste qui est difficile pour les autorités, qui affirment que les restrictions sont nécessaires pour la sécurité pendant le conflit, mais qui doivent faire face à des perturbations économiques croissantes et à la frustration du public, alors que des millions de personnes dépendent d’un accès stable à la Toile pour leur travail et pour leur vie quotidienne.
Les coupures d’internet en Iran ont été à l’origine de lourds préjudices économiques. Les pertes quotidiennes ont été estimées à une somme oscillant entre 30 et 40 millions de dollars en coûts directs et jusqu’à 80 millions de dollars en incluant les effets indirects, a dit Afshin Kolahi, président de la Commission de l’économie de la connaissance au sein de la Chambre de commerce iranienne, dont les propos ont été cités par les médias locaux.
Reuters n’a pas été en mesure de vérifier ces chiffres de manière indépendante.
De manière plus générale, de nombreux Iraniens ont perdu leur emploi depuis le début de la guerre il y a deux mois, et les prix ont grimpé en flèche dans un pays où les usines, les infrastructures énergétiques et les réseaux de transport ont été endommagés.
Les perturbations d’internet touchent un large éventail de secteurs au-delà de l’économie numérique et elles pèsent sur le marché du travail, menaçant les revenus et les emplois de nombreux travailleurs, en particulier les indépendants et les petites entreprises qui dépendent des activités en ligne.
Le plan « Internet Pro » est destiné à bénéficier uniquement aux entreprises en tant que réponse temporaire à la situation de crise, mais les médias d’État ont cité lundi le régulateur des télécommunications du pays, qui a déclaré que certains opérateurs avaient enfreint le cadre réglementaire et que des enquêtes étaient en cours.
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