Alsheich dénonce « les criminels » qui nuisent à l’image de la police
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Alsheich dénonce « les criminels » qui nuisent à l’image de la police

Dans une critique à peine voilée contre Netanyahu, le chef de la police se plaint des dénigrements sur le professionnalisme des policiers, des "falsifications" des réseaux sociaux

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le commissaire de police Roni Alsheich s'adresse à la mission annuelle de la Conférence des présidents des grandes organisations juives à Jérusalem le 20 février 2018. (Avi Hayoun / Conférence des présidents)
Le commissaire de police Roni Alsheich s'adresse à la mission annuelle de la Conférence des présidents des grandes organisations juives à Jérusalem le 20 février 2018. (Avi Hayoun / Conférence des présidents)

Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a vivement critiqué la police à propos de sa recommandation de le juger pour corruption, le commissaire de police Roni Alsheich a mis en garde mardi ceux qui « entachent la confiance du public » dans son organisation et a vigoureusement défendu ses agents contre les atteintes à leur intégrité.

« La police a besoin de la confiance en la police et pas seulement pour les relations publiques », a-t-il déclaré à la mission annuelle de la Conférence des présidents des grandes organisations juives à Jérusalem. « Lorsque la confiance du public est ébranlée, moins de crimes sont signalés à la police, le public reçoit un service médiocre et le taux de criminalité, y compris la criminalité de rue et la violence, augmente ».

Selon M. Alsheich, « les délinquants ont toujours eu intérêt à saper la confiance du public en promouvant et en maintenant une image négative de la police ».

« Par exemple », dit-il en pointant des commentaires se référant apparemment à Netanyahu, « au cours d’une procédure pénale, ils tentent de semer le doute quant à la crédibilité du témoignage du policier et de son professionnalisme ».

En réponse à une question, il a ajouté : « Interroger le Premier ministre ou un autre ministre est très sensible; certains sont pour, d’autres contre. Nous ne devons pas être du côté de la droite ou de la gauche, mais du côté de la loi. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu réagit à la recommandation de la police israélienne de l’inculper pour corruption lors d’une enquête criminelle le 13 février 2018. (Capture d’écran: Facebook)

Mardi dernier, la police a recommandé que Netanyahu soit inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance dans deux enquêtes criminelles – les affaires 1000 et 2000, comme on les appelle – concernant des soupçons selon lesquels il aurait accepté des cadeaux et des faveurs de riches hommes d’affaires en échange de promouvoir leurs intérêts.

Netanyahu a qualifié les recommandations de la police d' »infondées », affirmant qu’il conservait son innocence et qu’il dirigerait Israël pour les années à venir.

Dans son discours en réponse aux accusations, M. Netanyahu a mis en doute l’objectivité des enquêteurs de la police, en faisant allusion à l’affirmation antérieure d’Alsheich selon laquelle des détectives privés avaient tenté de découvrir des informations compromettantes sur les policiers qui enquêtaient sur M. Netanyahu.

« Il est impossible de ne pas avoir l’impression que les [recommandations de la police] ont été influencées par le sentiment non fondé des enquêteurs que j’ai agi contre eux », a déclaré le Premier ministre. L’enquête ne pouvait tout simplement pas être « objective », a-t-il affirmé.

« Il n’est donc pas surprenant qu’il y ait eu ces recommandations », a ajouté M. Netanyahu, alléguant qu’elles avaient été prédéterminées dès le début de la recherche.

Alcheich a également semblé dénoncer l’utilisation par Netanyahu des réseaux sociaux pour critiquer la police, ce qui s’est produit régulièrement au moment des enquêtes menées contre lui.

« À l’ère d’Internet, les possibilités sont infinies. La capacité de transmettre l’information est devenue infinie. Chaque action qui peut être présentée comme une erreur de la part du policier devient un potentiel pour une campagne médiatique contre la police », a déclaré le commissaire de police, ajoutant que les réseaux sociaux permettent « la création d’innombrables manipulations ».

« La police est confrontée à des problèmes de compréhension auxquels aucune autre institution n’est exposée » a-t-i ajouté.

Interrogé par le Times of Israel sur la façon dont il répondrait à l’accusation de Netanyahu selon laquelle les affaires contre lui sont « pleines de trous, comme du fromage suisse », Alsheich a refusé de commenter.

Lorsqu’il a reçu un cadeau de la part de la Conférence des présidents en l’honneur de son travail, Alseich, dans une évidente pique à Netanyahu, a dit en plaisantant : « Merci, mais dans la police il y a des règles pour recevoir des cadeaux, alors je vais devoir le rendre ».

Dans la première des affaires portées contre lui, « Affaire 1000 », la police affirme que Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur hollywoodien d’origine israélienne Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282  000 dollars). Parallèlement, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au nom de M. Milchan dans des affaires concernant la législation, les relations d’affaires et les dispositions relatives aux visas.

La seconde affaire, « Affaire 2000 », selon les enquêteurs, concerne une suspicion d’entente illicite entre Netanyahu et l’éditeur du Yedioth Ahronoth Arnon Mozes selon laquelle le Premier ministre devait affaiblir un quotidien rival, le Israel Hayom de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à « l’Affaire 3000 », une vaste enquête sur la corruption supposée entourant l’achat de plusieurs milliards de shekels de navires et de sous-marins à un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu n’a pas été désigné comme suspect, ses proches associés, y compris ses assistants personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Et dans une autre affaire, nommée « Affaire 4000 », Netanyahu serait soupçonné de promouvoir un accord en vertu duquel Shaul Elovitch, propriétaire du site d’informations Walla et actionnaire majoritaire de la société de communication Bezeq, a influencé la couverture médiatique du Premier ministre et de sa famille sur Walla, en échange de l’adoption par le ministère des Communications de politiques qui pourraient rapporter des centaines de millions de shekels à Elovitch.

Selon des sources policières citées par diverses sources médiatiques israéliennes, les enquêteurs disposent déjà de preuves significatives d’un accord de contrepartie impliquant Netanyahu, qui était également ministre des Communications par intérim à l’époque.

Après son discours prononcé mardi devant la Conférence des présidents, M. Alsheich s’est rendu à la Knesset, où il a comparu devant la commission des affaires intérieures et de l’environnement. Il a été convoqué par les députés du Likud pour répondre à des questions sur l’allégation qu’il avait faite dans une interview télévisée selon laquelle des « personnalités influentes » avaient engagé des enquêteurs privés pour recueillir des informations sur les policiers qui enquêtaient sur Netanyahu.

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