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Amos Yadlin : Il n’y a pas eu de débat stratégique sur l’Iran sous Netanyahu

S'exprimant à l'université Reichman, l'ex-chef des Renseignements militaires a estimé que le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire iranien a été une erreur

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

De gauche à droite : Amos Yadlin, Tamir Pardo, Gideon Frank, et Yaakov Amidror parlent du programme nucléaire iranien lors d'une conférence à l'université Reichman, le 23 novembre 2021. (Autorisation : université Reichman)
De gauche à droite : Amos Yadlin, Tamir Pardo, Gideon Frank, et Yaakov Amidror parlent du programme nucléaire iranien lors d'une conférence à l'université Reichman, le 23 novembre 2021. (Autorisation : université Reichman)

La politique mise en œuvre par Israël sur la question du programme nucléaire iranien, au cours de la dernière décennie, a toujours été décidée personnellement, sans consultation, par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, a expliqué mardi l’ancien responsable des renseignements militaires.

« Le dossier iranien était la propriété privée d’un seul individu », a dit Amos Yadlin qui s’exprimait lors d’une conférence de l’Institut politique et de stratégie de l’université Reichman, à Herzliya. « Il n’y a pas eu de discussions stratégiques ».

Il a également déclaré que l’accord sur le nucléaire iranien – le JCPOA – qui avait été conclu en 2015 entre l’Iran et six autres pays, dont les États-Unis, avait empêché la république islamique de faire des progrès significatifs dans son programme atomique. « L’erreur n’a pas été commise en 2015 mais en 2018, quand ils ont quitté l’accord dans ses bonnes années », a-t-il estimé.

Yadlin a dirigé l’unité des renseignements militaires de Tsahal et il a été attaché militaire à Washington. Il avait été candidat au poste de ministre de la Défense pour l’Union sioniste de centre-gauche, avant les élections de 2015.

« Les Iraniens reviennent à la table des négociations et ils y reviennent dynamisés contre un adversaire déterminé à réintégrer l’accord de 2015 », a-t-il poursuivi.

Yadlin a prédit que les négociations prévues la semaine prochaine à Vienne n’entraîneront pas une remise en conformité des États-Unis et de l’Iran avec les dispositions du JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action). L’Iran restera plutôt aussi proche que possible des capacités nucléaires, a-t-il affirmé.

L’ancien président américain Donald Trump avait abandonné le JCPOA en 2018, réimposant de dures sanctions à l’Iran qui a violé certains de ses propres engagements pris dans le cadre de l’accord et qui a augmenté de manière significative ses activités d’enrichissement d’uranium, ce qui laisse craindre que la république islamique ne devienne un État du seuil nucléaire.

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l’Iran après avoir annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, dans la salle de réception diplomatique de la Maison Blanche à Washington, DC, le 8 mai 2018. (PHOTO AFP / SAUL LOEB)

L’administration du président américain Joe Biden, pour sa part, prône une reprise de la diplomatie pour sauver l’accord.

Lors de la même conférence, Tamir Pardo, ancien dirigeant du Mossad, a lui aussi indiqué que le retrait de l’accord des États-Unis, en 2018, avait été « une catastrophe ».

« Les États-Unis bégaient aujourd’hui », a continué Pardo, qui a remarqué des initiatives agressives de la part de la Chine et de la Russie à l’encontre de leurs voisins : « Et l’Iran regarde cela dans le contexte de Taïwan et de la Biélorussie. Les Iraniens observent cela en se frottant les mains, » a-t-il précisé.

Pardo a aussi averti qu’une frappe militaire contre le programme nucléaire iranien pourrait être largement plus compliquée que les attaques réussies de l’armée de l’air israélienne contre les réacteurs irakien et syrien. « Si ce n’est pas possible de mettre un terme à tout cela comme nous avons pu le faire lors de l’opération Opéra [contre le programme nucléaire irakien en 1981] alors nous ferions mieux d’y réfléchir à deux fois », a-t-il dit.

Gideon Frank, ancien directeur-général de la Commission d’énergie atomique israélienne, a estimé que l’accord sur le nucléaire avait permis de gagner du temps et avait empêché Téhéran de progresser dans son travail visant à fabriquer une arme atomique.

Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu, a fait part de son désaccord, qualifiant le JCPOA « d’accord terrible, avec très peu d’éléments positifs ».

Amidror a affirmé que l’État juif devait se préparer à frapper l’Iran seul. « Les Américains ne lèveront pas le petit doigt et ils n’investiront aucun effort en Iran », a-t-il indiqué.

Le conseiller à la sécurité nationale sortant Yaakov Amidror avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie d’adieu en l’honneur d’Amidror, le 3 novembre 2013. (Kobi Gideon / GPO / Flash90)

Samedi, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a averti que Washington serait capable de montrer une « force écrasante » et que toutes les options seraient sur la table si la diplomatie échouait à stopper le programme nucléaire de Téhéran.

Amidror a estimé que le retrait des États-Unis en 2018 n’avait pas été une erreur – mais que l’absence d’approche alternative en était une.

« Ce retrait a été une bonne chose, une chose intelligente et appropriée », a-t-il déclaré.

Lundi, l’Iran a fait savoir que la république islamique espérait qu’une visite du chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) des Nations unies serait « constructive » à quelques jours seulement de la reprise des pourparlers sur l’accord de 2015.

Vendredi, l’AIEA a annoncé que Téhéran avait encore augmenté son stock d’uranium hautement enrichi, sans commune mesure avec la limite établie dans le JCPOA.

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