Annexion : Ce que les Palestiniens font pour faire pression sur Israël
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Annexion : Ce que les Palestiniens font pour faire pression sur Israël

L'Autorité palestinienne espère que les mesures d'austérité prises et la suppression de la coordination dissuaderont Israël d'annexer la Cisjordanie

Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh est interviewé sur Palestine TV, le 8 juin 2020. (Capture d'écran de Palestine TV)
Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh est interviewé sur Palestine TV, le 8 juin 2020. (Capture d'écran de Palestine TV)

L’Autorité palestinienne (AP) envisage d’importantes réductions budgétaires et sociales, espérant que la décision de limiter la fonction publique à sa population palestinienne obligera Israël à renoncer à son plan d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie d’ici le 1er juillet.

Hussein al-Sheikh, un haut fonctionnaire palestinien et proche conseiller du président de l’AP Mahmoud Abbas, a déclaré lundi au New York Times que le gouvernement palestinien à Ramallah ne continuera pas à assurer la fonction publique si l’annexion prévue par Israël de grandes parties de la Cisjordanie se poursuit.

Al-Sheikh a déclaré que l’AP bloquait également les 105 millions de dollars qu’elle envoie chaque mois dans la bande de Gaza, dont une grande partie est également utilisée pour payer les salaires des employés du secteur public. Toutes ces mesures, a indiqué Al-Sheikh, font partie d’une stratégie visant à exercer une pression sur Israël et à le forcer à renoncer à l’annexion.

« Soit ils reviennent sur l’annexion et les choses redeviennent comme avant, soit ils poursuivent l’annexion et redeviennent la puissance occupante dans toute la Cisjordanie », a déclaré M. al-Sheikh. « Je n’accepterai pas que mon rôle soit celui d’un prestataire de services. Je ne suis pas une municipalité ou une organisation caritative ».

Yoav Mordechai, dirigeant du COGAT, et Hussein al-Sheikh, ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, après la signature d’un accord de coopération sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

L’AP a déjà commencé à freiner sa coopération avec Israël, ce qui inclut la délivrance de permis aux Palestiniens pour qu’ils puissent recevoir un traitement médical dans les installations mieux équipées d’Israël ou pour qu’ils puissent entrer en Israël pour d’autres raisons, a déclaré M. al-Sheikh. Le mois dernier, l’AP a déclaré qu’elle mettait fin à sa coopération avec Israël en matière de sécurité.

L’annexion pourrait ramener toutes les parties à la situation qui a précédé les accords d’Oslo de 1993, lorsque le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat a reconnu le droit d’Israël à exister, a déclaré samedi le Premier ministre de l’AP Mohammad Shtayyeh.

« En cas d’annexion, le retrait de notre reconnaissance d’Israël sera sur la table », a déclaré M. Shtayyeh.

Si l’annexion est peut-être à l’origine de la crise actuelle, l’AP a une autre raison de réduire ses dépenses dans la fonction publique : une crise budgétaire qui s’est aggravée et qui pourrait l’avoir empêchée de payer ses employés.

Dans une interview à la télévision palestinienne samedi soir, Shtayyeh a déclaré que le ministère des Finances de l’AP n’avait pas déterminé si l’AP avait assez d’argent pour continuer à distribuer les salaires du gouvernement.

« La question de savoir si les salaires du gouvernement seront versés dépend entièrement de nos capacités financières… Si nous le pouvons, nous les verserons. Sinon, nous devrons attendre », a déclaré M. Shtayyeh.

De nombreux Palestiniens de Cisjordanie travaillent dans le secteur public et reçoivent un salaire du gouvernement. Selon la Banque mondiale, les salaires du gouvernement de l’AP représentent environ 15 à 20 % du PIB.

Shtayyeh n’a pas dit si cette incertitude inclut ou non les allocations mensuelles versées aux familles des Palestiniens condamnés par Israël pour terrorisme, que l’AP s’est engagée publiquement et à plusieurs reprises à garantir.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, s’adresse aux journalistes lors d’une conférence de presse, le 13 avril 2020. (Wafa)

Au cours des dernières semaines, la crise budgétaire s’est aggravée au sein de l’AP. La pandémie de coronavirus a causé des dommages importants à l’économie de la Cisjordanie, la Banque mondiale ayant prédit lundi que l’économie palestinienne pourrait reculer jusqu’à 11 % en 2020. La Banque a prévu que le déficit de financement de l’AP augmenterait de plus de 1,5 milliard de dollars au cours de cette période.

La semaine dernière, l’AP a annoncé qu’elle refuserait de percevoir les recettes fiscales sur les importations et les exportations qu’Israël transfère à l’AP. En 2019, les recettes fiscales transférées à l’Autorité palestinienne par Israël représentaient environ 60 % du budget palestinien. L’AP a déclaré que cette décision s’inscrivait dans le cadre de la fin de la coordination avec les autorités israéliennes en raison des violations répétées par Israël des traités et accords passés.

Une proposition de prêt de 800 millions de shekels par Israël à l’AP, qui aurait pu contribuer à éviter le gouffre budgétaire, a également été rejetée, a déclaré M. Shtayyeh.

« Dès que nous avons annoncé que nous étions exonérés de tous nos traités avec Israël, cet accord est instantanément devenu nul et non avenu, de notre point de vue également », a déclaré Shtayyeh à propos du prêt lundi soir.

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