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Analyse

Anticipant une guerre contre le Hezbollah, Israël affaiblit les proxies de l’Iran en Syrie

L'armée a tué un nombre bien plus élevé de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique et de membres du Hezbollah au Liban et en Syrie depuis le 7 octobre que cela n'avait été le cas avant le massacre commis par le Hamas sur le sol israélien

Les services de secours sur les ruines du bâtiment du consulat iranien après une frappe israélienne présumée à Damas, en Syrie, le 1er avril 2024. (Crédit: AP Photo/Omar Sanadiki)
Les services de secours sur les ruines du bâtiment du consulat iranien après une frappe israélienne présumée à Damas, en Syrie, le 1er avril 2024. (Crédit: AP Photo/Omar Sanadiki)

Israël a intensifié ses frappes clandestines en Syrie – des frappes qui ont pris pour cible des dépôts d’armes, des itinéraires d’approvisionnement et des commandants liés à l’Iran, ont expliqué sept responsables régionaux et diplomates en amont d’une guerre potentielle qui pourrait opposer Israël au Hezbollah, allié déterminant de la république islamique au Liban.

Un raid aérien qui, le 2 juin, avait entraîné la mort de 18 personnes – et notamment celle d’un conseiller des forces d’élite iraniennes, le Corps des Gardiens de la révolution islamique – avait pris pour cible un dépôt d’armes secret et fortifié qui se trouvait aux abords d’Alep, ont indiqué trois de ces sources. Au mois de mai, un bombardement aérien avait visé un convoi de camions qui se dirigeaient vers le Liban, des poids-lourds qui transportaient des pièces détachées de missiles et un autre raid avait entraîné la mort de membres du Hezbollah, ont confié quatre sources.

Cela fait des années que l’État juif s’en prend aux groupes terroristes qui sont soutenus par l’Iran, en Syrie et ailleurs, dans le cadre d’une campagne discrète qui s’est révélée au grand jour quand Israël et le groupe terroriste du Hamas, un autre allié de l’Iran, sont entrés en guerre, le 7 octobre 2023, après le massacre commis par les hommes armés de l’organisation sur le sol israélien. Ils avaient assassiné près de 1 200 personnes et kidnappé 251 personnes, qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza.

Depuis, Israël a tué des dizaines de membres du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et de terroristes du Hezbollah en Syrie contre seulement deux, l’année dernière, avant le 7 octobre, selon un bilan qui a été réalisé par le think-tank Washington Institute for Near East Policy.

La bataille est encore montée d’un cran au mois d’avril, quand Israël a effectué une frappe présumée contre un bâtiment qui abritait, de toute évidence, le consulat de Téhéran à Damas. Le bombardement avait tué le commandant en chef du CGRI en charge des opérations dans la région du Levant. En riposte, l’Iran avait tiré environ 500 missiles et autres drones en direction d’Israël – les projectiles avaient presque tous été abattus. L’État juif aurait depuis pris d’assaut le territoire iranien à l’aide de drones.

Cette confrontation directe entre l’Iran et Israël – c’était la première entre les deux pays – n’a pas eu de suite. Israël a aussi brièvement réduit le nombre d’attaques menées contre les proxies de l’Iran dans la région, déclare Selin Uysal, une diplomate française détachée auprès du Washington Institute et qui cite le bilan établi par ce dernier – un bilan qui a été élaboré à partir des frappes révélées au public qui ont eu lieu dans les semaines qui ont directement précédé et suivi l’agression iranienne contre le territoire israélien.

Un panache de fumée s’élève dans le ciel après une frappe aérienne israélienne sur le village de Siddiqin, dans le sud-Liban, le 1er juin 2024. (KAWNAT HAJU / AFP)

« Il y a eu un ralentissement » après ce face à face survenu au mois d’avril, explique-t-elle.

« Mais les choses reprennent un nouvel élan en ce moment en raison des transferts d’armements présumés, depuis l’Iran, qui sont à destination du Liban. Il y a une initiative qui est prise par Israël en Syrie et au Liban, pour perturber la chaîne d’approvisionnement entre l’Iran et le Hezbollah ».

Reuters a interviewé trois responsables syriens, un responsable du gouvernement israélien et trois diplomates occidentaux au sujet de cette campagne menée par Israël en Syrie. Les officiels ont demandé à ne pas être identifiés de manière à pouvoir s’exprimer librement sur un sujet qui reste sensible.

Les responsables syriens ont donné récemment des détails qui n’avaient pas été révélés concernant les cibles qui avaient été attaquées par Tsahal aux abords des villes d’Alep et de Homs, ces derniers mois, et notamment lors des frappes du 2 juin.

Toutes les personnes interrogées ont expliqué que ces initiatives, de la part d’Israël, laissaient penser que l’État juif se prépare actuellement à une guerre ouverte contre le Hezbollah au Liban, un pays frontalier de la Syrie – un conflit qui pourrait commencer lorsque le pays pourra réduire sa campagne à Gaza.

« Les déclarations faites par nos dirigeants ont clairement établi qu’une escalade pouvait être imminente au Liban », a dit un officiel du gouvernement israélien.

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique lançant des missiles balistiques souterrains lors d’un exercice militaire, le 29 juillet 2020. (Crédit : CGRI via AP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a expliqué, la semaine dernière, que le pays était prêt « à mener une action très forte » à sa frontière avec le Liban – où l’État juif combat jusqu’à présent le Hezbollah depuis le 8 octobre, des hostilités qui restent limitées. Au lendemain du massacre du 7 octobre, le groupe terroriste avait commencé à s’en prendre aux communautés et aux postes militaires israéliens, le long de la frontière, disant que ces attaques étaient lancées en signe de soutien aux Palestiniens de Gaza, dans le contexte de la guerre au sein de l’enclave côtière.

La guerre au Liban n’est pas inévitable. Israël a dit être ouvert aux initiatives diplomatiques qui se déroulent sous l’égide de Washington et de la France. L’officiel du gouvernement israélien a estimé, de son côté, que la campagne menée en Syrie avait aussi pour objectif d’affaiblir le Hezbollah, le décourageant ainsi d’entrer en guerre ouverte avec Israël.

Le gouvernement israélien et l’armée n’ont pas répondu à nos sollicitations dans le cadre de cet article. L’État juif ne reconnaît publiquement que rarement les assassinats ciblés qui sont commis à l’étranger et il n’a fait aucun commentaire sur les attaques récentes qui ont visé le territoire syrien. Un haut-responsable israélien avait néanmoins déclaré, l’année dernière, que le pays était déterminé à empêcher la Syrie de faire partie d’un nouveau front.

Le Corps des gardiens de la révolution, en Iran, et le porte-parole du gouvernement syrien n’ont pas répondu à une demande de commentaire, une demande de réaction qui a été par ailleurs refusée par le Hezbollah.

Tuer des commandants, frapper les approvisionnements

La Syrie, qui est une alliée de longue date de Téhéran, est devenue un intermédiaire déterminant pour les approvisionnements iraniens en armements en direction du Hezbollah après le déploiement, par la république islamique, de militaires et de milliers de paramilitaires alliés sur le territoire syrien, à partir de 2013 environ, en soutien au président Bashar al-Assad dans le contexte de la guerre civile qui déchirait le pays et qui le déchire encore aujourd’hui.

Certaines pièces détachées d’armements transitent clandestinement par la Syrie tandis que d’autres sont assemblées là-bas, ont noté les trois responsables syriens.

Lors d’une tournée de Tsahal, des soldats inspectent les dommages causés à un bâtiment touché par des roquettes tirées depuis le Liban sur la communauté de Dovev au nord du pays, le 27 mai 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

La campagne menée par Israël en Syrie vise à garantir que le Hezbollah, qui est l’allié le plus loyal de l’Iran et le pilier de la bataille que mène Téhéran, à travers ses proxies terroristes, pour asseoir son pouvoir dans la région, sera aussi faible que possible avant le début d’éventuels combats, ont indiqué les officiels syriens et le responsable israélien.

Le meurtre, en date du 2 juin, de Saeed Abyar, décrit par les médias iraniens au service du régime des Ayatollahs comme un conseiller du Corps des gardiens de la révolution islamique, a montré la capacité d’Israël à s’en prendre à des personnalités déterminantes et à viser des équipements alors même que la république islamique tente de mettre en place de nouvelles méthodes pour protéger les armements et autres pièces détachées transférées au Hezbollah, a noté l’officiel syrien, évoquant notamment le déplacement des usines qui fabriquent des armes, des usines qui sont installées dans des structures mieux cachées ou plus fortifiées.

Abyar était en train de visiter une usine dissimulée à l’intérieur d’une carrière et qui produisait des missiles pour le Hezbollah lorsqu’il a été tué, ont raconté les responsables syriens. « L’usine se trouvait dans un secteur qui avait été choisi parce qu’il était difficile à trouver et parce qu’il était difficile à attaquer », a confié l’un d’entre eux, qui travaille pour les services de renseignement.

L’Iran a attribué la responsabilité de cette frappe à Israël et le chef du Corps des gardiens de la révolution a juré que Téhéran n’en resterait pas là.

Les officiels ont fait savoir que cette attaque avait entraîné la mort de 17 autres personnes, notamment d’individus combattant pour le compte de l’Iran. Cela avait été la première fois que l’État juif avait pris pour cible un responsable du CGRI depuis le bombardement présumé, par l’armée de l’air israélienne, du consulat iranien à Damas, ont-ils ajouté.

Mais cela n’a pas été la seule attaque à avoir été effectuée depuis.

De la fumée s’élèvant après que des roquettes lancées depuis le sud du Liban ont atterri sur le plateau du Golan, dans le cadre des attaques transfrontalières menées par le groupe terroriste du Hezbollah, le 16 mai 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Une frappe aérienne qui a eu lieu le 29 mai aux abords de la ville de Homs a visé un véhicule qui transportait des pièces détachées servant à fabriquer des missiles de précision depuis la Syrie vers le Liban, a dit l’agent des renseignements syriens. Une autre attaque, le 20 mai, a pris pour cible des membres du Hezbollah, a-t-il précisé.

Avant le bombardement effectué sur le consulat iranien, une série d’attaques aériennes qui avait touché Alep et ses alentours, à la fin du mois de mars, avait détruit des entrepôts qui stockaient des explosifs destinés à des ogives de missile, a raconté l’officiel.

D’autres frappes ont visé les systèmes de défense anti-aérienne syriens qui, ces dernières années, avaient apporté au Hezbollah et aux militaires iraniens une certaine sécurité dans leurs opérations, avec notamment le système Pantsir, fabriqué en Russie, et des lanceurs de missiles mobiles qui sont utilisés par l’armée syrienne, a indiqué un officiel syrien. Des systèmes radar d’alerte anticipée ont aussi été visés, a-t-il ajouté.

« Dans certains cas, Israël attaque avant même que nous ayons eu le temps d’installer nos équipements », a-t-il continué.

Le responsable israélien a indiqué que les cibles privilégiées par Israël étaient les armes anti-aériennes avancées, les roquettes et les systèmes de guidage des missiles de précision.

Israël fait pencher la balance ?

Le nombre d’attaques israéliennes en Syrie a augmenté de manière significative après le 7 octobre, quand Israël et le Hamas sont entrés en guerre et que le Hezbollah a commencé ses agressions quasi-quotidiennes contre le nord de l’État juif.

Illustration : Des membres du Hezbollah brandissant des drapeaux du groupe terroriste chiite libanais lors des funérailles d’un commandant et d’un autre terroriste qui ont été tués par une frappe de drone israélienne, dans le village de Chehabiyeh, au sud-Liban, le 17 avril 2024. ( Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

« La fréquence a été multipliée par deux », note Uysal, du Washington Institute.

Israël a procédé à 50 frappes aériennes en Syrie dans les six mois qui ont suivi le début de la guerre à Gaza, dit-elle. « Il y a notamment eu des attaques contre l’aéroport d’Alep, contre l’aéroport militaire de Nairab, contre l’aéroport de Damas, contre l’aéroport militaire de Mezzeh qui sont tous déterminants dans les transferts d’armements. Les caches d’armes figurent également parmi les cibles », explique-t-elle.

20 responsables du Corps des gardiens de la révolution et plus de trente commandants du Hezbollah ont aussi été tués, continue Usyal. En comparaison, entre le mois de janvier et le mois d’octobre 2023, deux officiels du CGRI – et zéro commandant du Hezbollah – avaient trouvé la mort dans le cadre d’attaques de Tsahal en Syrie, déclare Usyal.

« Les frappes en Syrie stoppent très certainement les livraisons d’armes et de munitions et elles nuisent également aux capacités d’organisation du Hezbollah et de l’Iran », commente Lior Akerman de l’université Reichman, ancien général de brigade au sein du Shin Bet, l’agence de sécurité intérieure israélienne.

L’Iran envoie un nombre limité de conseillers en Syrie – comme c’était le cas du haut-responsable des Gardiens de la révolution qui a été tué lors du bombardement du consulat. Le Hezbollah a déployé des milliers d’hommes armés dans le pays.

Nawaf Musawi, un responsable du groupe terroriste libanais, avait déclaré au mois de mars devant les caméras de la chaîne de télévision Al Mayadeen, favorable au régime des Mollahs, que le groupe ouvrait de nouveaux dépôts de munitions « et obtient un plus grand nombre de missiles de précision et des armes de meilleure qualité par voie terrestre, aérienne et maritime ».

De son côté, Farzan Sabet, chercheur au sein de l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, en Suisse, qui est spécialiste de la politique étrangère iranienne, estime que les attaques lancées contre Israël par le Hezbollah et par les alliés de l’Iran en Irak et au Yémen ont beaucoup pesé sur l’État juif.

« Mais Israël a tué un nombre beaucoup plus important de terroristes du Hezbollah et de hautes personnalités, notamment des membres du Corps des gardiens de la révolution et ainsi, sur la balance, les pertes sont plus élevées » du côté des alliés de l’Iran, déclare-t-il.

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