Antisémitisme : Une ex élue Labour interpelle les candidats sur leur inaction
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Antisémitisme : Une ex élue Labour interpelle les candidats sur leur inaction

"Vous n'avez rien fait et vous avez laissé des gens comme moi mener ce combat et vous devriez avoir honte", a déclaré Ruth Smeeth aux candidats au leadership du Labour

Ruth Smeeth, à l'extrême gauche de l'image, face au candidat au leadership du Parti travailliste. (Crédit : capture d'écran Twitter)
Ruth Smeeth, à l'extrême gauche de l'image, face au candidat au leadership du Parti travailliste. (Crédit : capture d'écran Twitter)

Alors que le vote aux primaires du Parti travailliste britannique visant à désigner le successeur de Jeremy Corbyn aura lieu du 21 février au 2 avril prochain, Ruth Smeeth, ancienne députée travailliste, toujours membre du parti qui disait l’année dernière vouloir y rester afin d’y « combattre l’antisémitisme », a interpellé les cinq candidats au leadership concernant leur « silence » sur l’antisémitisme au sein du parti, a rapporté le journal The Jewish Chronicle.

Son intervention est survenue lors d’une réunion publique avec les candidats à Manchester.

« Vous n’avez rien fait et vous avez laissé des gens comme moi mener ce combat et, franchement, vous devriez avoir honte », a-t-elle déclaré.

Smeeth, qui a perdu son siège de députée lors de la débâcle électorale de son parti en décembre dernier, visait particulièrement certains candidats et membres du parti, affirmant même que certains lui avaient crié dessus « pour avoir soulevé ces questions ».

« Pourquoi les femmes juives ont-elles été laissées à elles-mêmes pour mener ce combat ? », a-t-elle interrogé.

Elle a rappelé que les accusations d’antisémitisme à l’encontre du parti avaient conduit les députées Luciana Berger et Louise Ellman à le quitter et que seule désormais Margaret Hodge, nouvelle responsable du Mouvement travailliste juif, était députée juive travailliste.

« Vous savez que je me suis levée à chaque réunion parlementaire du Parti travailliste et que j’ai condamné l’antisémitisme, demandé de l’aide et n’en ai reçu aucune », a-t-elle indiqué. « En fait, il y a eu des moments où j’ai été rejetée, où des collègues, y compris certaines des personnes se présentant aux élections, m’ont décriée pour avoir soulevé ces questions, m’ont crié dessus dans mon propre bureau pour avoir soulevé ces questions. »

« Donc je suis très intéressée de savoir où vous étiez. Je suis intéressée de savoir pourquoi vous vous êtes tus. Je suis très intéressée de savoir pourquoi vous avez laissé cela à Luciana, puis à moi, puis à Louise et maintenant à Margaret, qui est seule. »

« Personne n’a rien fait. Donc c’est votre responsabilité de réparer cela. Vous n’avez rien fait et vous avez laissé des gens comme moi mener ce combat et, franchement, vous devriez avoir honte. »

La députée juive britannique travailliste Ruth Smeeth quitte la présentation d’un rapport sur l’antisémitisme au sein de son propre parti après qu’un soutien de Jeremy Corbyn l’a accusée de contrôler les médias, à Londres, le 30 juin 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Dawn Butler, l’un des candidats, lui a répondu en indiquant : « C’est un exemple de la douleur ressentie, et personne ne peut l’enlever. C’est tout à fait vrai que nous n’aurions pas du être dans cette position. [Le problème] n’aurait pas dû être laissé à des individus. »

La formation travailliste britannique est confrontée à un problème d’antisémitisme depuis l’élection de son nouveau dirigeant en 2015. Issu de l’extrême gauche, Jeremy Corbyn a de nouveau été sous le feu des critiques après que plusieurs anciens cadres travaillistes l’ont accusé, lui et ses alliés, d’avoir interféré dans les efforts du parti pour traiter le problème de l’antisémitisme, dans un reportage diffusé cet été par la BBC.

Corbyn a fait l’objet de nombreuses attaques – y compris au sein de son propre parti – pour avoir permis à l’antisémitisme de se répandre au sein du Labour et pour avoir refusé d’adopter la définition complète de l’antisémitisme rédigée par l’Alliance internationale de Mémoire de la Shoah (IHRA) dans le nouveau code de conduite du Parti travailliste.

La plupart des craintes suscitées par Corbyn ont été provoquées par des révélations concernant certaines de ses déclarations passées qui ont refait surface quand il a pris la tête du parti. Il avait notamment qualifié les groupes terroristes palestinien du Hamas et le libanais Hezbollah
« d’amis », il avait défendu une peinture murale antisémite à East London et semblait vouloir se rapprocher de négationnistes de la Shoah, de terroristes et d’antisémites.

Il a promis de démissionner après les législatives où le Labour a subi sa pire défaite électorale depuis 1935. Certains travaillistes ont accusé leur chef d’être responsable de la défaite à cause de sa « mauvaise volonté continue de lutter contre la tache de l’antisémitisme », et plusieurs candidats cherchant à remplacer Corbyn ont signé une promesse « de traiter l’antisémitisme dans le parti ».

Le nombre d’actes antisémites au Royaume-Uni a atteint un niveau record en 2019, avec des pics enregistrés au plus fort des débats sur l’inaction supposée de l’opposition travailliste face au fléau, a indiqué au début du mois le Community Security Trust, l’association qui les recense. 1 805 incidents antisémites sont ainsi survenus sur l’ensemble de la nation en 2019 – un record absolu pour une année calendaire.

C’est la quatrième année d’affilée que le CST a enregistré des records absolus d’actes antisémites, avec une hausse de 7 % par rapport au 1 690 cas en 2018. L’organisation recense les faits d’antisémitisme depuis 1984.

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