Attaques antisémites en hausse, 5 États américains manquent toujours de lois contre les crimes de haine
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Attaques antisémites en hausse, 5 États américains manquent toujours de lois contre les crimes de haine

Selon l'ADL, les communautés ciblées sont particulièrement vulnérables dans les zones qui n'ont pas de législation au niveau de l'État

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran The Tennessean)
Le centre communautaire juif de Nashville, Tennessee, après une menace à la bombe reçue le 9 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran The Tennessean)

Washington – Tandis que les États-Unis se heurtent à une recrudescence des incidents antisémites dans tout le pays, les experts estiment que les communautés ciblées sont particulièrement vulnérables dans plusieurs États qui n’ont pas de lois sur les crimes motivés par la haine pour faire face au problème.

Alors que 45 États et le District de Columbia ont des lois au niveau de l’Etat pour poursuivre les attaques dirigées contre une victime si ces attaques sont basées sur la race, l’origine ethnique, la religion ou l’origine nationale, cinq États – l’Arkansas, la Géorgie, l’Indiana, la Caroline du Sud et le Wyoming – n’en n’ont pas.

« Le crime de haine en soi a un impact qui va au-delà de l’attaque individuelle », a déclaré ce mercredi au Times Of Israël Steven Freeman, directeur adjoint des politiques et des programmes de la Ligue Anti-Diffamation.

« Cela affecte les communautés, et nous avons constaté : l’impact de l’anxiété dans la communauté juive et le sentiment de perturbation que ces menaces ont eu », at-il ajouté. « Pour les États qui n’ont pas de lois, je pense que cela vient grossir et exagérer le sentiment de vulnérabilité et d’isolement ».

Cette dynamique est devenue plus pressante au cours des derniers mois. Depuis janvier, plus de 100 centres juifs et autres institutions ont reçu des menaces de bombes, incitant certains parents à retirer leurs enfants des programmes du JCC. De plus, plusieurs cimetières juifs ont été vandalisés.

Au moins six menaces de bombes du JCC ont été reçues dans trois des cinq États sans lois sur les crimes motivés par la haine – plus précisément la Géorgie, l’Indiana et la Caroline du Sud. Il y a également eu un autre incident ce mois-ci au cours duquel un coup de feu a été tiré dans une synagogue, le temple d’Adath B’Nai Israel, à Evansville, Indiana.

Les législateurs de l’État de l’Indiana ont récemment tenté d’adopter une mesure qui créerait une loi contre les crimes de haine et permettrait aux juges d’envisager des peines plus sévères pour les crimes motivés par la race, la religion, le handicap, l’identité sexuelle ou l’orientation sexuelle réels ou perçus.

Le projet de loi a été proposé alors que des préoccupations persistantes avaient lieu concernant la loi de restauration de la liberté religieuse de l’État – signé par le gouverneur Mike Pence en 2015 – Ces préoccupations portaient sur une possible discrimination accrue de la communauté LGBTQ.

Le vice-président américain Mike Pence pendant la conférence annuelle de la Coalition juive républicaine à Las Vegas, le 24 février 2017. (Crédit : Ethan Miller/Getty Images/AFP)
Le vice-président américain Mike Pence pendant la conférence annuelle de la Coalition juive républicaine à Las Vegas, le 24 février 2017. (Crédit : Ethan Miller/Getty Images/AFP)

La mesure, que les législateurs ont cherché à faire passer pour la deuxième année consécutive, est morte le mois dernier au sein du Sénat, ses partisans n’ayant pas réussi à rassembler assez de soutien de la part des membres de la Chambre.

L’annonce du sort du projet de loi est survenue alors que le même jour, le centre communautaire juif d’Indianapolis a reçu une menace d’alerte à la bombe dans ses installations.

« Les gens ont le sentiment qu’il y a une réticence de la part des dirigeants de la législature à reconnaître la portée du problème et son impact »,

« Quand un État a essayé à plusieurs reprises d’adopter une loi sans succès, cela aggrave le problème, car les gens ont le sentiment que les dirigeants de la législature ne veulent pas reconnaître la portée du problème et son impact, » a dit Freeman. « Ce n’est pas seulement un vide, c’est un échec. »

Mais avec la dernière poussée de crimes haineux dirigés à l’encontre des Juifs, des musulmans et des autres minorités, les législateurs fédéraux ont porté leur attention sur la question.

Les membres du groupe de travail bipartisan de la Chambre des Représentants pour la lutte contre l’antisémitisme ont récemment déclaré au Times of Israël qu’ils examineront la question et les moyens qu’ont le Congrès pour y remédier.

« Je pense que ce sera la prochaine étape que nous prendrons lors de notre réunion », a déclaré Nita Lowey, démocrate de New York, lors d’une conférence de presse au cours de laquelle ce groupe a dévoilé une lettre au président Donald Trump demandant plus d’actions pour contrer les attaques antisémites dans tout le pays.

Bien qu’il y ait eu des vagues répétées de menaces d’alerte à la bombe contre des centres juifs au cours des derniers mois, les crimes haineux contre les communautés juives américaines sont tout sauf nouveaux.

Selon les statistiques du FBI sur les crimes de haine pour l’année 2015, l’année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles, les juifs ont été la cible de plus de crimes haineux que tout autre groupe religieux, puisque 52,1 % des crimes de haine étaient motivés par un sentiment anti judaïque.

L’ADL Freeman, cependant, a affirmé que ces chiffres ne reflètent pas la véritable portée de la question – ce qui, a-t-il soutenu, a également contribué à son exacerbation.

« Il existe une réelle insuffisance en ce qui concerne les services de police de l’Etat qui signalent au FBI les crimes de haine dans leurs juridictions, ce qui a un impact réel sur le nombre de ressources allouées et la gravité du problème », a-t-il déclaré.

Plusieurs juridictions, selon le FBI, n’ont rapporté aucun crime de haine en 2015, y compris Tulsa, Oklahoma, qui a une population de plus de 400.000 personnes.

Plus de 60 villes avec une population dépassant 100 000 habitants n’ont reporté aucun crime de haine au FBI au cours de la même année.

« Quand une ville avec une population de plus de 100 000 personnes dit qu’il n’y a pas de crimes de haine, quelque chose sonne faux », a déclaré Freeman.

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