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Au Yémen, les rebelles Houthis étendent leur contrôle… sur les femmes

L'ONG yéménite Mwtana observe que "les violations des droits des femmes dans les zones contrôlées par les Houthis se sont aggravées en 2021"

Des femmes yéménites marchent dans le marché de la Vieille Ville de Sanaa, la capitale tenue par les rebelles houthis, le 2 mars 2020. (Crédit : MOHAMMED HUWAIS / AFP)
Des femmes yéménites marchent dans le marché de la Vieille Ville de Sanaa, la capitale tenue par les rebelles houthis, le 2 mars 2020. (Crédit : MOHAMMED HUWAIS / AFP)

« Ils n’ont aucune honte ». Belkis raconte la voix tremblante une confrontation douloureuse avec les rebelles Houthis, un mouvement islamiste qui a imposé de très strictes règles sociales aux femmes dans les territoires qu’ils contrôlent au Yémen ravagé par la guerre.

Récemment, la jeune femme de 26 ans s’apprêtait à faire un voyage en bus avec un groupe d’amies de la capitale Sanaa à Aden, dans le sud de ce pays pauvre de la péninsule arabique. A la sortie de Sanaa, qui est contrôlée par les insurgés depuis 2014, un responsable d’un poste de sécurité arrête le véhicule et monte à bord.

« Il a commencé à crier sur les femmes et à poser plein de questions. Il nous parlait très mal », raconte à l’AFP Belkis, dont le prénom a été modifié en raison des risques de représailles.

Bien que Belkis et ses amies soient âgées d’une vingtaine d’années, l’officier les a accusées d’être des « mineures », de porter des « vêtements qui violent la morale publique » et de « voyager sans mahram ».

Une femme yéménite est assise avec un enfant dans un camp de fortune pour personnes déplacées dans le nord de la province de Hajjah, le 6 mars 2022. (Crédit : ESSA AHMED / AFP)

Le « mahram » fait référence au « tuteur » ou « gardien » masculin dont la présence et les autorisations ne sont pourtant pas obligatoires au Yémen.

« Quand on lui a dit qu’on allait à Aden, il a répondu: ‘non, si Dieu le veut, vous irez en enfer' », ajoute-t-elle décrivant le regard déplacé de l’officier.

« C’était tout à fait normal avant pour les filles de voyager », fait-elle encore remarquer.

« Sentiment d’injustice »

Depuis la prise de Sanaa en 2014, les rebelles, issus de la minorité chiite zaïdite et soutenus par l’Iran, se sont emparés de la majeure partie du nord du Yémen dans la guerre qu’ils livrent aux forces progouvernementales, appuyées elles par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

Aden est devenue la base du gouvernement yéménite reconnu internationalement, après qu’il a été chassé de la capitale Sanaa par les rebelles.

Ce conflit a provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde. En plus des centaines de milliers de morts, des millions de déplacés et de l’effondrement économique provoqués par les combats, les rebelles Houthis ont imposé des normes sociales strictes en particulier contre les femmes, dans un pays déjà très conservateur.

Une femme yéménite est assise avec un enfant dans un camp de fortune pour personnes déplacées dans le nord de la province de Hajjah, le 6 mars 2022. (Crédit : ESSA AHMED / AFP)

Les passeports de Belkis et ses amies ont été confisqués et elles ont dû les récupérer auprès des services de sécurité des Houthis dans le centre de Sanaa. Sur place, Belkis affirme avoir vécu la même « humiliation », le même « sentiment d’injustice » de la part des policiers.

« S’il y avait des institutions, j’aurais pu faire valoir mes droits, mais il n’y a personne pour se plaindre », déplore Belkis qui dit avoir été très affectée sur le plan psychologique.

« Je me suis dit que peut-être mon apparence était effectivement inappropriée, que ma robe était trop courte. Ce sont des pensées que je n’avais jamais eues avant », confie-t-elle.

Contactés par l’AFP, les rebelles Houthis n’ont pas répondu aux questions sur le respect des droits des femmes.

Une femme yéménite construit une chambre avec un mélange traditionnel d’argile dans un camp de fortune pour personnes déplacées dans la province de Hajjah (nord), le 6 mars 2022. (Crédit : ESSA AHMED / AFP)

« Comme Daech »

A Sanaa, traditionnellement moins conservatrice que les régions reculées au Yémen, « des femmes sont frappées, emprisonnées, humiliées sous le règne des Houthis », constate une résidente qui a requis l’anonymat. « Ni la tribu, ni la société ne peuvent les défendre », déplore-t-elle.

Pour une autre habitante de la capitale, préférant également rester anonyme, « dans leurs rapports avec les femmes, il n’y a pas vraiment de différence entre les Houthis et Daech », acronyme arabe du groupe jihadiste Etat islamique.

Dans son rapport annuel, l’ONG yéménite Mwtana observe que « les violations des droits des femmes dans les zones contrôlées par les Houthis se sont aggravées en 2021 », notamment des restrictions à la liberté de travailler, à l’accès à la contraception ainsi qu’au déplacement entre les villes.

Des femmes yéménites marchent dans le marché de la vieille ville de Sanaa, la capitale tenue par les rebelles houthis, le 2 mars 2020. (Crédit : MOHAMMED HUWAIS / AFP)

« La situation des femmes est mauvaise dans tout le pays. Mais elle est encore bien pire dans les zones contrôlées par les Houthis », confirme à l’AFP Noria Sultan, de l’ONG Mwtana, basée à Sanaa.

« Les violations ont augmenté au fur et à mesure qu’ils ont assis leur pouvoir dans ces zones », souligne-t-elle, remettant en cause, selon elle, des décennies d’avancées relatives pour les femmes au Yémen.

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