Avec Koulanou et Zehut, Netanyahu perd 300 000 voix
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Avec Koulanou et Zehut, Netanyahu perd 300 000 voix

Les accords visant à éliminer les partis concurrents se sont retournés contre le Likud ; Kakhol lavan organiserait des interviews pour clamer sa victoire la semaine prochaine

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le chef du parti Zehut Moshe Feiglin lors d'une conférence de presse conjointe à   Kfar Hamacabiah, à Ramat Gan, annonçant le retrait de Zehut des élections du mois de septembre, le 29 août 2019 (Crédit :  Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le chef du parti Zehut Moshe Feiglin lors d'une conférence de presse conjointe à Kfar Hamacabiah, à Ramat Gan, annonçant le retrait de Zehut des élections du mois de septembre, le 29 août 2019 (Crédit : Flash90)

Les efforts livrés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour éliminer deux partis concurrents de la course électorale en amont des élections de la semaine dernière auront entraîné un effet boomerang spectaculaire, indiquent les résultats quasi-définitifs.

Le Likud – qui avait intégré dans ses rangs la formation Koulanou et promis au leader de Zehut un poste ministériel en échange de son retrait du scrutin – aura finalement engrangé 300 000 votes de moins que les trois factions prises séparément lors du scrutin du mois d’avril.

Dans les semaines qui avaient précédé les élections de mardi, le Likud avait absorbé Koulanou sur sa liste. Le ministre des Finances Moshe Kahlon avait remporté dix sièges en 2015 et quatre au mois d’avril.

Netanyahu avait également conclu un accord avec Moshe Feiglin, le chef de Zehut, qui avait réuni environ 118 000 voix au mois d’avril, ne parvenant pas toutefois à franchir le seuil électoral nécessaire pour intégrer la Knesset.

Ce pacte entre les deux hommes prévoyait une nomination à un poste de ministre pour Feiglin dans le prochain gouvernement, ainsi que l’avancée de la légalisation du cannabis, une priorité de Zehut – à la condition que la formation abandonne la course électorale.

Netanyahu avait pris ces deux initiatives pour tenter d’ancrer les soutiens pour le Likud et d’éviter que des votes en faveur de la droite ne soient perdus.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le ministre des Finances, Moshe Kahlon, à la Knesset, le 13 mars 2018. (Hadas Parush / Flash90)

Mais tandis que le Likud (35 sièges) et Koulanou (quatre sièges) avaient remporté un total de 39 fauteuils lors du scrutin du mois d’avril et que Zehut aurait pu en rajouter environ deux, l’alliance passée entre les trois partis s’est avérée bien moins fructueuse que le total obtenu par les factions qui la formaient, le Likud n’engrangeant que 31 fauteuils lors du vote de mardi.

En termes de chiffres, 1 411 157 électeurs avaient glissé un bulletin pour l’une des trois formations au mois d’avril – un chiffre tombé à 1 111 535 pour le Likud au mois de septembre. Seul au mois d’avril, le Likud avait gagné environ 14 000 voix de plus (le décompte officiel des bulletins avait été terminé à 99,8 % vendredi soir et les chiffres sont donc susceptibles de changer un peu – mais pas beaucoup).

Les commentateurs ont présumé que certains électeurs de Koulanou et de Zehut avaient finalement voté en faveur de Yisrael Beytenu (passé de cinq sièges au mois d’avril à huit) et que d’autres avaient pu se tourner vers Kakhol lavan. Et il est vrai qu’une partie de l’électorat de Zehut, lors du premier scrutin de cette année, étaient des électeurs traditionnels de gauche attirés par son programme pro-légalisation – et qui ont pu finalement prendre la décision de revenir à leur base de gauche mardi.

A lire : L’électorat de la « droite saine » de Kahlon s’est-il insurgé contre Netanyahu ?

Il pourrait apparaître également que de nombreux électeurs du Likud, ayant perdu leurs illusions face à la campagne souvent laide de Netanyahu et face à l’échec de ce dernier à mettre en place un gouvernement après le vote du mois d’avril, ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote.

Pour la première fois depuis dix ans, Netanyahu n’est pas parvenu non plus à remporter le dit « vote des soldats ». Cet ensemble de bulletins placés dans des doubles enveloppes pour en garantir la validité est majoritairement composé des membres des forces de sécurité, mais il comprend également les diplomates, les citoyens en situation de handicap, les patients et personnels hospitaliers et les prisonniers.

Il représente entre 5 % et 6 % des voix et penche traditionnellement vers la droite – mais c’est le centriste Kakhol lavan qui a remporté la majorité de ces suffrages, tout comme il a devancé le Likud au niveau national.

Résultats des élections du 17 septembre 2019 après le décompte de 96,5 % des votes exprimés.

Les élections de mardi ont échoué à offrir un vrai gagnant. Et Netanyahu tout comme Benny Gantz, le chef de Kakhol lavan, tentent d’obtenir le poste de Premier ministre même si la formation d’une coalition de gouvernement stable sera problématique pour les deux hommes.

La Douzième chaîne a fait savoir vendredi que les leaders de Kakhol lavan se prêteraient à une vaste série d’interviews la semaine prochaine alors qu’ils tentent de s’affirmer comme les gagnants évidents de l’élection – avec le mandat nécessaire pour être chargés de la formation du gouvernement.

Les chefs de partis rencontreront le président Reuven Rivlin dans la journée de dimanche et de lundi pour donner leurs recommandations sur la personnalité qui, selon eux, devra hériter de la mission de construire le gouvernement.

Le nombre de votes qu’auront Gantz et Netanyahu reste indéterminé – tout comme leur volonté réelle d’endosser cette responsabilité à ce stade : De nombreux commentateurs estiment que le premier qui aura la charge de cette tâche sera amené à échouer et les deux candidats sont donc susceptibles de préférer passer en deuxième.

La loi israélienne autorise trois tentatives de formation d’une coalition post-électorale en trois mois. L’incapacité à établir un gouvernement à la fin décembre devrait automatiquement entraîner un troisième scrutin.

La personnalité déterminante qui permettra de sortir de l’impasse est Avigdor Liberman, chef de Yisrael Beytenu.

Ce dernier a juré de prôner un gouvernement d’unité « libéral, large et nationaliste » comprenant sa propre formation, le Likud et Kakhol lavan, et sans parti religieux. Mais le Likud a exclu toute coalition qui n’intégrerait pas en son sein les partis de droite et religieux et Kakhol lavan n’a cessé de clamer qu’il n’entrerait pas dans un gouvernement dirigé par Netanyahu – une idée qui, pour les responsables du Likud et au moins publiquement, est hors de question.

Liberman n’a pas encore dit qui il recommanderait au président, ajoutant qu’il était possible que la formation décide de ne recommander personne. Yisrael Beytenu se réunira dimanche pour réfléchir aux choix possibles.

La Treizième chaîne a aussi fait savoir que le Likud avait réfléchi – avant d’exclure – un plan visant à amadouer deux députés de la faction Yamina de gauche pour qu’ils rejoignent les rangs du parti au pouvoir, ce qui aurait permis à ce dernier de gagner deux sièges et d’égaliser ce faisant avec Kakhol lavan et ses 33 fauteuils.

Il est possible de douter de l’acceptation de ce plan de la part de Naftali Bennett et de Matan Kahana, qui avaient été tous les deux sollicités.

Photo composite du leader de Kakhol lavan Benny Gantz, à droite, au bureau de vote de Rosh Haayin, le 17 septembre 21019, et du leader de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman, à gauche, au kibboutz Nahal Oz, le 12 septembre 2019 (Crédit : Jack Guez/Menahem Kahana, AFP)

Jeudi, les chefs de tous les partis du bloc de droite et religieux ont signé un document dans lequel ils se sont engagés à recommander Netanyahu au poste de Premier ministre et à n’entrer dans une coalition qu’ensemble. Le Premier ministre a alors appelé Gantz à rejoindre un gouvernement incluant ces partis, le pressant d’abandonner sa demande de gouvernement d’unité « laïc » avec le Likud.

Gantz et d’autres leaders de Kakhol lavan ont rejeté cette offre, insistant sur le fait que Gantz devait être Premier ministre au sein de la future coalition – et non Netanyahu – et que cette dernière devait s’engager dans des politiques libérales sur les questions religieuses.

Dans une publication diffusée jeudi sur Facebook, Liberman a âprement critiqué Netanyahu, l’accusant de « tromper » l’opinion publique en proposant un gouvernement d’unité, mais en le conditionnant à l’inclusion des formations ultra-orthodoxes et de la droite religieuse.

« Alors que les résultats commencent à se clarifier, Netanyahu travaille à plein temps sur son nouveau tour qui, par magie, entraînera Israël vers de nouvelles élections dans l’espoir d’obtenir une majorité de 61 sièges pour son gouvernement rêvé », a dit Liberman.

« Former un ‘bloc halakhique’ de 55-56 députés du Likud, des partis haredi et messianiques et appeler Banny Gantz à rejoindre un gouvernement d’unité avec ce bloc n’est rien d’autre qu’un mensonge et une mauvaise représentation ayant pour objectif de poser les fondations pour un troisième scrutin »

Benjamin Netanyahu et Benny Gantz échange une poignée de main durant un évènement marquant le troisième anniversaire de la mort du président Shimon Peres, le 19 septembre 2019. (Crédit : GPO)

« Netanyahu, qui refuse d’accepter la décision du public et d’admettre sa défaite, s’accroche aux branches pour tenter de créer l’impression que le Likud a prétendument gagné les élections et appelé à un gouvernement d’unité et que ce sont Gantz et Liberman qui ont empêché ça. En réalité, il continue à tenter de persuader les députés des autres formations de le rejoindre, lui et le bloc ‘halakhique’ qu’il a formé », a-t-il continué.

« Je recommande une fois encore au Premier ministre de mettre un terme aux jeux, ruses et coups politiques. Asseyons-nous – vous, moi et Gantz – et formons un large gouvernement d’unité pour l’avenir d’Israël ».

Alors que plus de 99 % des votes ont été comptés, le bloc orthodoxe/de droite dirigé par Netanyahu a remporté 55 sièges, le bloc centriste/de gauche dirigé par Gantz en a gagné 44 et Yisrael Beytenu se retrouve en position d’arbitrage avec huit sièges. La Liste arabe unie, qui n’a pas fait savoir si elle soutiendrait activement Gantz, a engrangé 13 fauteuils.

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