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Beewise attire 80 millions de dollars d’investissement pour des ruches robotiques

La série de financement a été dirigée par Insight Partners ; parmi les investisseurs, une filiale du fond souverain émirati Mubadala Investment Company

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Les fondateurs de Beewise, de gauche à droite : Hillel Schreier, Eliyah Radzyner, Saar-Safra, Yossi Surin, Boaz Petersil. (Crédit : Beewise)
Les fondateurs de Beewise, de gauche à droite : Hillel Schreier, Eliyah Radzyner, Saar-Safra, Yossi Surin, Boaz Petersil. (Crédit : Beewise)

Beewise, une start-up israélienne spécialisée dans les technologies d’apiculture, a levé 80 millions de dollars d’investissement pour sa solution automatisée visant à sauver les populations d’abeilles dans le monde entier, a annoncé la compagnie mercredi.

C’est Insight Partners, une firme de capitaux d’investissement dont le siège se trouve à New York et qui a investi dans un certain nombre d’entreprises israéliennes, qui a dirigé cette Série C de financement – avec des investisseurs tels que Sanad Abu Dhabi, une compagnie privée d’investissement et de gestion de portefeuille qui est une filiale du fonds souverain émirati Mubadala Investment Company, filiale dont les activités se concentrent dans l’aérospatial. Parmi les autres investisseurs : les groupes d’investissement israéliens Fortissimo Capital, Corner Ventures, lool ventures, Atooro Fund, et Meitav Dash Investments.

Start-up fondée en 2018, Beewise a développé la « Beehome », une ruche alimentée à l’énergie solaire qui combine les opportunités offertes par la robotique, l’intelligence artificielle et l’imagerie, avec une plateforme logiciel et une application mobile qui permettent de contrôler et de s’occuper des abeilles 24 heures sur 24. Le dispositif peut accueillir jusqu’à 24 colonies d’abeilles et contrôle de manière automatisée les conditions climatiques et d’humidité dans la ruche, il identifie et élimine les parasites et autres insectes nuisibles, il détecte également le moment où une colonie se prépare à essaimer, il envoie une alerte si une intervention humaine est nécessaire et il est même capable de récolter le miel produit par les abeilles.

« La Beehome fonctionne avec 24 colonies, soit 12 de chaque côté. Et au centre, il y a un système robotique qui se déplace et qui surveille les abeilles, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, grâce à la vision informatique, à l’apprentissage automatique et aux réseaux neuronaux. Il distribue de l’alimentation, de l’eau, des médicaments s’il y a une maladie ou un parasite ; la Beehome peut savoir s’il fait trop chaud ou trop froid – le robot a toutes ces capacités », avait déclaré le cofondateur et directeur-général de la firme, Saar Safra, au Times of Israel en août dernier, évoquant la mission que s’est fixée son entreprise qui est celle de sauver les abeilles dans le monde, qui sont actuellement en péril.

Le contrôle et la surveillance de toutes ces conditions en temps réel permettent d’améliorer les rendements, de rendre la pollinisation plus efficace et de protéger les populations d’abeilles, avait-il expliqué.

Et les populations d’abeilles ont assurément besoin d’être protégées. En raison de ce que Safra qualifie de « véritable catastrophe » au point de vue du changement climatique mais aussi de la perte d’habitat, de l’utilisation excessive de produits chimiques agricoles, de la présence d’acariens parasites et de divers agents pathogènes, les populations d’abeilles sont en déclin depuis des décennies et le monde « perd environ 40 % de colonies chaque année ».

Des Beehomes de Beewise dans un champ. (Autorisation)

Aux États-Unis, les apiculteurs ont perdu environ 45 % des colonies d’abeilles qu’ils géraient entre le mois d’avril 2020 et le mois d’avril 2021 – la deuxième perte annuelle la plus élevée jamais enregistrée, selon le dernier rapport publié par le Bee Informed Partnership.

Ce chiffre est inquiétant étant donné que « près de 90 % des espèces de plantes sauvages à fleurs du monde entier dépendent entièrement, ou du moins en partie, de la pollinisation animale, ainsi que plus de 75 % des récoltes alimentaires mondiales et 35 % des terres agricoles mondiales », selon les Nations unies.

De plus, « les pollinisateurs contribuent au développement des cultures qui permettent de fournir des biocarburants (par exemple, les huiles de canola et de palme), des fibres (par exemple, le coton), des médicaments, du foin pour le bétail et des matériaux de construction. Certaines espèces produisent également des matériaux tels que de la cire d’abeille pour les bougies, du maquillage et des instruments de musique, ainsi que du matériel pour l’art et l’artisanat », selon le World Bee Project, une initiative basée au Royaume-Uni qui promeut l’intégration de diverses technologies pour aider à sauver les abeilles.

Et la technologie est donc une solution indispensable pour protéger les populations d’abeilles et les aider à prospérer, avait noté Safra.

« S’occuper d’êtres vivants, les soigner en temps réel, cela permet de les garder robustes et en bonne santé. Un robot peut faire ça toute la journée ; il ne se fatigue pas. Les apiculteurs ne peuvent pas s’occuper des abeilles en temps réel de la même façon. S’il y a un problème, on ne le saura pas avant d’inspecter les ruches. Ils [les apiculteurs] doivent se rendre sur le terrain – s’il y a 1 000 ruches qui sont dispersées, ils doivent les examiner pour voir ce qui se passe, et souvent il est trop tard car la colonie s’est déjà effondrée », avait-il dit.

Le Beehome automatisé de Beewise à côté de ruches traditionnelles. (Autorisation)

Avec le Beehome, les apiculteurs peuvent prendre des mesures immédiates en cas de problème, ce qui signifie que « plus d’abeilles restent en vie, il y a plus de miel et plus de pollinisation ». Selon les premiers résultats internes, l’effondrement des colonies avec le Beehome est réduit à environ 10 %, avait indiqué Safra au Times of Israël.

L’entreprise emploie actuellement environ 70 personnes passionnées par la cause, selon Safra. La dernière série de financement qui, selon Beewise, est la plus importante pour une start-up israélienne spécialisée dans les technologies agricoles, porte le financement total de la compagnie à 120 millions de dollars.

En plus de l’investissement de mercredi, Beewise a aussi annoncé une version plus légère de la Beehome dotée d’un système d’alimentation des abeilles plus efficace et de panneaux solaires plus performants, a annoncé la firme.

« Nous sommes la seule entreprise sur la planète à déployer de la robotique de précision en tandem avec les technologies mondiales les plus innovantes, notamment l’intelligence artificielle et la vision informatique, afin de sauver les abeilles », a déclaré Safra mercredi dans un communiqué de la firme.

« Notre équipe de Beewise est heureuse d’être soutenue par une liste incroyable d’investisseurs pour notre série C, des investisseurs qui comprennent le dévouement, la ténacité et la passion dont nous faisons preuve dans notre mission qui est de sauver les abeilles et d’inverser la tendance inquiétante de la disparition des colonies », a-t-il ajouté dans un communiqué.

L’intérieur du Beehome, une ruche autonome et automatisée de la startup israélienne Beewise qui peut abriter jusqu’à 24 colonies d’abeilles. (Autorisation)

Safra a indiqué que Beewise honorait les milliers de commandes faites par les États-Unis et que, grâce à ce financement, l’entreprise « sera en mesure de répondre à la demande incroyable du marché grâce à un renforcement de la fabrication, au développement de produits supplémentaires », notant que l’entreprise se donnait aussi pour objectif « d’améliorer encore la pollinisation ».

Daniel Aronovitz, directeur d’Insight Partners, a noté que la firme d’investissement n’avait pas seulement financé « une entreprise dotée d’un modèle commercial fantastique, mais qui relève également l’un des plus grands défis affrontés par notre planète ».

« Nous, au sein d’Insight, ne pouvons pas être plus enthousiastes à l’idée d’avoir dirigé le plus important investissement à ce jour dans une firme spécialisée dans les technologies agricoles », a poursuivi Aronovitz.

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