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Ben Gvir exige la révocation de la reconnaissance des conversions réformées

Le leader d'extrême-droite veut faire adopter une loi qui ne reconnaîtrait que les conversions effectuées "conformément à la halakha", annulant ainsi la décision de la Haute Cour

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir lors d'une cérémonie en l'honneur du défunt leader extrémiste juif, le rabbin Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir lors d'une cérémonie en l'honneur du défunt leader extrémiste juif, le rabbin Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le leader d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir, a exigé dimanche que la future coalition adopte une loi visant à mettre fin à la reconnaissance des conversions réformées et conservatrices aux fins de la citoyenneté.

Cette dernière demande, dans le cadre des négociations de coalition en cours, a été rapidement dénoncée par les groupes de défense des droits religieux, notamment la branche juridique du mouvement réformé, l’Israel Religious Action Center (IRAC). Le ministre sortant des Affaires de la Diaspora a qualifié la proposition de « provocation inutile ». Dans les faits, seul un nombre extrêmement faible de convertis réformés demandent la citoyenneté israélienne. Cette mesure pourrait, symboliquement, exclure les Juifs non-orthodoxes d’Israël.

Depuis de nombreuses années, Israël juge les conversions effectuées par le mouvement réformé à l’étranger comme suffisantes pour obtenir la citoyenneté israélienne. L’année dernière, la Haute Cour de justice a statué que les conversions effectuées en Israël seraient également reconnues – pour les personnes qui vivaient déjà en Israël mais sans avoir la citoyenneté israélienne.

Cela a été possible parce que la Loi du retour, qui détermine en grande partie les politiques d’immigration du pays, avait, délibérément, laissé la question de la conversion dans le vague, sans préciser si elles devaient être réalisées par un rabbin orthodoxe. Cette ambiguïté a conduit la Haute Cour de justice à statuer que les conversions réformées et massorti (conservateur), en Israël et à l’étranger, sont suffisantes pour obtenir la citoyenneté israélienne, à la grande consternation du Grand rabbinat.

Le parti Otzma Yehudit de Ben Gvir a officiellement déclaré qu’il exigeait une loi qui annulerait cette décision, établissant que « seul un Juif qui s’est converti conformément à la loi juive orthodoxe serait éligible à la citoyenneté en vertu de la Loi du retour ».

Une telle loi annulerait probablement la reconnaissance des conversions effectuées par les rabbins conservateurs, bien qu’elles soient réalisées conformément à la halakha (loi juive orthodoxe). Le bureau de Ben Gvir n’a pas encore clarifié la question.

Cette dernière demande de reconnaissance des seules conversions orthodoxes intervient quelques jours après que le partenaire politique de Ben Gvir, Bezalel Smotrich, a émis sa propre demande de suppression de la clause dite « des petits-enfants » de la loi israélienne du retour, qui garantit la citoyenneté à toute personne ayant au moins un grand-parent juif, à condition qu’elle ne pratique aucune autre religion.

« Cette demande, si elle est acceptée, signifie une rupture claire et nette entre nous et la majorité de la communauté juive des États-Unis. Il s’agit de la plus grande communauté juive du monde après Israël. Elle a une grande influence et est vitale pour Israël et pour nos liens avec les États-Unis », a déclaré le ministre des Affaires de la Diaspora, Nachman Shai, dans une interview accordée à la chaîne publique israélienne Kan, dimanche matin.

« L’immigration en provenance des États-Unis est faible, au mieux – environ 2 500 par an. Disons que quelques dizaines sont des convertis réformés. Cela ne représente aucune menace pour les normes établies du pays. Il n’y a pas besoin de telles intimidations, et certainement pas de décisions qui conduiront à des résultats dévastateurs entre l’État d’Israël et le judaïsme mondial. Quel genre de pays sera là pour nous dans les années à venir ? », a-t-il déclaré.

L’avertissement de Shai a été repris par le mouvement réformé, qui a appelé le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, le prochain Premier ministre présumé, à rejeter la demande de Ben Gvir.

« Les demandes visant à annuler la reconnaissance des conversions réformées et à modifier la Loi du retour sont des demandes dangereuses qui signifient que l’État d’Israël cessera d’être le pays de l’ensemble du peuple juif pour devenir un État juif orthodoxe-haredi. Ces mesures provoqueront une rupture irréparable avec les Juifs de la Diaspora et nous espérons que le Premier ministre élu ne les acceptera pas », a déclaré Orly Erez Likhovski, cheffe du mouvement réformé Israel Religious Action Center (IRAC), dans un communiqué.

Hiddush, un groupe de défense des droits religieux, a également averti qu’une telle décision creuserait davantage le fossé entre Israël et les Juifs de la Diaspora, dont un pourcentage important s’identifie aux mouvements réformé et massorti.

« Ben Gvir est dangereux pour le peuple juif parce qu’il menace les liens entre Israël et la Diaspora sur un sujet particulièrement sensible », a déclaré le rabbin Uri Regev, directeur-général de l’organisation.

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