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Bennett et Lapid : « Nous n’abandonnerons pas notre pays »

Lapid a exhorté ses partenaires à se concentrer sur les bonnes choses apportées par la coalition, rappelant que le consensus est ce qui préserve de la dictature

Le Premier ministre Naftali Bennett, au centre, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit: Maya Alleruzzo / POOL / AFP)
Le Premier ministre Naftali Bennett, au centre, et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit: Maya Alleruzzo / POOL / AFP)

Alors que la fragile coalition est confrontée à de multiples crises, le Premier ministre Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ont marqué le premier anniversaire de sa formation par un appel lancé à leurs partenaires politiques, leur demandant de ne pas abandonner.

« Ce gouvernement a fait passer le pays de la paralysie à la croissance, de la faiblesse à la dissuasion, du chaos à la normalité. Le travail de ce gouvernement ne doit pas être interrompu, nous devons continuer à nous battre pour le bien de tous les Israéliens. Notre gouvernement a accompli en un an ce que les [autres] gouvernements n’ont pas accompli en 10 ans », a déclaré Bennett au début de la réunion hebdomadaire du cabinet.

« J’admets que ce n’est pas le gouvernement que la plupart d’entre nous imaginions en amont. Mais précisément parce que l’alternative proposée, c’est la poursuite des conflits et du chaos, nous avons découvert ensemble que le travail en commun paie. Nous avons prouvé que des personnes ayant des opinions différentes, parfois même contradictoires, sont capables de travailler ensemble pour le bien du pays », a-t-il déclaré.

« Nous ne renonçons pas à notre pays. Nous ne renonçons pas à la possibilité d’une coopération entre des personnes aux opinions différentes, qui aiment ce pays de la même manière. Nous ne pouvons pas nous payer le luxe de laisser tomber, car nous n’avons pas d’autre pays », a déclaré Bennett.

Lapid a exhorté ses partenaires de la coalition à se concentrer sur les bonnes choses qui ont été apportées par le gouvernement, notant que le consensus sur toutes les questions politiques était le moyen, pour le pays, de se protéger d’un système dictatorial.

« Ce gouvernement vaut la peine qu’on se batte pour lui, et nous allons nous battre pour lui. C’est la bonne chose à faire pour l’État d’Israël et pour les citoyens d’Israël », a-t-il déclaré. « Il n’y a rien de plus facile que de détruire ; il n’y a rien de plus difficile que de construire. »

Le Premier ministre Naftali Bennett, 2e à droite, et Yair Lapid, au centre, lors de la réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/POOL)

« Ce gouvernement est historique. Il a amélioré la vie en Israël, tous secteurs confondus – la sécurité, l’économie, les relations extérieures et l’État de droit. Mais par-dessus tout, il a ramené l’idée d’un bien commun », a déclaré Lapid.

« Le bien commun ne signifie pas que nous soyons d’accord sur tout – seules les dictatures sont d’accord sur tout. Le bien commun signifie que les personnes qui ont des désaccords trouvent un moyen de vivre et de travailler ensemble. Nous ne laissons pas la haine et l’incitation diriger nos vies », a-t-il déclaré.

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, a annoncé au cabinet que le projet de loi controversé visant à continuer d’étendre les dispositions légales israéliennes aux résidents d’implantations vivant en Cisjordanie allait progresser au sein du comité ministériel de législation, ouvrant ainsi la voie au gouvernement pour une deuxième tentative d’adoption de la « mesure d’urgence ».

La législation a échoué lors d’un vote spectaculaire à la Knesset la semaine dernière après que certains membres de la coalition ont refusé de la soutenir.

Le ministre de la Justice, Gideon Saar, arrivant à la réunion hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 22 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Il est essentiel d’adopter la loi avant la fin du mois de juin afin d’éviter un chaos juridique qui nuira profondément à l’intérêt national ainsi qu’à de nombreux citoyens israéliens », a déclaré Saar.

« Au moment opportun, lorsqu’il apparaitra que les partis membres de la coalition ont terminé les processus qu’ils doivent encore mener à bien, nous soumettrons également cette question à la Knesset », a-t-il ajouté.

Avec une parité de 60-60 sièges avec l’opposition, le gouvernement semble ne pas avoir la majorité nécessaire pour faire passer le projet de loi.

La réunion du cabinet s’est tenue peu de temps après que Bennett a rencontré le député Yamina Nir Orbach, qui a menacé de quitter la coalition à moins qu’on ne lui montre qu’elle a une possibilité de survie.

C’était la deuxième rencontre entre les deux hommes en quelques jours, et elle aurait duré moins d’une heure. Aucune déclaration n’a été publiée par les deux parties à l’issue de la rencontre.

Le député Yamina Nir Orbach quitte le bureau du Premier ministre à Jérusalem, où il a rencontré le Premier ministre Naftali Bennett, le 12 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le député de droite est considéré comme un potentiel rebelle depuis quelques mois, et plus exactement depuis la défection de Silman ; il a lancé plusieurs ultimatums pour conserver son soutien au gouvernement.

Avant la réunion, il a été rapporté que le Premier ministre avait l’intention de demander à Orbach d’être patient et de lui accorder un peu plus de temps. Des sources anonymes de la coalition ont déclaré dimanche à la chaîne publique Kan que la situation, concernant Orbach, était sous contrôle et qu’il ne se rallierait pas au Likud de Benjamin Netanyahu.

Orbach a publiquement démenti les informations qui avaient laissé entendre qu’il négociait avec Netanyahu pour éventuellement rejoindre le Likud et pour aider à former un gouvernement alternatif. Mais des sources proches d’Orbach ont déclaré aux médias israéliens qu’il étudiait effectivement cette possibilité.

Cependant, des responsables du Likud ont déclaré à la Douzième chaîne qu’ils commençaient à s’impatienter des atermoiements d’Orbach et qu’ils souhaitaient qu’il quitte le gouvernement immédiatement.

Entre-temps, alors que le député de Raam, Mazen Ghanayem, fait actuellement l’objet de pressions en faveur de sa démission, la personnalité suivante figurant sur la liste du parti – Alaa al-Din Jabareen – a annoncé dimanche qu’il quittait la formation et qu’il ne prendrait donc pas la place de Mazen Ghanayem si celui-ci devait formaliser son départ.

Le député Mazen Ghanayem à la Knesset, le 6 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Rinawie Zoabi, députée du Meretz et Mazen Ghanayem, qui est l’un des parlementaires du parti Raam, subissent des pressions les sommant de démissionner après un vote contre une mesure visant à renouveler l’application de la loi israélienne aux résidents d’implantations de Cisjordanie – ils se sont alignés, au cours de ce vote, aux côtés de l’opposition. Les trois autres membres de la Knesset du parti islamiste Raam se sont abstenus, tout comme la députée rebelle Yamina Idit Silman du parti du Premier ministre Naftali Bennett, et le projet de loi n’a finalement pas été adopté lors de ce scrutin de lundi, avec un bilan final de 58 voix « contre » et de 52 voix « pour ».

La pression monte aussi concernant Rinawie Zoabi, et le Meretz a annoncé dimanche que la direction du parti organiserait une discussion en ligne dans la soirée pour discuter de la crise.

Rinawie Zoabi a déclaré samedi qu’elle avait complètement « perdu confiance » dans les dirigeants de la coalition et qu’elle n’avait aucunement l’intention de sauver le gouvernement. Elle avait brièvement quitté la coalition il y a quelques semaines avant d’être rappelée à l’ordre – mais depuis lors, elle continue de défier la ligne du parti.

Elle a déclaré que sa seule demande à Yair Lapid avait été de ne pas avoir à voter sur des lois difficiles pour les Palestiniens – et ce pour sa conscience. « Je suis revenue dans la coalition alors que j’étais dans une position difficile par rapport à la communauté arabe – ils ne voulaient pas que je revienne. »

Zoabi a affirmé que les ministres avaient brisé le statu quo au sein de la coalition lorsqu’ils ont appuyé certains projets de loi de droite, pointant du doigt la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked et le député Yamina Nir Orbach. Elle a affirmé que Saar avait mis en garde les législateurs de gauche de la coalition contre un éventuel vote défavorable au projet de loi dit de Cisjordanie, les menaçant « de conséquences ».

La députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi à la Knesset, le 23 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mais elle a déclaré qu’elle voterait contre la loi une seconde fois même si cela impliquait la chute du gouvernement et l’échec du Meretz à franchir le seuil de représentation électorale à la Knesset lors d’un prochain scrutin, comme le prévoient les sondages.

Toutefois, la chaîne Kan a déclaré qu’elle avait en fait dressé une liste de demandes que la coalition devra satisfaire pour obtenir sa démission.

Parmi les demandes qu’elle aurait formulées figurent un plan gouvernemental axé sur le développement de Nazareth, le transfert des fonds promis pour la construction d’un hôpital public dans la ville, des responsabilités accrues pour les autorités municipales arabes locales et une augmentation de la représentation arabe dans le secteur public.

Samedi soir, plusieurs partisans du Meretz ont manifesté devant son domicile dans la ville de Nof Hagalil, dans le nord du pays, l’appelant à quitter la Knesset.

Dans une déclaration, les manifestants ont déclaré que la conduite de Rinawie Zoabi avait les moyens de faire tomber la coalition « et de conduire à un gouvernement des ténèbres dirigé par [Itamar] Ben Gvir, [Bezalel] Smotrich et [Benjamin] Netanyahu », en référence à deux députés d’extrême droite et à l’ancien Premier ministre.

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