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Bennett prévient que la coalition s’effondrera si ses membres ne se réalignent pas

Selon Bennett, les membres de la coalition n'ont pas compris la gravité de la situation ; Netanyahu accuse le Premier ministre de se battre pour son poste et non pour le pays

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett s'adresse à la Knesset le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett s'adresse à la Knesset le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Le Premier ministre Naftali Bennett a averti lundi que sa coalition chancelante risquait de complètement s’effondrer d’ici une semaine ou deux si le nombre croissant de députés renégats au sein du bloc au pouvoir ne se réalignait pas sans aucune réserve avec l’alliance.

Bennett a fait ces remarques en séance plénière de la Knesset après que les parlementaires de l’opposition ont réussi à rassembler 40 signatures, obligeant le Premier ministre à se présenter pour une audience symbolique sur ses résultats.

Le Premier ministre a prononcé son discours environ une heure après qu’un autre membre de son propre parti a annoncé qu’il quittait la coalition, la laissant avec une minorité de 59 députés à la Knesset.

« Certains membres de la coalition n’ont pas encore compris la gravité de la situation », a déclaré M. Bennett à l’occasion du premier anniversaire de la formation de son gouvernement. « Je lance un appel aux membres de la coalition qui sont décidés à voter contre le gouvernement, il nous reste une semaine ou deux pour régler la situation pour ensuite pouvoir tenir longtemps. Si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons pas [tenir].

« Le choix aujourd’hui est entre le chaos et la stabilité, entre la paralysie et la croissance », a déclaré Bennett, rappelant qu’il n’avait accepté de former une coalition avec nombre de ses rivaux de gauche qu’après les échecs répétés de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu à former une coalition, en dépit du fait qu’il avait fait traverser à Israël quatre élections consécutives et qu’il était prêt à envoyer le pays vers un cinquième vote parlementaire.

M. Bennett a attiré l’attention sur la politique de son gouvernement concernant la bande de Gaza, grâce à laquelle, selon lui, les habitants du sud ont connu la période la plus calme depuis des années. Il l’a comparée à la guerre de Gaza de 2021 survenue pendant les derniers jours du mandat de Netanyahu, qui a aussi coïncidé avec des émeutes dans les villes judéo-arabes du pays.

Vue de la barrière de sécurité entre Israël et la bande de Gaza, le 8 décembre 2021. (Crédit : Flash90)

Le Premier ministre a poursuivi en fustigeant Netanyahu et l’opposition pour leur conduite au cours de l’année écoulée. « Vous passez votre temps à inciter à la haine au lieu de combattre l’ennemi », a déclaré Bennett, s’en prenant particulièrement à la façon dont le Likud a critiqué son partenariat avec le parti islamiste Raam, le premier parti arabe indépendant à rejoindre une coalition gouvernementale dans l’histoire d’Israël.

« J’ai vu le député [Likud] Israel Katz hurler sur le [président du Raam] Mansour Abbas. Il a dit qu’Abbas était comme [le chef du Hamas] Yahya Sinwar », a poursuivi Bennett, accusant Katz d’ignorer le fait que Netanyahu lui-même avait secrètement accueilli Abbas à plusieurs reprises dans sa résidence officielle, dans le but de persuader le président du Raam à rejoindre une coalition de droite dirigée par le Likud.

Les perspectives d’une telle coalition semblaient se concrétiser au printemps 2021, avec les députés du Likud se rapprochant progressivement d’Abbas, selon les médias, le saluant pour sa volonté de condamner les attaques terroristes contre les Israéliens et de se concentrer sur les questions civiles, plutôt que sur la question palestinienne. Mais, après que Raam a rejoint la coalition de Bennett en juin dernier, ils se sont rapidement retournés contre le parti, se mettant à traiter régulièrement les membres du parti de « partisans du terrorisme ».

Bennett, dans son discours au plénum, s’est dit fier de son partenariat avec Abbas. « J’ai rencontré Mansour Abbas comme un homme », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas honte. »

Il a ensuite souligné la décision de son gouvernement d’autoriser la tenue de la Marche des drapeaux organisée le jour de Jérusalem par les nationalistes religieux de passer par la porte de Damas et le quartier musulman de la Vieille Ville, malgré la pression internationale pour que le rassemblement soit redirigé vers un chemin apparemment moins provocateur. Le gouvernement a aussi réussi à traverser les dernières vagues de la pandémie sans imposer de confinements, à adopter un budget pour la première fois en trois ans, à augmenter les salaires des soldats et à contribuer à réduire la criminalité dans les communautés arabes de 40 %, a déclaré Bennett.

Il a accusé Netanyahu de fonctionner une « machine à poison » et a admis que son gouvernement n’avait pas réussi à la contrer suffisamment pour empêcher la défection de la députée de Yamina Idit Silman. L’ancienne présidente de la coalition avait annoncé son départ du bloc au pouvoir en avril, réduisant le nombre de ses membres à seulement 60 parlementaires à la Knesset.

Bennett a ensuite rappelé comment Netanyahu avait averti le jour de la constitution du gouvernement qu’il ne serait pas en mesure de tenir tête à l’administration Biden pour empêcher la réouverture d’un consulat américain à Jérusalem ou la signature d’un accord nucléaire. Ces deux prédictions se sont jusqu’à présent révélées fausses.

Des Israéliens brandissent des drapeaux devant la porte de Damas, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem pour célébrer Yom Yeroushalayim, le 29 mai 2022 (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Prenant la parole immédiatement après Bennett, Netanyahu s’est moqué de son successeur pour s’être attribué de si bonnes notes, alors qu’une grande partie du personnel du premier ministre avait déserté. Plusieurs conseillers de Bennett ont démissionné au cours du mois dernier, alors que la coalition semblait proche de sa fin.

« Vous ne vous battez pas pour le pays. Vous ne vous battez que pour votre siège », a déclaré Netanyahu, s’en prenant à nouveau à Bennett pour sa coopération avec Raam et Abbas.

« Parce que vous – Bennett, [le ministre des Affaires étrangères Yair] Lapid et Abbas – ne vous battez pas pour notre pays, les citoyens d’Israël ont peur pour leur avenir », a poursuivi Netanyahu, soulignant la récente vague de terrorisme, ainsi que la hausse des coûts.

L’ancien Premier ministre a rejeté l’idée que l’invasion de l’Ukraine par la Russie était la raison de la crise économique actuelle, affirmant qu’il avait réussi à éloigner le pays d’un déclin similaire lorsque les marchés mondiaux étaient en chute libre.

« Votre gouvernement protectionniste et manipulateur est en train de s’effondrer. Ses jours sont comptés », a déclaré Netanyahu, accusant Bennett de « s’attribuer le mérite » de ses politiques antérieures qui ont précédé l’année de calme à la frontière de Gaza.

Il s’est moqué du récent appel de Bennett à la « majorité sioniste silencieuse » pour qu’elle soutienne son gouvernement, affirmant que les Israéliens ne sont pas réellement silencieux et qu’ils veulent que le leader de Yamina « rentre chez lui ».

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu s’adresse à la Knesset le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

La séance s’est terminée par un vote symbolique sur les réponses de Bennett à la critique de l’opposition. Comme ses 59 membres restants n’étaient pas tous présents, la coalition ne dispose pas d’une majorité, ce qui a incité les députés de la coalition à quitter le plénum avant le décompte. Le vote a été un 54-0 symbolique, en faveur de l’opposition.

Le véritable coup dur pour la coalition est survenu quelques heures plus tôt, lorsque M. Orbach, du parti Yamina de Bennett, a annoncé sa démission.

Dans son communiqué, Orbach a accusé des « éléments extrémistes et antisionistes », tels que les députés arabes Mazen Ghanayem (Raam) et Ghaida Rinawie Zoabi (Meretz), de tirer la coalition « dans des directions problématiques » et de la « tenir en otage ».

Alors que Orbach, allié de longue date de Bennett, a déclaré que la coalition avait échoué dans sa mission principale de « remonter le moral [des Israéliens] », il a précisé qu’il ne voterait pas la semaine prochaine pour dissoudre la Knesset et organiser des élections anticipées. Au lieu de cela, il a promis d’œuvrer à la formation d’une coalition alternative avec un « esprit patriotique » au sein du parlement existant – un défi de taille étant donné que la Knesset semble toujours contenir une majorité de membres refusant de rejoindre une coalition avec Netanyahu.

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