Berland fait croire qu’il est capable de ressusciter les morts
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Berland fait croire qu’il est capable de ressusciter les morts

Des journalistes ont inventé l'histoire d'une patiente en mort cérébrale pour mettre au jour les agissements frauduleux d'Eliezer Berland, le soi-disant faiseur de miracles

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Des hommes se rassemblent pour prier lors d'une manifestation de soutien à Eliezer Berland devant le tribunal de Lod, dans le centre d'Israël, le 26 juillet 2016. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)
Des hommes se rassemblent pour prier lors d'une manifestation de soutien à Eliezer Berland devant le tribunal de Lod, dans le centre d'Israël, le 26 juillet 2016. (Crédit : Avi Dishi/Flash90)

Le rabbin condamné pour délinquance sexuelle assure qu’il peut faire revenir à la vie les personnes déclarées en mort cérébrale, pour 20 000 NIS (environ 5 000 €), d’après un reportage de la télévision diffusé jeudi. Ce dernier exposait les services payants de réalisation de miracles proposés par le sombre chef de la communauté Shuvu Bonim.

Berland est célèbre depuis longtemps pour proposer des services de « pidyonim« , ou bénédictions kabbalistiques, aux malades, qui se voient accorder une bénédiction après le versement d’un don. Lors de visites tard dans la nuit, entouré de dizaines d’adeptes, Berland se rend régulièrement dans des hôpitaux de tout le pays, sans la présence de personnel, pour bénir des malades, comme le montrent des images mises en ligne par ses adeptes.

Des journalistes israéliens de la Douzième chaîne, tentant de découvrir comment marchent ces bénédictions et après avoir rencontré des victimes de Berland, ont échaffaudé une fausse histoire, celle de « Yael », 35 ans, déclarée en mort cérébrale.

Ils ont ainsi contacté l’assistant du rabbin, Natan, qui s’est d’abord montré circonspect, leur a ensuite indiqué qu’il devait vérifier puisqu’il s’agissait d’un cas de mort cérébrale. « S’il n’y avait pas de mort cérébrale, je vous promettrais qu’il la ramènera à la vie, » leur assure-t-il, reconnaissant tacitement la perte irréversible de toutes les fonctions cérébrales.

Natan les a ensuite recontactés pour leur faire savoir que son mentor était sûr de pouvoir la ressusciter. Cela coûterait 20 000 NIS, leur dit-il, promettant la réussite de l’opération. « Au moins une fois par semaine, le rabbin ressuscite des morts à l’hôpital de différentes manières, » leur assure-t-il.

Natan leur passe Berland, après que les journalistes ont rechigné sur le prix.

« Apportez 20 000 NIS dans une heure, à une heure du matin. Je serai au Rambam [le centre médical de Haïfa] », leur indique le rabbin.

« Attendez, mais rabbin Berland, les médecins l’ont déclarée en mort cérébrale, » interrompt le journaliste Yoav Even.

« Le rabbin le sait », lui répond Natan.

« Oui, je peux la faire revivre. Je l’ai déjà fait pour des gens en mort cérébrale, qui étaient entièrement paralysés, ou souffraient de cancers… qui ne leur laissaient aucune chance de survie, » rassure Berland, ajoutant qu’il a réalisé « des purs miracles, des purs miracles. »

« Si vous m’apportez 20 000 NIS, elle se réveillera. Un miracle se produira. Son cerveau repartira, vous le verrez repartir, » leur explique Berland.

Natan les a ensuite informés que Berland réaliserait sa bénédiction à distance, une fois l’argent transféré, et qu’il ne se présenterait pas à l’hôpital.

Dans une déclaration à la chaîne de télé, les associés de Berland insistaient sur le fait que ses services étaient gratuits.

« Il s’agit de promesses de dons à une œuvre de charité en des temps de souffrance. Le rabbin bénit et prie mais ne s’occupe pas de l’argent. Si nous en recevons, nous le reversons immédiatement à des nécessiteux », d’après la déclaration de ses collaborateurs.

« Nous sommes témoins de centaines, de milliers d’histoires de gens sauvés par des bénédictions du rabbin, qui relèvent du surnaturel, » peut-on également entendre dans leur déclaration.

Des militants, qui se sont entretenus avec le Times of Israel par le passé, ont fait état de plusieurs cas d’adeptes qui ont vendu leur maison ou se sont lourdement endettés pour bénéficier de ses bénédictions. Pour eux, il s’agit d’extorsion de la part d’un chef religieux avec trafic d’influence sur ses fidèles.

Les dons — par des adultes consentants pour un service religieux — ne sont pas interdits par la législation israélienne.

Plus récemment, dans un enregistrement obtenu par le Times of Israel, ponctué de gloussements moqueurs de ses fidèles, Berland se vantait d’avoir exploité une femme qui avait fait des dons de dizaines de milliers de dollars.

Longtemps considéré comme un chef de culte par des milliers de ses disciples du mouvement hassidique Breslev, Berland avait fui Israël en 2013 après avoir été accusé d’avoir sexuellement agressé plusieurs de ses disciples femmes, dont une mineure. Après avoir échappé à une arrestation pendant trois ans, Eliezer Berland, 81 ans, avait été condamné à 18 mois de prison en novembre 2016 pour deux cas d’attentat à la pudeur et un autre d’agression, dans le cadre d’un arrangement judiciaire, qui lui a permis d’obtenir 7 mois d’incarcération seulement. Il avait été libéré après cinq mois de détention, en partie en raison de sa santé chancelante.

Depuis, le rabbin a repris ses activités de leader de la communauté Shuvu Bonim, une sous-branche de la secte Breslev, désavouée par la dynastie hassidique.

A LIRE : Les ex-collaborateurs du rabbin Berland se battent de l’intérieur pour le bannir

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