Les ex-collaborateurs du rabbin Berland se battent de l’intérieur pour le bannir
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Les ex-collaborateurs du rabbin Berland se battent de l’intérieur pour le bannir

L'État continue à subventionner les écoles du Shuvu Bonim et le vice-ministre de la Santé a rendu visite au délinquant-gourou Eliezer Berland, mais un changement se profile

Marissa Newman est la correspondante politique du Times of Israël

Le rabbin Eliezer Berland se couvre de son talit (châle de prière) au tribunal de première instance de Jérusalem, alors qu'il est jugé pour agression sexuelle, le 17 novembre 2016. (Yonatan Sindel/ Flash90)
Le rabbin Eliezer Berland se couvre de son talit (châle de prière) au tribunal de première instance de Jérusalem, alors qu'il est jugé pour agression sexuelle, le 17 novembre 2016. (Yonatan Sindel/ Flash90)

C’est l’histoire d’un rabbin vénéré qui est aussi un délinquant sexuel condamné, de ses ex-collaborateurs et de ses anciens élèves qui ont eu le courage de dénoncer ses crimes et ce, pour un coût personnel énorme, et d’une petite partie de sa communauté ultra-orthodoxe qui, par la suite, l’a reconnu coupable et a refusé sa libération.

C’est aussi l’histoire d’une communauté plus large qui ne le condamne toujours pas ouvertement, et de victimes qui ont échappé à ses griffes et de celles qui lui sont restées fidèles. C’est l’histoire du rabbin Eliezer Berland, un messie auto-proclamé qui, après un an passé derrière les barreaux, est aujourd’hui à nouveau un homme libre.

C’était la nuit après la fin de Kippour en 2013, et le rabbin Yom Tov Cheshin, autrefois considéré comme le confident le plus proche du chef religieux fugitif Eliezer Berland, était enfermé dans une maison sûre en Israël, soignant toutes ses plaies ouvertes, et se demandant s’il n’avait d’autres choix que de détruire ses archives soigneusement assemblées, qui contiennent les informations concernant les crimes sexuels et autres actes sordides de Berland.

Cheshin était autrefois l’un des disciples les plus fidèles de Berland. Mais lorsque des allégations ont commencé à faire surface contre son mentor, le sympathique hassid de Breslev a secrètement commencé à enquêter sur lui.

Les conversations secrètement enregistrées par Cheshin avec l’énigmatique et lunatique chef religieux contenaient un an et demi d’aveux et d’accès de violence de la part de Berland. Il a également obtenu le témoignage explosif de femmes victimes au sein de la communauté Shuvu Bonim de Berland (une sous-section de la dynastie hassidique Breslev). Cheshin pensait à l’époque qu’il avait suffisamment de matériel en sa possession pour mettre Berland en prison à vie.

Trois ans plus tard, Berland sera en effet incarcéré pour deux des allégations d’agression sexuelle qui ont été formulées à cette époque – mais pas à vie. Après avoir échappé à la police israélienne lors d’une course-poursuite à travers cinq pays, Berland a finalement été appréhendé et extradé vers Israël, a conclu un accord de plaidoyer, est allé en prison et a obtenu une libération anticipée au printemps 2017 – un an après sa condamnation à 18 mois.

A nouveau libre, Berland a repris les rênes de la communauté Shuvu Bonim – depuis qualifiée de secte – avec son emprise hypnotique sur plusieurs centaines de fidèles légèrement perturbés et son auto-déification, qui selon ses anciens disciples, est totalement intacte.

Son influence est si puissante que deux femmes, dont le témoignage sur une grave exploitation sexuelle présumée par le leader vieillissant avait conduit Cheshin à mener son enquête privée sur Berland, sont toujours dans la communauté à ce jour.

Le rabbin Eliezer Berland avec ses étudiants, dans une vidéo filmée il y a plusieurs années. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En 2013, Cheshin espérait utiliser les enregistrements pour dévoiler les crimes de Berland devant les rabbins de sa communauté hassidique de Breslev et le monde ultra-orthodoxe, démystifier le mystique kabbaliste auto-proclamé qu’il admirait depuis son enfance.

Mais à mesure que la police s’intéressait à l’affaire Berland et commençait à flairer le secret, la crainte de Cheshin de voir agir la police et de la couverture médiatique augmentait. Profondément méfiant à l’égard des policiers et de la presse, comme beaucoup dans la communauté ultra-orthodoxe, Cheshin considérait les deux systèmes comme travaillant en tandem et potentiellement dangereux – un bras long et hostile de l’Etat.

« J’étais sûr que dès que la police mettrait la main sur les cassettes, le lendemain, ce serait sur YouTube. Je n’avais aucune idée de la façon dont ces choses fonctionnent », a expliqué Cheshin lors d’une des nombreuses interviews accordées au Times of Israel ces derniers mois.

L’éventuelle saisie des preuves par les autorités israéliennes était donc, pour lui, un véritable scénario apocalyptique, qui était à éviter à tout prix.

« J’avais l’impression d’être en possession d’une bombe atomique, et même si je la cachais, peu importe où, quelqu’un la trouverait dans 10 ans, et il me semblait qu’elle détruirait le monde, » a expliqué Cheshin. Ou du moins, de façon plus certaine, nuirait profondément à sa communauté.

Plus urgent encore, il y avait aussi la question des disciples de Berland, avec leur réputation sulfureuse d’anarchie et de violence, que Cheshin compare aux jihadistes ou à la mafia. Si les enregistrements parvenaient au public israélien, les adeptes de Berland identifieraient immédiatement la source et, craignait-il, viendraient le tuer.

Quelques jours avant son moment de vérité d’après Yom Kippour en 2013, Cheshin avait été violemment agressé à Ouman, le lieu de pèlerinage ukrainien où le chef spirituel de la communauté hassidique, Rabbi Nachman de Breslev, est enterré. Les membres de la communauté Shuvu Bonim de Berland ont infligé leur châtiment à Cheshin, qu’ils soupçonnaient de posséder des informations incriminantes sur les nouvelles allégations de violences sexuelles qui avaient poussé leur chef à fuir.

Ce n’est qu’en se déguisant en touriste allemand que Cheshin a réussi à quitter l’Ukraine après le pèlerinage annuel de Rosh HaShana, et à retourner en Israël.

Le rabbin Yom Tov Cheshin (Capture d’écran YouTube)

C’est pourquoi, la nuit après la fin de Yom Kippour, Cheshin s’est secrètement réfugié dans la maison d’un ami pour ne pas risquer de se faire attaquer par l’armée des fervents de Berland.

Là, il s’est assis avec son associé, le rabbin Tzvi Tzucker, le gendre de Berland et le chef de la patrouille de la pudeur communautaire ultra-orthodoxe Tohar HaMahane, qui enquêtait sur ces allégations.

Ensemble, ils sont parvenus à la décision « difficile », bien qu’à leur avis inévitable : Le matériel incriminant qu’ils avaient sur Berland, toutes les copies, devaient être détruites ; l’histoire ne devait pas être ébruitée.

Leur raisonnement : que les révélations seraient une profanation du nom de Dieu ; que le scandale détruirait la communauté de Shuvu Bonim ; qu’il minimiserait les péchés graves d’inconvenance sexuelle aux yeux des disciples de Berland ; que l’interrogatoire détaillé des femmes au sujet des diverses agressions sexuelles de Berland, diffusé dans les médias nationaux israéliens, les ferait passer pour des fournisseurs de contenu pornographique et indécent (et « nous détruirions les murs de pureté, bien plus que Berland ») et que Cheshin, en sa qualité de chroniqueur secret des actes illicites de Berland serait tenu de témoigner.

Mais surtout, les deux hommes avaient tout simplement peur pour leur vie face aux disciples de Berland.

Des hommes ultra-orthodoxes se rassemblent lors d’une manifestation de soutien à Eliezer Berland, alors emprisonné en Afrique du Sud, devant l’ambassade d’Afrique du Sud à Ramat Gan, près de Tel Aviv le 25 avril 2016. (Roni Schutzer/Flash90)

Craignant d’être mis sous écoute par la police, Cheshin a téléphoné à sa femme à la maison, lui indiquant discrètement l’emplacement de ses divers magnétophones en utilisant des mots codés qui se rapportent au rituel de Yom Kippour. Son ordinateur était avec lui.

J’avais l’impression que le monde allait s’écrouler

Avec des marteaux et des haches, les preuves ont été détruites. Un coup de poing décisif et un accès de colère de la femme de Berland, Tehilla, qui qualifiait son mari de « sadique » et de pervers – enregistrés lorsque Cheshin a fait fonction d’arbitre (dayan) entre le couple en conflit – fut réduit en cendres.

Un autre coup, et le témoignage original de la première victime, racontant comment Berland lui avait dit qu’ils allaient concevoir le Messie par la plus profane des débauches, a été effacé. Ils poursuivirent en détruisant des enregistrements dans lesquels Berland dénonçait diverses figures bibliques, et dans lesquels il appelait à « massacrer » un disciple, en ordonnant de poser une bombe sous la voiture de son propre petit-fils.

Cheshin conservera les débris déchiquetés. Mais lui, sa femme et le rabbin Tzucker, déjà séparés de la communauté par choix, garderont également le silence, pendant trois longues années.

Le temps du #MeToo des Breslev

Eliezer Berland échappe aux autorités israéliennes jusqu’à l’été 2016, se soustrayant à plusieurs tentatives israéliennes d’extradition en se déplaçant entre Zimbabwe, Maroc, Suisse, Pays-Bas et Afrique du Sud, accompagné par un groupe de disciples fidèles qui comptait environ quarante familles.

En novembre 2016, quelques mois après son extradition éventuelle de Johannesburg vers Israël, Berland a été condamné à 18 mois de prison et à payer une indemnisation après avoir conclu un accord de plaidoyer sur deux chefs d’attentat à la pudeur et un chef d’agression.

La peine d’emprisonnement incluait le temps passé en prison depuis le début de la procédure d’extradition en Afrique du Sud en avril 2016. Il a obtenu une libération anticipée en avril 2017, six mois avant la fin de sa peine d’emprisonnement, en raison de problèmes de santé.

Sa communauté réduite de Shuvu Bonim – qui compte aujourd’hui quelque 200 à 300 familles, selon les militants ; 800 à 1 000 familles, selon les assistants actuels de Berland – est toujours là.

Mais cinq ans après avoir détruit ses archives compromettantes, Cheshin, 39 ans, a complètement changé de tactique et a investi des dizaines de milliers de shekels pour réparer ce qu’il avait détruit – restaurer les fameux enregistrements.

Aujourd’hui, il est par ailleurs à la tête d’un groupe de dénonciateurs de Shuvu Bonim qui gèrent une ligne directe pour sensibiliser les gens aux dangers que représente Berland, qui ont des comptes sur les réseaux sociaux, et dont le lobbying auprès des rabbins pour qu’ils condamnent Berland a abouti à la création d’un tribunal spécial pour entendre le témoignage des femmes agressées.

La lutte qui dure depuis des années pour dénoncer Berland apporte un rare éclairage sur la police interne, au moyen de patrouilles de pudeur et d’aides rabbiniques, au sujet des plaintes pour agression sexuelle dans des communautés hassidiques extrêmement isolées, où le fait de demander l’intervention des autorités ou des médias est interdit

Fervent hassid de Breslev, (il s’excuse poliment pendant l’interview de cinq heures de la direction de son regard, à ma gauche, expliquant qu’il ne regarde que sa femme pour des raisons religieuses), Cheshin est sombre et un archiviste minutieux, dont les efforts pour retrouver les documents et rassembler des preuves contre Berland mettent en évidence un goût évident pour les enquêtes et dont la conviction religieuse est à la source même du soutien apporté à cette cause.

Son récit de la bataille qui dure depuis des années offre également un rare éclairage sur la police interne, au moyen de patrouilles de pudeur et d’aides rabbiniques, au sujet des plaintes pour agression sexuelle dans des communautés hassidiques extrêmement isolées, où le fait de demander l’intervention des autorités ou des médias est interdit.

En dépit des agressions violentes répétées des adeptes de Berland et d’un grand nombre de menaces de mort, le petit groupe de volontaires a, depuis 2016, obtenu une importante condamnation rabbinique de Berland dans la communauté hassidique Breslev, organisé plusieurs procès civils et des manifestations lors des apparitions publiques de Berland, et n’hésite plus à utiliser les médias ou les réseaux sociaux pour dénoncer les méfaits de Berland.

Ce changement mérite d’être surnommé le moment #MeToo de la communauté hassidique de Breslev, bien que le groupe extrêmement religieux évite dans une large mesure Internet et accueillerait probablement la comparaison avec un haussement d’épaules ou un froncement de sourcils.

Cependant, dans une communauté où le secret et le silence sont souvent considérés comme une méthode efficace pour combattre les comportements répréhensibles, et où les rares dénonciations publiques d’inconduite sont en grande partie occultées dans les milieux juifs ou par euphémisme, les activistes ont obtenu une décision juridique explicite des rabbins Breslev, et certains vont jusqu’à interdire à leur fidèles de se marier avec des gens de la communauté Shuvu Bonim ou de prier avec eux.

Des partisans d’Eliezer Berland se querellent avec des opposants lors d’une manifestation devant une conférence accueillant Berland après que celui-ci fut accusé d’agression sexuelle, à Bat Yam, Israël, le 30 janvier 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le désaveu du délinquant sexuel Berland dans la communauté, dont les militants soulignent malheureusement qu’il ne s’est pas encore pleinement répandu dans le monde ultra-orthodoxe, a également été alimenté par un autre aspect en grande partie méconnu du cas Berland : Son messianisme et l’équation du tzaddik, ou homme juste, avec Dieu.

Approchés par Cheshin avec des témoignages sur Berland, des dizaines de rabbins Haredi « ont tous, presque à l’unisson, évoqué le nom de Sabbatai Tzvi », a expliqué Cheshin, faisant référence au faux messie du 17e siècle sous l’empire Ottoman qui a mis des communautés juives dans l’Europe entière dans une frénésie extatique, avant de se convertir à l’islam en captivité.

Cheshin et les activistes anti-Berland se réfèrent presque exclusivement à ses partisans comme étant des Sabbatéens.

Des hommes se rassemblent pour prier lors d’une manifestation de soutien à Eliezer Berland devant le tribunal de première instance de Jérusalem où Berland a été jugé pour agression sexuelle, le 29 juillet 2016. Un panneau dit : « Le peuple d’Israël [se tient] avec le tzaddik » (Yonatan Sindel/ Flash90)
Pour les disciples de Berland, « il remplace totalement Dieu », déclare Cheshin. « Disons-le autrement : Ils n’ont pas besoin de Dieu ; il remplit toutes les fonctions de Dieu : Il entend leurs prières, il a le pouvoir de rendre [par des moyens spirituels] les femmes stériles enceintes, de guérir le cancer. Pas dans le sens où un tzaddik prie. Dans le sens où il est la source du pouvoir. »

Cinq ans après avoir frappé avec son marteau sur ses preuves, Cheshin a réussi à récupérer un grand nombre des bandes. A son insu, un émissaire d’un tribunal rabbinique, arrivé chez lui dans le cadre d’une procédure judiciaire juive impliquant une des victimes de Berland, avait enregistré en secret plus de cinq heures du témoignage que lui avait fait écouter Cheshin, en cachant un magnéto dans sa poche. Avec l’extradition de Berland vers Israël en 2016, l’émissaire a remis les enregistrements à Cheshin.

Cependant, l’enregistrement d’une durée de plusieurs heures dans lequel lui et Tzucker ont confronté Berland, lui demandant d’avouer qu’il avait violé une de ses disciples, une femme mariée, a été détruit, a t-il dit, bien que des parties de cet enregistrement aient été récupérées.

La plupart – mais pas la totalité – des enregistrements audio du premier témoignage de cette femme sont également irrécupérables, lorsqu’elle cite la déclaration « effrayante » de Berland, à propos de laquelle Cheshin a déclaré que les activistes avaient fait remarquer entre eux qu’un jour, un livre ou une série télévisée sur les crimes de Berland ferait la une des journaux : « Je t’ai créé pour moi. »

Visites nocturnes

La mécanique des réseaux sociaux de Berland, quant à elle, n’en est pas moins bien huilée.

Chaque nuit, les groupes WhatsApp dirigés par ses adeptes prennent vie, informant quiconque s’intéresse à ses moindres mouvements et inondant les réseaux sociaux de photos et de vidéos, souvent jusque tôt le matin : Berland est à Holon, Bat Yam, Beer Sheva, et anime des ateliers à domicile pour les adeptes ou ceux qui souhaitent le devenir. Il est sur la route 6. Le voilà, sur la route 443. Il est arrivé à la maison. Appelez la hotline de Berland pour écouter ses conférences ou les prières du matin ou du soir en direct. Si tu l’as raté, peu importe : Il y a probablement un clip YouTube, un lien à partir d’une page Facebook de Berland, ou des mises à jour affichées sur le site Web de Shuvu Bonim.

Des hommes se rassemblent pour prier lors d’une manifestation de soutien au rabbin Eliezer Berland devant le tribunal de première instance de Jérusalem où Berland a été jugé pour agression sexuelle, le 17 novembre 2016 (Yonatan Sindel/ Flash90).

Les visites nocturnes de Berland ont souvent lieu dans les hôpitaux israéliens avant l’aube pour rendre visite aux malades, avec des images diffusées sur les sites, montrant l’homme de 80 ans et ses disciples en train de déambuler dans les couloirs vides, sans surveillance du personnel.

Ses disciples publient sans vergogne des vidéos des compteurs de vitesse des véhicules qui accompagnent le convoi de Berland, souvent bien au-dessus de la limite légale autorisée.

Et ses sympathisants organisent des visites nocturnes mensuelles sur les lieux de pèlerinage dans les zones palestiniennes, depuis la tombe de Joseph à Naplouse jusqu’aux tombes des prophètes Natan et Gad, dans le village de Halhul, près de Hébron en Cisjordanie.

Les vidéos YouTube téléchargées par ses adeptes comprennent également des « exposés » habilement produits et ciblant ses détracteurs.

A la demande de plusieurs femmes députées et militantes, Facebook a suspendu en juillet la page principale consacrée à Berland – qui comptait plus de 22 000 « like ». La décision n’a pas été prise en raison du fait que cette page était une page officielle pour les fans d’un délinquant sexuel condamné, mais du fait que son auteur utilisait apparemment un profil fictif et que les règles contre le harcèlement y étaient transgressées. Mais le 19 juillet, la page a été rétablie. Facebook a refusé de commenter le revirement, disant seulement que « la question avait été examinée et réglée ».

L’utilisation intensive des réseaux sociaux est liée à l’accent mis par la communauté sur la sensibilisation, un nombre important de membres de Shuvu Bonim étant des baalei teshuva (anciennement laïques) israéliens, dont beaucoup sont des Mizrahi, qui sont devenus pratiquants par l’entremise de Berland.

A l’intérieur de l’enclave de Jérusalem de Berland

Bien qu’il y ait plus de 30 synagogues affiliées au nom de Shuvu Bonim dans tout le pays, la forteresse de Berland continue d’être au cœur de Jérusalem, sur et autour de la rue Hahoma Hashlishit qui relie le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à la Porte de Damas.

En juillet, la municipalité de Jérusalem a commencé à procéder au nettoyage de la zone, en démantelant les tentes et en ramassant des tas d’ordures, après des années de négligence et de plaintes longtemps ignorées de la part des riverains. Débarrassée de tas de ferraille, la zone délabrée qui abrite le groupe semble par ailleurs être restée intacte pendant des décennies.

Des partisans d’Eliezer Berland se heurtent à des militants lors d’une manifestation devant une conférence accueillant Berland, à Bat Yam, dans le centre d’Israël, le 30 janvier 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)

Au coin de la rue du ministère de l’Éducation, la petite enclave commence là où une banque rencontre un bureau de change privé – « Change Breslov » – et présente tous les éléments de la vie hassidique de Jérusalem. Des voitures noires marquées « gemach », ou société de prêt gratuit Haredi, sont garées dans ses rues. Les femmes poussent les poussettes et bavardent au sujet du travail, des vacances, de la cuisine, tandis que des douzaines de jeunes garçons portant papillotes et de jeunes filles aux vêtements pudiques roulent à vélo et font du patin à roulettes dans ses petites ruelles en pierre sans contrainte avec un enthousiasme effréné.

Les habitants de la communauté ne voient pas les nouveaux arrivants d’un mauvais œil et, lorsque j’ai visité récemment l’enclave de Berland dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, ils m’ont gentiment guidé vers la synagogue, où des centaines de gens s’y réunissaient, comme chaque soir.

Repérant un visage inconnu, plusieurs femmes, spontanément, se sont frayées un passage parmi la foule devant la fenêtre, avec la même question enthousiaste sur les lèvres : « Vous avez vu le rabbi ? » (J’étais habillée de manière pudique et consciente que des journalistes cherchant à couvrir la saga Berland avaient été attaqués, je ne me suis pas présentée comme journaliste ce soir-là ; je n’ai pas identifié les personnes qui m’ont adressé la parole).

Eliezer Berland et ses disciples, dans une vidéo mise en ligne en août 2018 (Capture d’écran YouTube)

À l’intérieur, flottant au-dessus d’une marée de chapeaux noirs, Berland aux cheveux touffus, enveloppé dans un châle de prière blanc, dirigeait les prières du soir selon son habitude. Sur les côtés, quatre rangées de jeunes garçons étaient dirigées dans leur chant par un professeur excité, avec des intonations particulièrement vigoureuses et des balancements de ferveur, le tout couronné de sucettes.

Presque tous semblaient s’appeler Nachman.

Les gens ici ne cherchent pas à en savoir plus… Qu’importe qu’il soit le Messie ou pas ?

À l’extérieur, une centaine de femmes et d’enfants pressaient leur visage contre la vitre. Une demi-douzaine de femmes coiffées d’un couvre-chef ressemblant à un hidjab, témoignant des tendances rigoristes de la communauté, côtoyaient des femmes habillées de façon beaucoup plus moderne. Une adolescente pensive, vêtue d’un T-shirt blanc portant l’inscription « Angel », était accoudée contre une voiture, les bras pliés. Quelques autres étaient en train de débattre avec ferveur au sujet de leur professeur d’école secondaire.

En apparence, rien ne permettait de distinguer ce groupe des groupes strictement ultra-orthodoxes des quartiers alentours. Mais combien d’entre elles ont été la proie d’un délinquant sexuel condamné ? Et croient-elles que Berland est le Messie ?

« Les gens ici ne cherchent pas à en savoir plus », a dit une jeune femme tenant un bébé, qui est née et a grandi dans la rue Hahoma Hashlishit, au sujet de cette dernière question. « Qu’importe qu’il soit le Messie ou pas ? »

Les disciples d’Eliezer Berland vus lors des célébrations de la fête juive de Lag Baomer à Meron au nord d’Israël le 3 mai 2018. (Shlomi Cohen/Flash90)

Ce qui compte, c’est qu’autour de Berland, on ressent une « proximité avec le divin », car « le tzaddik relie l’être humain à Dieu », poursuit-elle, décrivant ensuite des cas dans lesquels Berland aurait guérit des gens gravement malades avec ses rituels cabbalistiques (payants).

Une autre femme, une anglophone qui était auparavant orthodoxe moderne avant de rejoindre Shuvu Bonim il y a cinq ans, a décrit la communauté comme une « famille » et Berland comme un prodige.

« Le rabbin rend ses disciples humbles », dit-elle solennellement, en ne montrant que son visage sous un vêtement noir en forme de tente.

« Nous sommes des gens ordinaires, nous partons en voyage, nous allons à l’hôtel, dans des pensions, nous faisons des barbecues dans le parc, nous nous rencontrons, nous allons au restaurant – des gens normaux », a affirmé Barak Barber, un assistant de Berland, dans une interview téléphonique réalisée ultérieurement.

« Nous sommes une communauté qui est opprimée », a ajouté un porte-parole du cercle restreint de Berland, prétendant que la discrimination ethnique est à l’origine de la critique généralisée de leur communauté. « Les séfarades de la communauté Haredi ont toujours été de seconde classe, et peut-être aussi les enfants de baalei teshuva », a ajouté le porte-parole.

Berland en tant que messie

Barber a également démenti le fait que la communauté considère Berland comme le messie. « Le rav n’a jamais dit ça de lui-même ».

« Même s’il a dit quelque chose, c’était dans le contexte d’une blague. Le rav n’a jamais rien dit de tel », précise-t-il.

Mais de nombreuses vidéos de Berland, des livres écrits par ses étudiants et des conférences données par ses disciples pour défendre sa conduite, ainsi que des témoignages de ceux qui ont quitté la communauté, indiquent le contraire.

« Le tzaddik est Dieu lui-même », affirme Berland dans de nombreux enregistrements.

Selon Cheshin, Berland se qualifie explicitement de « tzaddik » et demande à ses disciples de prier devant sa photo. « Il parle de lui-même comme d’un Dieu à 100 %, Dieu, le Messie », dit Cheshin, bien qu’il ait aussi dit de Shuvu Bonim : « Je ne pense pas qu’ils aient une théologie structurée. »

Berland est « au-dessus de tout, et parce qu’il est au-dessus de tout, il peut aussi être juste ici. Le rav a dit explicitement… quelque soit l’endroit d’où vous me parlez, je vous entends, je suis là », a dit l’un de ses élèves les plus éminents, Yaakov Salma.

Des hommes se rassemblent pour prier lors d’une manifestation de soutien au Rabbin Eliezer Berland avant son arrivée à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 19 juillet 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Une des principales défenses de ses élèves consiste à comparer le délinquant sexuel condamné au roi David lorsqu’il rencontre Bethsabée, une femme mariée, en soulignant que le Talmud dit que le monarque biblique n’a pas péché, ce qui est contraire à la simple lecture littérale du texte. Par conséquent, ils soutiennent que les transgressions de Berland ne sont pas ce qu’elles semblent être pour le regard non formé et non mystique des gens.

Même s’il commettait l’adultère, à Yom Kippour, dans la synagogue, en plein jour, devant tous ses fidèles, ses hassidim, ils diraient : il répare spirituellement, ce n’est pas ce que vous pensez

« Dans toutes les générations, un seul tzaddik a été autorisé à avoir des bas [spirituels] », a expliqué son disciple Ofer Erez (qui a lui-même plus de 12 000 adeptes sur Facebook), dans une récente conférence. « Vous savez qui : Le messie, c’est le messie, le roi David ».

Ofer Erez, un disciple de Berland. (Capture d’écran YouTube)

Les allusions les plus voilées à Berland en tant que messie ont fait leur apparition dans deux livres écrits par ses élèves en 2016 – HaKatav MiBein HaIlanot et Emunat Hahamim KeHilchata – absolvant les péchés de l’homme ordinaire quand ils sont commis par le « tzaddik » ou messie.

Confronté à un tollé de la communauté Breslev au sens large, Shuvu Bonim s’est distancié des textes. Mais les militants affirment que les livres ont donné voix au vrai sentiment de ses Hassidim.

« Même s’il commettait l’adultère, à Yom Kippour, dans la synagogue, en plein jour, devant tous ses fidèles, ses hassidim, ils diraient : il répare spirituellement, ce n’est pas ce que vous pensez », « Même s’il commettait l’adultère, sur Yom Kippour, dans la synagogue, en plein jour, devant tous ses saints et saints Hassidim, ils diraient : il répare spirituellement, ce n’est pas ce que vous pensez », dit Isaac Winehouse, président du comité international des amis des Kav Breslev, la hotline qui fait connaître les crimes de Berland.

Tant Winehouse, un homme d’affaires israélien dans l’immobilier qui soutient les activistes, que Cheshin sont convaincu que les familles encore présentes dans la communauté ne peuvent être sauvées.

Le but de leur activisme, ont-ils dit, est maintenant d’empêcher que de nouveaux membres se joignent à eux et que d’autres femmes soient agressées.

Le contrôle de Berland est total.

Lorsqu’elle a commencé à recevoir des témoignages sur Shuvu Bonim, Rachel Lichtenstein, directrice du Centre israélien pour les victimes de sectes, était initialement hésitante. La plupart des plaintes émanaient d’Israéliens laïcs dont les enfants avaient rompu les liens familiaux pour se joindre à la communauté, et Lichtenstein se demandait si certains d’entre eux n’étaient pas simplement aux prises avec la décision de leurs enfants de modifier leur mode de vie pour devenir religieux. Au fur et à mesure que les témoignages s’accumulaient, son point de vue a changé.

« Peu à peu, nous avons commencé à recevoir des témoignages dans lesquels nous avons vu que le contrôle de Berland était total », dit Lichtenstein, qui est elle-même ultra-orthodoxe.

Rachel Lichtenstein, directrice du Centre israélien pour les victimes de sectes (Autorisation)

Ces récits, a-t-elle dit, comprenaient des allégations d’exploitation financière extrême (y compris une famille exhortée à vendre sa maison et à donner l’argent à Berland), de négligence parentale des enfants afin d’accompagner Berland lors de ses escapades de nuit, de liens familiaux rompus, notamment par des membres qui étaient auparavant orthodoxes ou ultra-orthodoxes, un système communautaire de punition et de surveillance, et l’insistance des disciples pour se conformer à une vérité absolue et unique.

Lichtenstein n’a pas précisé ce qu’était cette unique vérité, mais elle a cité le cas d’une enseignante du système scolaire Shuvu Bonim qui a perdu son emploi après avoir résisté aux instructions de prier Berland, plutôt que Dieu.

Ces éléments ont incité l’organisation à désigner sans équivoque Shuvu Bonim comme une secte. Des preuves d’agression sexuelle de la part de femmes qui ont contacté Lichtenstein après que Berland a fui le pays ont renforcé la classification une fois pour toutes, a-t-elle ajouté.

Six femmes de Shuvu Bonim ont contacté Lichtenstein avec des témoignages personnels d’agression sexuelle grave, a-t-elle dit. L’organisation a entendu parler de deux autres cas par des membres de la famille, bien que les femmes elles-mêmes n’ont pas comparu. Les victimes ont également témoigné au sujet de deux autres femmes qui ont été abusées sexuellement, bien qu’elles demeurent loyales envers Berland, a-t-elle déploré.

Le processus d’enrôlement dans les sectes est « très progressif », explique Lichtenstein, comprenant des périodes de confiance, d’isolement et enfin d’intimidation, aggravées par un sentiment de recherche de la vérité et de menaces voilées à l’égard des personnes extérieures.

À l’extérieur de la synagogue de Berland, un jour où je suis venue, une femme d’âge moyen portant un foulard gris et un châle cachemire rose a feuilleté des prières personnalisées imprimées sur des cartes plastifiées. Une carte rose pour subvenir à ses besoins. Une carte orange pour l’humilité. Elle a pris une carte jaune et a murmuré : « Laissez-moi être jugée digne d’étudier dans la communauté Shuvu Bonim tous les jours de ma vie. »

Le projet Nigéria

Lorsqu’il a commencé à enregistrer clandestinement des conversations avec Berland en 2010, Cheshin était loin de penser à le confondre. Berland était plutôt un « puzzle », que le disciple loyal avait l’intention de déchiffrer, et lorsque l’occasion s’est présentée de le surveiller presque 24 heures sur 24, cela « fut la réalisation d’un rêve ».

Enregistrer Berland « semblait quelque chose de très élevé. Je voulais sauvegarder ces informations, les étudier [plus tard], me comporter correctement, ne pas faire d’erreurs, leur faire plaisir », dit Cheshin à propos de sa décision de commencer à enregistrer. Cette démarche était également pratique : il devait arbitrer entre les couples en conflit et devait réfléchir aux conversations afin de parvenir à un compromis.

« J’ai compris que je me trouvais au cœur de quelque chose qui pourrait aussi avoir une valeur historique », a-t-il ajouté.

L’épouse (à droite) et le fils d’Eliezer Berland vus au tribunal de première instance de Jérusalem, où Berland a été jugé pour agression sexuelle le 17 novembre 2016. (Yonatan Sindel/ Flash90)

Sa fascination pour Berland a commencé à un jeune âge, malgré la forte opposition de sa famille au dirigeant dévoyé Breslev. Dans les années 1990, le mécontentement s’est manifesté au sein de la communauté à l’égard de Berland au sujet de son monopole sur les pèlerinages à Ouman, pour lesquels il demandait des sommes exorbitantes; au sujet de ce qui était perçu comme une autorisation de divorce facile à obtenir et de l’émergence de ce que Cheshin a décrit comme la « première organisation criminelle religieuse » de la part de certains de ses disciples.

La critique n’a jamais provoqué une véritable ostracisation, parce que Berland faisait quelque chose que les autres rabbins de communauté (Breslev, contrairement aux autres communautés hassidiques, n’a pas de rebbe), ne pouvait réussir : faire entrer les juifs non-religieux dans le cercle des dynasties hassidiques.

Considérant les anciens comme des « ringards » et Berland comme inégalé dans sa ferveur – particulièrement intransigeant sur les questions de pureté, de pudeur et de chasteté – Cheshin s’est tourné vers Berland quand il était adolescent, mais souligne ne jamais avoir été un Hassid de Shuvu Bonim.

S’il est Moïse, qu’il ouvre la mer, qu’il nous conduise vers la terre promise

Ce n’est que des années plus tard qu’il a eu l’occasion de pénétrer dans le cercle restreint de Berland, lorsqu’il a été engagé comme médiateur. Ce rôle a duré une décennie, à partir de 2001, au cours de laquelle Berland a été maintenu dans un état presque hermétique à la maison, ne recevant que des visiteurs sélectionnés pour 1 000 dollars, et entouré constamment par un cordon d’agents de sécurité dirigé par son fils et son épouse Tehilla.

L’arrangement controversé a divisé la communauté.

« S’il est Moïse, qu’il ouvre la mer, qu’il nous conduise vers la terre promise », auraient déclaré les partisans de Berland à Tehilla Berland, d’après Cheshin. « Pourquoi tu le bâillonnes ? »

Tehilla Berland s’y opposait par des métaphores souvent tirées de concepts kabbalistiques : Il était « une lumière puissante », et son rôle était de s’assurer que les autres ne se brûlent pas, se souvient Cheshin. D’autres fois, a dit Cheshin, il la trouvait en train de faire les cent pas à la maison en murmurant « il est fou, cinglé », avant de revenir rapidement aux louanges de sa stature quasi-messianique.

Depuis sa captivité, Berland cherchait fréquemment le contact avec le monde extérieur, a dit Cheshin.

Je l’aimais, je le respectais, je pensais qu’il était une incroyable âme messianique. Mais je ne me suis pas soumis à lui

En 2011, la situation a atteint son paroxysme lorsque les petits-fils et le gendre de Berland, Tzucker, l’ont fait sortir de chez lui et l’ont pour ainsi dire enlevé, avec son consentement, à son épouse et à son fils.

C’est le cas de Cheshin, qui se trouvait dans la position unique d’être proche de Berland, de son fils et de sa femme, alors que la plus grande partie de la communauté était divisée sur la base des liens familiaux.

Au cours de la procédure d’arbitrage tumultueuse qui s’ensuivit pour les ramener sous le même toit, Tehilla Berland accepta de continuer à vivre avec son mari à une condition : que Cheshin le surveille à plein temps. (Les enregistrements de la procédure de médiation ont fait l’objet d’un récent procès intenté contre Cheshin par Tehilla Berland, qui a affirmé que ses enregistrements des conversations privées avaient été illégalement divulgués au public. Un tribunal a initialement statué en sa faveur par défaut, condamnant Cheshin à payer 3 millions de shekels (750 000 euros) d’indemnisation pour ne pas avoir fait droit à sa demande dans un délai fixé par le tribunal. Le tribunal a par la suite infirmé la décision dans l’attente de sa réponse.

Des hommes se rassemblent pour prier lors d’une manifestation de soutien à Eliezer Berland devant le tribunal à Lod, au centre d’Israël, le 26 juillet 2016. (Avi Dishi/Flash90)

Pendant un an et demi, se souvient Cheshin, personne n’était aussi proche de Berland que lui.

« Je l’aimais, je le respectais, je pensais qu’il était une incroyable âme messianique. Mais je ne me suis pas soumis à lui. »

La personnalité contradictoire du mystique le saisit : Berland était à la fois un « héros suicidaire » et un homme absolument intrépide, mais d’une faiblesse indescriptible lorsqu’il était en tête-à-tête, particulièrement face à sa femme, a-t-il dit. Socialement à l’écoute, il adaptait ses propos à ceux à qui il s’adressait, modérant son ton pour le Cheshin modéré, grondant de menaces de violence à l’égard de ses interlocuteurs plus agressifs. Aujourd’hui, Cheshin croit que la personnalité de Berland correspond de très près au diagnostic des psychopathes.

« C’est un mégalomane, dans le plein sens du terme », dit-il.

Durant la période de surveillance, M. Cheshin a constaté une situation où Berland avait poussé plusieurs femmes dans un ascenseur avant le retour de Tehilla Berland à la maison. Les rumeurs commencèrent à circuler selon lesquelles le rabbin embrassait ses disciples féminins sur le front, ce qui, selon Cheshin, avait fait sourciller, mais était assez mineur pour être expliqué à tous. Pourtant, Berland a organisé des rencontres individuelles avec des femmes, ce qui est très inhabituel pour un rabbin hassidique, auquelles Cheshin n’a pas assisté.

Le rabbin Tzvi Tzucker, de la brigade de la pudeur Tohar Hamahane (Capture d’écran YouTube)

Ce n’est toutefois qu’après avoir quitté le cercle immédiat de Berland que les allégations les plus graves sont apparues.

En 2012, Cheshin a été contacté par le gendre de Berland, Tzucker, qui lui a demandé de l’accompagner lors de l’interrogatoire d’une femme mariée dans la communauté, alors que la rumeur d’inconvenance sexuelle présumée se propageait.

Bien conscient que l’interrogatoire perçu comme hostile à Berland serait réfuté par la femme, Tzucker a inventé une couverture : Nous lui dirons que le rabbin nous a donné chacun une note manuscrite avec des morceaux d’un plan secret pour amener le Messie, et que son histoire complétera le puzzle, dit-il.

Cheshin a apporté ses appareils d’enregistrement. Mais cette fois-ci, ce n’était plus pour des raisons personnelles, mais plutôt pour démasquer « l’hypocrisie de Berland et présenter aux rabbins son vrai visage » : Un pervers et un adultère sous un châle de prière. »

Le témoignage de la femme les a conduits à une autre femme membre de la communauté et à un assistant de Berland qui les avait surpris nus et qui allait finalement servir de témoin clé. Cet assistant – qui a dû quitter la communauté et a été violemment agressé par les disciples de Berland – a découvert que sa femme était l’une de celles que Berland avait agressées.

Au cours de l’été 2012, le couple a affronté Berland, et il aurait avoué un viol et d’autres délits, a dit Cheshin, et a accepté d’être placé sous surveillance 24 heures sur 24.

Au moment d’écrire ces lignes, M. Cheshin dit qu’il a recueilli des témoignages au fil des ans sur un total de deux femmes qui auraient été violées par Berland et huit autres cas d’agression sexuelle grave présumée. (Dans sa condamnation en 2016, Berland a été reconnu coupable de deux chefs d’accusation d’attentat à la pudeur et d’agression, ainsi que de complot contre le témoin qui a déclaré avoir vu Berland et une femme qui l’accompagnait déshabillée).

Au cours de l’été 2012, le couple a affronté Berland, et il aurait avoué un viol et d’autres délits, a dit Cheshin, et a accepté d’être placé sous surveillance 24 heures sur 24. Avec l’appui d’un mécène qui s’est engagé à payer 30 000 dollars par an pour des services de sécurité privés, ils ont planifié son isolement. Il sera réinstallé dans une région reculée du Nigéria, séparé de tous les membres de sa famille sauf les plus proches jusqu’à sa mort. L’objectif : le laisser vivre le reste de ses jours sans faire de mal aux autres et lui épargner une exposition à la communauté et d’autres traumatismes.

« Notre plan était de le faire sortir clandestinement du pays, vers un endroit secret, pour qu’il y soit sous contrôle. On veillerait sur lui. Il serait totalement déconnecté de la communauté – il ne donnerait qu’un seul cours par satellite, une fois par semaine. Et même ce cours, nous allions le censurer », se souvient Cheshin.

Berland a donné son accord et le projet a démarré. Mais le matin du vol, avec un taxi qui attendait à l’extérieur, Berland s’est enfui – il est allé dans la salle de bain de sa maison, et a été évacué par deux disciples, auxquels il avait secrètement donné une clé.

Cheshin était entré dans le cercle restreint de Berland juste après le premier enlèvement apparemment auto-orchestré de Berland – de son existence hermétique à la maison. Maintenant que Berland avait échappé à une tentative très différente visant à l’éloigner, Cheshin en avait eu assez. Le plan nigérian ayant échoué, il a coupé les ponts avec Shuvu Bonim deux mois plus tard.

D’autres sont restées : Les deux femmes que Cheshin a pu faire témoigner au sujet des rapports sexuels forcés avec le vieux Berland sont toujours membres de la communauté à ce jour.

Les tentatives du Times of Israel pour les joindre pour cet article ont été infructueuses.

« Comment est-ce possible ? Cet homme a 70 ans ! »

« Nous sommes restés silencieux pendant trois ans », dit Cheshin.

« Ce qui nous a empêchés de rester silencieux, c’est un flot d’histoires que nous avons reçues [sur Berland] depuis Johannesburg », a-t-il dit, faisant référence aux allégations d’agressions sexuelles commises par Berland lorsqu’il était en fuite en Afrique du Sud.

De plus, les sympathisants de Berland ont lancé une campagne locale en Israël pour laver son nom, sans que personne ne dénonce leurs mensonges concernant une conspiration de l’État d’Israël pour faire tomber le leader disgracié de Shuvu Bonim, dit Cheshin.

L’association Tohar Hamahane de Tzucker a rédigé une lettre aux rabbins Haredi en 2016, leur demandant conseil. Et discrètement, Cheshin s’est alors lancé dans une tournée de lobbying de rabbins ultra-orthodoxes pour former une coalition anti-Berland.

Tous les rabbins étaient consternés par Berland, dit Cheshin. Et tous ont refusé de se joindre à une campagne publique contre lui.

« Ils ont dit, presque à l’unanimité, que cette affaire mettait des vies en danger et que toute personne qui ferait quelque chose à ce sujet risquait de se retrouver dans la tombe, et que nous n’avions aucune force, qu’il n’y avait rien à faire », a-t-il dit.

C’était une impasse pour Cheshin, qui n’était pas disposé à aller de l’avant sans sanction rabbinique.

Mais alors, les partisans de Shuvu Bonim ont lentement eu vent de l’activisme de Cheshin. Des menaces de mort ont suivi. Voici quelques messages de WhatsApp, que le Times of Israel a pu consulter au sujet de Cheshin : « Une étincelle d’Hitler ». « Nous devons mobiliser ceux qui l’ont frappé à Ouman ». « Brisez-le os par os », « Son corps doit être brûlé, les cendres jetées à la mer ». Il y était aussi envisagé d’empoisonner Cheshin au cyanure, ainsi que des commentaires sur le fait que les rabbins que Cheshin cherchait à recruter contre Berland finiraient par lui faire un éloge funèbre lors de ses funérailles.

Ces menaces ont été suivies par la distribution à grande échelle de tracts – pashkevilim – diffamant Cheshin.

Mais la campagne de diffamation de Shuvu Bonim a suscité une réaction « qu’ils n’imaginaient pas », a dit Cheshin.

Les rabbins Breslev, et de manière inhabituelle, la communauté orthodoxe Eda Haredit, ont publié une lettre en faveur de Cheshin. Bien que le texte soit loin de condamner explicitement Berland, se ranger du côté de Cheshin était un désaveu indiscutable du leader de Shuvu Bonim.

La guerre était déclarée.

En octobre 2017, un tribunal rabbinique spécial Breslev a prononcé un jugement religieux, vérifiant les récits de plusieurs femmes de Shuvu Bonim qui ont comparu devant le tribunal pour témoigner contre Berland, et exhortant tout un chacun à prendre ses distances à son égard et à celui de ses disciples. En février, 26 rabbins Breslev l’avaient dénoncé.

À l’automne 2016, la ligne d’assistance téléphonique Kav Breslov a été ouverte, avec des enregistrements de Berland recueillis par ceux qui ont quitté Shuvu Bonim, des témoignages personnels d’anciens membres de la communauté, et plus encore.

La hotline s’inspire d’autres sources d’information Haredi ciblant ceux qui n’utilisent pas Internet, la télévision ou la radio, ce qui leur permet d’obtenir des mises à jour par un simple appel téléphonique. La hotline reçoit des milliers d’appels par mois, dit Winehouse, et est gérée par une poignée de bénévoles, dont Cheshin.

En octobre 2017, le lobbying acharné a porté ses fruits lorsqu’un tribunal rabbinique spécial Breslev a prononcé un jugement religieux, vérifiant les récits de plusieurs femmes de Shuvu Bonim qui ont comparu devant le tribunal pour témoigner contre Berland, et exhortant tout un chacun à prendre ses distances à son égard et à celui de ses disciples.

« Nous avons été convaincus sans le moindre doute que les rumeurs sont vraies, et nous avons également reçu de nombreux témoins qui ont dit que bien qu’il ait dit plusieurs fois qu’il regrettait ses actes délictueux et avait fait teshouva [repentance] il a continué à les commettre sans vergogne, » ont écrit les juges rabbiniques Bezzalel Galinsky, Reuven Nakkar et Iitzhak Leznovski. La décision a également été signée par le rabbin Nachman Zeev Frank, qui était présent à toutes les séances.

En février 2018, le tribunal rabbinique a reçu un autre coup de pouce, avec une lettre de 26 rabbins Breslev de premier plan soutenant le jugement et exprimant ouvertement leur dénonciation de Berland. Depuis lors, de nombreuses conférences ont vu des rabbins Breslev de premier plan discréditer Berland et ses partisans.

Je ne voulais pas me mêler de cette affaire, je ne voulais pas. Mais ma fille est venue me voir avec d’autres, et ils m’ont dit : ‘Pourquoi ne dis-tu rien ? Pourquoi ?’

En février également, d’éminents rabbins Breslev ont accepté de se faire enregistrer par les militants pour une vidéo (en hébreu) dénonçant Berland qui serait diffusée aux médias, une initiative que Winehouse de Kav Breslov, a qualifiée « d’exception incroyable » quand on sait que la plupart sont farouchement opposés au cinéma, à la télévision et à Internet.

Dans la vidéo, Frank a décrit sa première rencontre avec les témoignages des femmes au domicile de Nakkar, lors d’une audience qui s’est déroulée du début de la soirée jusqu’à 3 heures du matin.

« On a entendu des histoires, je n’ai pas arrêté de pleurer. Je pleurais, encore et encore… j’ai cru mourir, cette nuit-là. Je me suis dit, comment est-ce possible, cet homme a 70 ans ! Nous avons entendu des témoignages dont il est même difficile de parler, des descriptions terribles » qui entraîneraient la peine de mort au sens biblique, a-t-il dit.

Le rabbin Nachman Zeev Frank (Capture d’écran YouTube)

Racontant ses propres tentatives pour faire participer d’autres rabbins ultra-orthodoxes, Frank ajouta : « Pourquoi ces rabbins ne sont-ils pas intervenus (contre Berland) ? Ils me l’ont dit explicitement : Nous n’avons aucune force pour ces guerres. Nous avons peur. Je ne veux pas nommer les rabbins, ashkénazes et séfarades, qui m’ont dit que c’était le problème des Breslev. »

Le rabbin Natan David Shapira, un autre rabbin Breslev de renom qui apparaît dans la vidéo, a déclaré que sa fille avait été en contact avec les victimes de Berland : « Certaines pleuraient, d’autres étaient heureuses d’être avec lui ».

« Je ne voulais pas me mêler de cette affaire, je ne voulais pas. Mais ma fille est venue me voir avec d’autres, et ils m’ont dit : ‘Pourquoi ne dis-tu rien ? Pourquoi ?' » dit Shapira dans la vidéo, les poings serrés.

Des sympathisants d’Eliezer Berland affrontent des militants lors d’une manifestation devant une conférence accueillant Berland, accusé d’agression sexuelle, à Bat Yam, en Israël, le 30 janvier 2017. (Tomer Neuberg/Flash90)

« On pouvait voir qu’il n’était pas normal, mais pas à ce point. Qui aurait pu imaginer de telles choses ? Qui ? a-t-il poursuivi.

Shapira a également condamné avec force ce qu’il a qualifié de réaction insuffisante dans le monde ultra-orthodoxe au sens large.

« C’est une goutte d’eau dans la mer de ce qui aurait dû être fait. Le monde entier, toute la communauté Haredi, aurait dû intervenir dans cette affaire », a-t-il dit.

Pourquoi les Haredim ne le condamnent-ils pas ?

Mais le monde Haredi reste réticent à dénoncer ouvertement Berland.

En avril 2017, après la libération de Berland, le vice-ministre et député de YaHadout HaTorah, Yaakov Litzman lui a rendu visite à l’hôpital, et son collègue Menachem Eliezer Mozes a fait une tournée des institutions Shuvu Bonim et promis un financement accru à la communauté.

Malgré son casier judiciaire, Berland a également été invité à allumer une torche à l’occasion de la fête annuelle de Lag BaOmer à Meron au printemps dernier, sous forte protection policière.

En avril 2018, sa voiture a été autorisée à stationner sur la place principale du mur Occidental, une distinction réservée à un petit nombre de chefs religieux privilégiés. Le ministère de l’Éducation continue de financer les écoles gérées par Shuvu Bonim. Les condamnations publiques de Berland de la part des rabbins Haredi sont rares.

Les efforts des militants anti-Berland menés par Winehouse se poursuivent, notamment en soutenant une action civile intentée par trois femmes victimes contre Berland, son épouse et Shuvu Bonim ; en cherchant à ouvrir un nouvel espace de prière à Ouman pour Rosh HaShana de peur que Berland ou ses partisans n’apparaissent ; en faisant pression sur les législateurs ; et en faisant des démarches pour faire retirer les contenus et pages consacrés à Berland publiés sur les réseaux sociaux.

Pendant ce temps, les militants accusent la police israélienne de fermer les yeux sur une série d’attaques violentes perpétrées contre eux par des partisans de Berland, qui, malgré « des dizaines de plaintes à la police » et une puissante documentation vidéo, ne donnent lieu ni à des interpellations ni à des poursuites.

La police israélienne n’a pas répondu à plusieurs demandes de commentaires.

Bien que Winehouse s’enorgueillisse d’avoir réussi à discréditer Berland auprès du grand public israélien, la question est toujours considérée comme une question interne à Breslev, a-t-il dit.

Isaac Winehouse, président international de Kav Breslov (Autorisation)

Selon Winehouse, les journaux Haredi ont refusé toutes les tentatives des militants de placer des publicités anti-Berland dans leurs pages, bien qu’il attribue également à la presse locale le mérite de ne pas avoir couvert du tout Berland.

Dans l’ensemble, a-t-il averti, il y a une ignorance généralisée des crimes du délinquant sexuel condamné en raison d’un manque d’accès à cette information.

« Dans la communauté Haredi, il y a d’abord un manque de connaissances, et aussi un manque de coopération, dit-il, nous essayons de trouver comment leur faire parvenir cette information ; ils n’ont pas Internet, ils ne possèdent pas de radio ».

Lichtenstein, du Centre israélien pour les victimes de sectes, a déclaré avoir reçu en privé le soutien de rabbins ultra-orthodoxes, qui l’ont encouragée à poursuivre ses efforts contre Shuvu Bonim. Mais lorsqu’elle a demandé une condamnation publique, ils ont été fuyants, a-t-elle dit.

« Le fait qu’ils sachent ce qui se passe et qu’ils ne s’y opposent pas est, à mes yeux, une honte », a-t-elle dit.

Plus de « rabbin » Berland ?

Les efforts de Cheshin visant à élargir l’excommunication de Berland se poursuivent.

Dans le monde haredi, Berland est « douteux, à la limite du désaveu », dit-il. Mais les rabbins ultra-orthodoxes voient le phénomène Berland comme « quelque chose en dehors de leur monde ». Et ils estiment que leur reconnaissance du problème [Berland] fera entrer le problème chez eux, et pensent que les dégâts seront plus importants que les bénéfices. »

La plupart du temps, cependant, ils craignent que ses disciples n’infligent des représailles à leurs étudiants, dit Cheshin, et « quand vous leur parlez un peu plus, ils vous expliquent ceci. Ils vous diront où il est écrit dans la loi juive qu’un homme n’a pas besoin de mettre sa vie en danger » pour combattre les méchants.

La menace que le messianisme de Berland fait peser sur le grand public ultra-orthodoxe est également perçue comme négligeable par les rabbins haredi, a-t-il dit.

« Aujourd’hui, un faux messie ne rendra pas si vite fou le judaïsme Haredi comme Sabbatai Tzvi l’a fait », confie-t-il. « Les gens d’aujourd’hui sont beaucoup plus lassés et ne croient pas vraiment aux rumeurs messianiques comme c’était le cas à l’époque. Et précisément parce que la communauté est plus réaliste, plus critique et moins innocente qu’elle ne l’était, il est plus difficile de la tromper ».

Des photos de rabbins sont affichées sur un poteau de rue dans la ville de Ouman le 2 octobre 2011. Berland se trouve au milieu à gauche. (Yaakov Naumi/Flash90)

Néanmoins, Cheshin considère l’arrêt du soutien ouvert de Berland parmi les ultra-orthodoxes, sans pour autant le condamner explicitement, comme une victoire. Bien qu’il cherche à obtenir plus encore, le fait est que Berland a perdu sa crédibilité en tant que leader religieux, a-t-il dit.

« Ce n’est pas encore Yimach Shemo [que son nom soit effacé], mais ce n’est plus ‘Rabbi’ Berland. »

Et six ans après avoir quitté Shuvu Bonim, il a constaté un changement dans sa façon de voir les choses.

« Nous avons certainement compris, après beaucoup de recherches, que la profanation du nom de Dieu est exactement tout le contraire [de l’idée que cela arrive quand les aspects négatifs de la communauté Haredi sont relatés]. La profanation du nom de Dieu a lieu quand on apprend que les Haredim couvrent les criminels sexuels », dit-il. « Quand vous voyez qu’au sein de la communauté Haredi il y a un système de surveillance interne, que les Haredim eux-mêmes dénoncent leurs criminels, cela crée la confiance. »

Composez le 13 pour entendre Berland « meugler ».

Composez le numéro de la ligne d’urgence de Kav Breslov et les voix enregistrées des anciens élèves de Berland vous conduiront dans le dédale des archives de son délire.

« Pour les enregistrements du fils de Berland, faites le 1 ; pour les enregistrements sur l’hérésie contre Dieu, faites le 2 ; pour les enregistrements [de Berland] contre la Torah, faites le 3 ; pour les enregistrements sur l’aliénation et la folie, faites le 4 ; pour les enregistrements sur la colère et sur le meurtre, faites le 5 ; pour les enregistrements sur le ‘tzaddik est Hachem‘, faites le 6 ; pour les enregistrements dénigrant les tzaddikim des générations précédentes, faites le 7 ; pour Berland viole la Torah, faites le 8 ; pour les enregistrements de désespoir et dépression, faites le 9 ; pour les enregistrements de corruption et cruauté, faites le 10 ; pour les enregistrements de Berland parlant du combat contre lui, faites le 11 ; pour les enregistrements de Berland chantant des chants profanes, faites le 12 ; pour les enregistrements de Berland criant bizarrement, faites le 13 ; pour Berland mettant la vie en danger, faites le 14 ; pour le manque de respect envers les gens, faites le 15 ; pour les temps où le Messie viendra, faites le 16 ; pour les enregistrements des fausses promesses, faites le 17. »

Parmi les étranges enregistrements de Berland, on peut l’entendre dire que Rabbi Nachman de Breslev a « créé le monde », qu’il se vante de manger de la « délicieuse » viande de fœtus humain en Chine, que Moïse et Aharon de la Bible avaient rasé les têtes des Lévites, comme les « Nazis » et l’entendre faire des cris bizarres d’animaux, comme de meugler.

Jusqu’à l’automne 2016, les radiodiffuseurs en ligne ont utilisé la technologie pour déguiser la voix, craignant pour leur sécurité. Mais les partisans de Berland ont quand même découvert qui ils étaient, et tous les militants sont revenus d’Ouman après le pèlerinage annuel du Nouvel An juif de Rosh HaShana avec les yeux au beurre noir, dit Cheshin.

A titre d’illustration : Un homme ultra-orthodoxe est assis près d’un étang à Ouman tout en priant avant la fête juive du Nouvel An, Rosh HaShana. Le 27 septembre 2011 (Yaakov Naumi/Flash90).

Dans les jours qui ont suivi, dans la période traditionnelle de repentance avant Yom Kippour, les activistes se sont réunis pour faire le point sur la marche à suivre.

Ils se sont « repentis » dans leurs diffusions.

« Après avoir été tabassé à Ouman, en Ukraine, pour avoir dénoncé Berland, j’ai compris que je devais faire un bilan et faire teshuvah [repentance] », dit Cheshin dans le message enregistré et diffusé par les autres. « Alors je me repends d’avoir lutté avec ma voix déformée. Et à partir de maintenant, je diffuse ma propre voix. »

« Je n’ai peur d’aucun d’entre vous », a déclaré l’un des radiodiffuseurs, Yehoshua Gross, dans son enregistrement. Ni « d’aucune menace, ni d’aucune terreur ».

« Je n’ai peur que d’une seule chose : de Dieu, et du fait que votre odieux rabbin est susceptible de détruire, à la racine, l’intégrité de sa Torah. »

Ils ont donné leur nom. Ils ont donné leur adresse. Et ils ont mis au défi les partisans de Berland de venir les tuer.

« Ce sont les lois de la jungle », dit Cheshin. « Si vous montrez que vous avez peur, ils vous attaqueront. Si vous faites preuve de courage, ils vous craindront. »

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