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Analyse

Blinken semble envisager l’option militaire contre l’Iran

Les propos du secrétaire d'État ont transmis un message en Israël : Oui, une offensive pourrait avoir lieu pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken accompagné du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, et du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyanin, à droite, lors d'une conférence de presse conjointe au Département d'État à Washington, mercredi 13 octobre 2021. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken accompagné du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, et du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyanin, à droite, lors d'une conférence de presse conjointe au Département d'État à Washington, mercredi 13 octobre 2021. (AP Photo/Andrew Harnik, Pool)

WASHINGTON (JTA) — Yair Lapid a eu ce qu’il voulait lors de sa visite à Washington : « Le mot « toutes » en lieu et place de « autres« .

Pendant la première rencontre entre le Premier ministre israélien Naftali Bennett et le président des États-Unis Joe Biden, au mois d’août, Bennett avait été heureux de ce qu’il avait entendu : le président américain, malgré son désir de réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien, avait fait savoir que si l’Iran ne s’engageait pas dans la voie diplomatique de bonne foi avec les nations impliquées dans le pacte, les États-Unis envisageraient « d’autres » options pour amener l’Iran à revoir à la baisse ses ambitions nucléaires.

Un signe de rapprochement entre les hauts-responsables de l’État juif et les démocrates américains – dont les points de vue respectifs sont souvent éloignés les uns des autres concernant la manière de contenir au mieux l’Iran.

Lapid, lors de son voyage officiel en tant que ministre des Affaires étrangères à Washington, est allé encore plus loin.

Il a écouté avec attention, mercredi, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken dire que « toutes » les options seraient sur la table si l’Iran ne devait pas s’engager de bonne foi dans les négociations visant à réintégrer les États-Unis dans l’accord sur le nucléaire.

Un moment de diplomatie furtif, mais qui a été néanmoins porteur d’un poids important. Selon des initiés impliqués dans ce dossier, les « autres options » pourraient bien être des sanctions renforcées ou d’autres moyens de pression non-militaires. Mais « toutes les options » signifie que l’action militaire pourrait être aussi envisagée.

« Nous examinerons toutes les autres options pour relever le défi posé par l’Iran », a dit Blinken lors d’une conférence de presse qui avait été organisée pour annoncer des initiatives qui permettront de développer encore les Accords d’Abraham, les accords de normalisation conclus entre Israël et quatre États arabes. « Nous continuons à croire que la diplomatie est le moyen le plus efficace de parvenir à relever ce défi mais la diplomatie nécessite la présence de deux interlocuteurs et ce n’est pas le cas aujourd’hui – nous n’avons pas vu de la part de l’Iran une volonté de s’engager auprès de nous jusqu’à présent ».

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, accompagné par le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid, à gauche, et le ministre des Affaires étrangères des EAU, Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nahyanin, à droite, lors d’une conférence de presse au département d’État de Washington, le 13 octobre 2021. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Blinken a fait cette déclaration au 8è étage du département d’État, entouré par Lapid et par le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdullah bin Zayed Al Nahyan. Les chefs de la diplomatie étaient ensemble pour annoncer de nouvelles initiatives prises dans le cadre des Accords d’Abraham mais la symbolique de la rhétorique plus forte employée par Blinken, entouré par deux hauts-responsables de nations moyen-orientales qui ressentent de manière particulièrement aigüe la menace posée par le république islamique, a été évidente.

Un officiel israélien a confié aux journalistes, après les rencontres, que les délégations israélienne et américaine avaient beaucoup, beaucoup parlé de l’Iran à huis-clos. « S’il n’y a pas encore d’accord sur le sujet, il y a eu des discussions sur des options qui n’avaient pas été envisagées jusqu’à présent », a dit ce responsable qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat en raison du caractère sensible de cette information.

Aux côtés de Bennett, Lapid a pris la tête des initiatives qui ont pu être lancées au sein de l’État juif pour réparer les liens du pays avec le parti démocrate américain – des liens qui avaient été mis à mal au cours des douze années de mandat du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Netanyahu ne cachait pas son hostilité à l’égard des démocrates – une formation qui est toutefois le foyer politique d’une bonne majorité des Juifs américains.

Netanyahu a accusé Bennett et Lapid d’avoir fait preuve de faiblesse en ne s’opposant pas de manière plus vive aux efforts livrés par l’administration Biden pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire conclu en 2015, dont l’ex-président américain Donald Trump s’était retiré en 2018, fortement encouragé par Netanyahu.

La stratégie de Bennett et de Lapid a semblé néanmoins payer au cours de la visite officielle de quarante-huit heures du ministre des Affaires étrangères israélien dans la capitale américaine. L’administration Biden, frustrée par le gouvernement iranien issu de la ligne dure du régime qui a été élu cet été, se rapproche du positionnement d’Israël, un rapprochement qui a eu lieu sans tension aucune.

Les termes employés par Blinken à l’égard de la république islamique ont été les plus durs à avoir été utilisés jusqu’à présent et depuis que le président Joe Biden a tenu sa promesse de tenter de réintégrer le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), avec un allègement des sanctions mises en place par les États-Unis en échange d’une réduction du programme nucléaire de Téhéran. Biden considère que c’est encore la meilleure option d’empêcher Téhéran d’acquérir une arme atomique.

Le président américain Joe Biden avec le président sud-coréen Moon Jae-in dans la salle à manger de la Maison Blanche, avec Anthony Blinken à sa gauche, à Washington, le 21 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Alex Brandon)

« Même si nous avons établi de manière excessivement claire au cours des neuf derniers mois que nous étions prêts à nous conformer pleinement à nouveau au JCPOA si l’Iran faisait de même, ce à quoi nous assistons – ou, pour être plus précis, ce que nous ne voyons pas aujourd’hui de la part de Téhéran – suggère qu’ils ne sont pas prêts de leur côté à faire de même », a noté Blinken. « Je ne vais pas donner une date spécifique pour ça mais avec chaque jour qui passe, avec le refus de l’Iran de s’engager de bonne foi », a-t-il averti, « le compte à rebours touche à sa fin ».

Lapid a encore gagné d’autres dividendes de sa visite. L’administration Biden s’est montrée pleinement engagée à l’égard des Accords d’Abraham, l’une des seules initiatives de Trump ayant trouvé grâce aux yeux de l’administration actuelle.

Blinken, lors de la conférence de presse, a annoncé que deux groupes de travail comprenant des responsables israéliens, américains et émiratis, allaient être établis, l’un chargé de la question de l’intolérance religieuse et l’autre de la coopération dans les secteurs de l’eau et de l’énergie.

Lapid a aussi rencontré des responsables de la Banque mondiale pour discuter des plans visant à trouver des investisseurs pour des projets d’infrastructure dans la bande de Gaza – un moyen d’améliorer le niveau de vie au sein de l’enclave côtière, dévorée par la pauvreté, tout en limitant l’influence du Hamas, le groupe terroriste qui contrôle la bande et qui a connu plusieurs conflits avec Israël. Les Émirats arabes unis joueraient probablement un rôle dans ces investissements.

Lapid, qui doit devenir Premier ministre israélien en 2023 dans le cadre d’un accord de partage du pouvoir, s’est entretenu mardi avec la vice-présidente des États-Unis Kamala Harris et avec Nancy Pelosi, présidente démocrate de la chambre des représentants. Au cours d’une apparition brève devant les journalistes, Pelosi a souligné le soutien bipartisan à Israël, rejetant les appels lancés par les progressistes, au sein de sa propre formation, en faveur d’une coupure des financements apportés à l’État juif.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, à droite, rencontre le secrétaire d’État américain Antony Blinken, le 13 octobre 2021. (Crédit :Shlomi Amsalem GPO)

Du côté américain, Blinken a indiqué que l’administration Biden restait très attachée à la reprise du processus de paix israélo-palestinien. Biden, a-t-il déclaré lors de la conférence de presse, a établi « clairement qu’une solution à deux États est le meilleur moyen de garantir l’avenir d’Israël en tant qu’État juif et démocratique, vivant dans la paix aux côtés d’un État palestinien viable, souverain et démocratique ». Bennett a dit qu’un État palestinien ne serait pas créé sous son mandat et Lapid s’est montré, pour sa part, moins clair sur cette question.

Blinken n’a pas hésité à évoquer les points de friction, comme, par exemple, le projet américain de rouvrir un consulat en direction des Palestiniens à Jérusalem-Est qui viendra remplacer celui qui avait été fermé par Trump.

« Nous allons poursuivre le processus d’ouverture du consulat dans le cadre de l’approfondissement des liens avec les Palestiniens », a affirmé Blinken, même si le gouvernement israélien est opposé à l’initiative.

Les communiqués émis par le département d’État ont aussi noté que le sujet de la Chine avait été discuté avec Lapid. L’administration Biden, comme l’administration Trump avant elle, s’oppose à l’envergure des liens commerciaux qui ont été tissés entre Israël et l’adversaire le plus redoutable des États-Unis à l’international.

Lapid devait rencontrer les leaders des organisations juives américaines avant de repartir vers Israël. Il devait utiliser cette rencontre pour faire part de sa volonté de réparer des relations négligées par Netanyahu avec les Juifs américains – Netanyahu, de son côté, avait préféré s’appuyer sur les évangélistes américains, trouvant en eux une base pro-israélienne naturelle.

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