Rechercher
Édito

Ce n’est pas les années 1930 – du moins pas encore

De Londres à Sydney, réseaux sociaux, désinformation et endoctrinement religieux alimentent une haine d’Israël qui nourrit un antisémitisme croissant et qui est souvent exploité par les politiques

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des personnes participent à un rassemblement organisé à la suite de l’agression au couteau de deux hommes juifs la veille dans le quartier de Golders Green, au nord-ouest de Londres par la Campagne contre l’antisémitisme, en face de Downing Street, dans le centre de Londres, le 30 avril 2026. (Crédit : CARLOS JASSO/AFP)
Des personnes participent à un rassemblement organisé à la suite de l’agression au couteau de deux hommes juifs la veille dans le quartier de Golders Green, au nord-ouest de Londres par la Campagne contre l’antisémitisme, en face de Downing Street, dans le centre de Londres, le 30 avril 2026. (Crédit : CARLOS JASSO/AFP)

Des Juifs poignardés dans la rue, des ambulances incendiées, un mémorial dédié aux Israéliens et aux Iraniens assassinés profané… et un parti politique, dirigé par un Juif, qui connaît une ascension spectaculaire grâce à son hostilité assumée envers Israël et à un antisémitisme de plus en plus décomplexé.

L’attaque au couteau de la semaine dernière à Golders Green s’est produite à quelques rues de l’endroit où plusieurs membres de ma famille ont vécu pendant des dizaines d’années après avoir fui l’Allemagne nazie en 1937. L’incendie de quatre ambulances communautaires a eu lieu dans le même secteur. Tout comme l’incendie criminel du mur commémoratif.

L’antisémitisme a toujours été latent dans le Londres où j’ai grandi. Il se manifestait par des insultes, des bagarres avec les élèves des écoles voisines, une hostilité diffuse, mais familière. Rien cependant qui ne dépasse le stade d’incidents isolés.

Le nord-ouest de Londres, avec Golders Green en son centre, restait un quartier ordinaire et relativement paisible. Ce n’était pas un refuge spécialement conçu pour une importante population juive. C’était simplement un endroit où vivaient des habitants parmi lesquels se trouvaient beaucoup de Juifs, sans peur particulière et, surtout, sans imaginer qu’ils pourraient un jour avoir des raisons de craindre pour leur sécurité.

Ce temps-là est révolu. À Londres comme dans une grande partie de la diaspora.

Et plus encore depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023 – un massacre qui a été suivi d’une campagne mondiale, méthodiquement orchestrée, visant à diaboliser l’État juif et à lui nier le droit de se défendre contre des ennemis qui affichent ouvertement leur volonté de le détruire.

Cette campagne a fédéré des antisémites de tous horizons. Et les violences commises par certains de ses partisans contre des Juifs, non seulement en Israël, mais partout dans le monde, montrent bien qu’il ne s’agit plus « seulement » de haine d’Israël. Il s’agit de plus en plus de haine des Juifs.

Dans de nombreux pays du monde libre, les gouvernements adoptent des positions de plus en plus hostiles envers Israël et soutiennent des politiques qui risquent de rendre l’État hébreu plus vulnérable face à ses ennemis déclarés, menés par la République islamique d’Iran.

Leurs politiques intérieures, quant à elles, échouent souvent à contenir la montée d’un antisémitisme violent. Il suffit de regarder la Grande-Bretagne, incapable de prendre la mesure du danger même après l’attaque meurtrière perpétrée contre une synagogue de Manchester le jour de Yom Kippour. Ou encore l’Australie, dont le gouvernement avait obstinément refusé d’endiguer la vague d’attaques contre des cibles juives qui s’est soldée par le massacre de Bondi Beach.

Même dans des pays qui se présentent comme des modèles de tolérance et d’ouverture, des responsables politiques ouvertement ou implicitement antisémites gagnent du terrain. Il suffit d’observer la progression des Verts britanniques sous la direction du cynique et self-hating Zack Polanski, celui-là même qui a accusé la police métropolitaine d’avoir fait preuve « d’une violence excessive » alors que celle-ci arrêtait l’agresseur au couteau de Golders Green. Ou encore l’ascension à New York de Zohran Mamdani, qui refuse catégoriquement de reconnaître le droit du peuple juif à un État sur sa terre ancestrale.

Mais, nous ne sommes pas (encore) dans les années 1930. Car, si le gouvernement britannique a certes failli à sa mission de protéger la communauté juive, il ne s’est pas pour autant retourné contre les Juifs. Et la police métropolitaine de Londres semble, même tardivement, montrer une volonté de rétablir un minimum de sécurité pour les Juifs.

Des manifestants anti-sionistes brandissant un drapeau du Hezbollah, à New York, le 5 mai 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Manifestement aveuglés par leur hostilité envers l’État juif, douze jurés – qui n’étaient pas tous de bons et loyaux Britanniques – n’avaient pas réussi, en février, à condamner un activiste anti-Israël filmé en train de frapper une policière avec une masse lors d’un raid contre l’entreprise de défense israélienne Elbit.

Cette semaine, cependant, à l’issue d’un nouveau procès, l’agresseur a finalement été reconnu coupable de coups et blessures graves. Une preuve, au moins, que l’État de droit continue de fonctionner au Royaume-Uni.

Le problème est toutefois plus vaste. Une partie croissante de l’opinion mondiale, soit parce qu’elle adhère activement à la stratégie de délégitimation d’Israël mise en place après le 7-Octobre, soit parce qu’elle s’est laissée convaincre par celle-ci, se retourne désormais non seulement contre Israël, mais aussi contre les Juifs.

Et là où l’incitation sur les réseaux sociaux, la désinformation, l’endoctrinement religieux et les défaillances éducatives conduisent l’opinion publique, les responsables politiques suivent rapidement, tentant d’en tirer profit.

Des voix discordantes

La semaine dernière, à Sydney, l’Australian Hellenic Choir s’est retiré d’un concert de bienfaisance organisé avec la Sydney Jewish Choral Society, prévu le 28 juin au profit des victimes du massacre de Bondi Beach.

« Il existe une certaine forme d’antisémitisme au sein de la communauté grecque ; je n’en avais pas mesuré l’ampleur », a déploré le président de la chorale, James Tsolakis. « Les Juifs étaient tous favorables au projet, moi aussi, mais la chorale grecque hésitait à participer en raison du climat politique. »

Des artistes aspirant à l’harmonie refusant de chanter avec des Juifs, même dans le cadre d’un concert de soutien aux victimes d’un massacre commis dans leur propre ville ? En sommes-nous réellement arrivés là ?

Pas du tout, a rétorqué la chorale en chœur au milieu du tollé, affirmant « qu’un individu », manifestement Tsolakis, s’était exprimé « sans autorisation ».

Capture d’écran tirée d’une vidéo de l’Australian Hellenic Choir lors d’un concert à Sydney, en 2025. (Crédit : YouTube)

« Une récente couverture médiatique a laissé entendre, à tort, que les membres de l’Australian Hellenic Choir étaient antisémites. C’est faux ! La chorale défend l’inclusivité, le respect et les échanges culturels. L’antisémitisme, comme toute autre forme de discrimination, n’a pas sa place dans notre organisation », a affirmé son comité de direction dans un communiqué publié sur son site internet. « L’antisémitisme n’a absolument rien à voir avec cette décision ! »

Selon la chorale, le problème était bien plus banal : de simples contraintes logistiques. Le communiqué explique que l’ensemble répétait déjà pour un autre concert et que des « contraintes de calendrier » avaient finalement conduit à l’annulation.

Curieusement, cependant, le site internet de la chorale ne mentionne qu’un seul événement prévu à cette période : un « dîner-concert » organisé le 31 mai, soit près de quatre semaines avant le concert caritatif de Bondi.

Mercredi, Tsolakis a démissionné de son poste de président de la chorale.

Smotrich aveuglé

En Israël, Bezalel Smotrich, théocrate et suprémaciste juif, qui est également ministre des Finances, a déclaré mardi que la décision de l’ancien Premier ministre Naftali Bennett d’intégrer le parti islamiste Raam à sa coalition en 2021-2022 avait été « bien pire » que l’échec du gouvernement actuel à empêcher le pogrom du groupe palestinien du Hamas du 7 octobre 2023.

Ce massacre, le plus meurtrier contre des civils de l’histoire d’Israël, avait vu des terroristes assassiner plus de 1 200 personnes et en enlever 251 prises pour les emmener en otages dans la bande de Gaza, déclenchant une guerre sur plusieurs fronts qui avaot coûté la vie à près de 1 000 Israéliens supplémentaires.

Le président de HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich (à gauche), et le président de Raam, Mansour Abbas (à droite). (Crédits : Sraya Diamant/David Cohen/Flash90)

Interrogé à la radio par un journaliste sur ce qui était « le plus grave », la formation du précédent gouvernement Bennett-Yaïr Lapid avec Raam ou les échecs du gouvernement qui avaient permis le massacre meurtrier du 7-Octobre, Smotrich a répondu sans hésiter que « bien sûr, [c’est] la formation du gouvernement avec Mansour Abbas. »

L’intégralité de cet échange consternant peut être consultée ici.

Il montre un responsable politique siégeant au cœur même du gouvernement israélien, déterminé à éluder sa propre responsabilité, ainsi que celle de son gouvernement, dans la catastrophe du 7-Octobre. Benjamin Netanyahu suit la même logique. Smotrich a par ailleurs confirmé que le Premier ministre avait lui aussi tenté de courtiser Raam, avant de chercher aujourd’hui à diaboliser ses adversaires politiques à l’approche des élections prévues cette année.

Plus profondément encore, il révèle un homme politique tellement aveuglé par sa haine des Arabes qu’il semble incapable d’intégrer la responsabilité première qui incombe à tout gouvernement : protéger ses citoyens contre ceux qui cherchent à les assassiner.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.