Ces Juifs qui ont sauvé les joueuses de l’équipe afghane de football
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Ces Juifs qui ont sauvé les joueuses de l’équipe afghane de football

Un activiste haredi de Brooklyn et un homme d'affaires israélo-américain ont sauvé des femmes - sportives, magistrates - du joug Taliban après le refus du dernier Juif de partir

Des familles évacuées de Kaboul, en Afghanistan, traversent le terminal avant de rejoindre un bus à leur arrivée à l'aéroport international Washington Dulles de Chantilly, en Virginie, le 23 août 2021. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)
Des familles évacuées de Kaboul, en Afghanistan, traversent le terminal avant de rejoindre un bus à leur arrivée à l'aéroport international Washington Dulles de Chantilly, en Virginie, le 23 août 2021. (Crédit : AP Photo/Jose Luis Magana)

JTA — Zebulon Simantov, le dernier Juif d’Afghanistan, a refusé de quitter Kaboul malgré les efforts livrés par certaines personnalités et organisations juives pour le convaincre de partir.

Parmi ces personnalités, Moshe Margaretten, un ultra-orthodoxe américain dont la passion est de venir au secours des Juifs en péril.

Margaretten avait versé de l’argent à Moti Kahana, homme d’affaires israélo-américain qui avait aidé des personnes à quitter la Syrie, ravagée par la guerre, pour qu’il serve d’intermédiaire et qu’il sorte Simantov du calvaire afghan – mais Kahana avait annoncé à Margaretten ce que de nombreux autres savaient déjà : Simantov ne partirait pas en raison de son refus de longue date d’accorder le guet à son épouse israélienne – l’acte de  divorce religieux – craignant le système juridique israélien qui sanctionne un tel refus.

Mais Kahana avait eu une autre idée. L’équipe qu’il avait envoyée à Kaboul pour permettre de faire partir Simantov avait appris sur place que la vie de nombreuses femmes était en danger suite à la prise de contrôle totale du pays par les Talibans – avec, parmi elles, des membres de l’équipe nationale féminine de football, des magistrates ou des procureures.

Margaretten accepterait-il de payer pour leur faire quitter le territoire ?

« Absolument », avait alors répondu immédiatement Margaretten. « Donnez-moi seulement dix heures ».

L’Israélo-américain Moti Kahana, directeur-général d’Amaliah. (Crédit : Dov Lieber/The Times of Israel)

En une seule journée, Margaretten, qui vit à Williamsburg, à Brooklyn, avait recueilli 80 000 dollars auprès de sa communauté ultra-orthodoxe. Il avait transféré les fonds au cabinet de Kahana, GDC, et le mercredi suivant, Kahana coordonnait déjà la sortie d’Afghanistan, par voie aérienne et terrestre, d’au moins quatre joueuses de football, d’une magistrate, d’une procureure et de leurs familles – une coordination effectuée depuis son habitation, dans la campagne du New Jersey, en faveur de vingt-trois exfiltrations au total.

Margaretten, de son côté, avait précisé que l’argent rassemblé aiderait aussi les réfugiés après leur départ.

Deux jours après, Kahana avait fait savoir que son équipe avait encore réussi à faire quitter le territoire afghan à 23 personnes supplémentaires.

Khalida Popal, ancienne capitaine de l’équipe féminine de football d’Afghanistan – elle vit dorénavant au Danemark et chapeaute les initiatives visant à faire venir à l’étranger les joueuses qui se trouvent encore sous le joug des Talibans – a remercié l’ONG de Margaretten, la Tzedek Association, jeudi après-midi sur Twitter, alors que le monde était encore sous le choc d’un attentat-suicide à la bombe survenu à l’aéroport de Kaboul.

Khalida Popal, ancienne capitaine de l’équipe nationale féminine de football en Afghanistan, à Copenhague, le 8 mars 2019. (Crédit : AP/Jan M. Olsen, File)

« Merci @Tzedek_Assoc pour votre aide incroyable dans cette initiative vitale de secours, cette coordination jusqu’à l’aéroport et pour les autres liaisons et pour vos liens politiques, » a-t-elle écrit. « Ensemble, nous sauvons des vies ! » ) (Margaretten explique ultérieurement que certains fonds transitent via Tzedek et que d’autres vont directement au plan d’aide aux réfugiés).

Sur Twitter, Popal ne donne aucun détail. Nous n’avons pas, de notre côté, obtenu de réponse à notre demande d’entretien. Mais le sentiment de soulagement qui apparaît dans le post survient assurément après des journées de publications qui, sur le réseau social, exprimaient à la fois l’anxiété et l’incertitude. Selon le Washington Post, un autre avion rempli de joueuses de football afghanes, accompagnées de leurs proches et de responsables, a décollé mardi pour l’Australie. 75 personnes se trouvaient à bord de ce vol.

« C’est très exactement là que se trouvaient nos joueuses la nuit dernière », avait par ailleurs écrit Khalida Popal sur Twitter 90 minutes avant le post adressé à l’organisation – une légende qui accompagnait des images du carnage entraîné par l’attentat-suicide à l’aéroport de Kaboul. « Je suis inquiète, nerveuse, j’ai une boule à l’estomac. Je ne sais absolument pas si certaines de nos joueuses étaient là. Je suis inquiète ».

Photo d’illustration :Les joueuses de l’équipe féminine de football d’Afghanistan lors d’un match au stade de la Fédération arghane de Football de Kaboul, le 6 décembre 2013. (Crédit : AP Photo/Rahmat Gul)

Margaretten, de son côté, est déconcerté par les événements survenus dans le semaine, avec une initiative ratée de convaincre un mari récalcitrant à fuir le danger des Talibans qui s’est finalement transformée en opération de secours réussie de femmes appelées à vivre dans une société particulièrement répressive à leur égard.

« Il n’a pas accordé le guet, le divorce, à sa femme. Elle vit en Israël. Et à cause de ça, il a peur d’aller en Israël », commente-t-il. « C’est une histoire très drôle. Et il veut de l’argent. » (Simantov aurait, dans le passé, réclamé des fonds pour être secouru et pour accorder des interviews).

Zabolon Simantov touche la mezouza sur le seuil de sa porte, un signe manifeste de résidence juive. (Crédit : Ezzatullah Mehrdad/ Times of Israel)

« Motti m’a dit », raconte-t-il, « que son équipe sur le terrain lui avait dit qu’il y avait un groupe de joueuses de football qui craignaient réellement pour leur vie », explique Margaretten. « Elles pensaient qu’elles seraient une cible de choix des Talibans et qu’elles seraient tuées, et il s’est demandé si je voudrais peut-être m’impliquer pour tenter de leur sauver la vie ».

Une mission devenue un engagement formel pour les deux hommes. Margaretten et Kahana disent prévoir de permettre à des dizaines de personnes supplémentaires de quitter le sol afghan, par voie aérienne et terrestre. Selon Margaretten, il faudra parvenir à réunir une somme supérieure à deux millions de dollars pour mener à bien cette initiative.

Margaretten avait aidé, dans le passé, à faire adopter la loi First Step Act en 2018, qui avait mis en place des incitations en faveur de la réduction des peines pour les prisonniers fédéraux et qui aide à réintégrer ces détenus dans la société une fois qu’ils sont dehors. Il aurait apporté une aide déterminante en persuadant les membres républicains du Congrès de soutenir la législation.

Cette loi est considérée comme l’une des plus grandes réussites de l’administration Trump. Et c’est Margaretten qui avait allumé les bougies lors de la fête de Hanoukka qui avait été organisée en 2019 à la Maison Blanche.

Moshe Margaretten allume les bougies lors de la fête de Hanoukka organisée à la Maison Blanche en 2019. (Capture d’écran/YouTube)

Margaretten avait décidé de s’impliquer dans cette réforme du système carcéral après avoir constaté les effets dévastateurs entraînés par l’incarcération sur certaines personnes qu’il connaissait dans sa communauté. Il explique à la JTA que – comme c’est le cas également de l’opération de secours qu’il finance à Kaboul – sa sensibilité au problème des prisons est née de l’envie d’aider les Juifs : une aide qui, en fin de compte, s’est ensuite élargie bien au-delà de cette seule communauté.

« 94 % des personnes qui ont bénéficié de cette législation du First Step Act provenaient de groupes minoritaires », précise-t-il.

Il n’a pas renoncé toutefois à veiller sur Simantov.

« J’ai demandé à Motti Kahana de faire en sorte que quelqu’un veille sur lui. Il ne veut pas partir mais certains continueront à garder un œil sur lui de manière à ce que personne ne lui fasse de mal », dit-il.

Margaretten a transféré mercredi une photo de Simantov via WhatsApp, où ce dernier vide le sang d’un poulet dans un conteneur en métal.

« C’est Zebulon Simantov en train de préparer un poulet casher ! », disait Margaretten dans un message audio accompagnant l’image.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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