Climat: Le réchauffement va plus vite que prévu, dit le seul Israélien du GIEC
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Climat: Le réchauffement va plus vite que prévu, dit le seul Israélien du GIEC

Le professeur Daniel Rosenfeld recommande avec force une transition plus rapide vers les énergies renouvelables et d'utiliser le gaz naturel en dernier recours uniquement

Une maison en feu alors que l'incendie d'une forêt se rapproche du village de  Pefki sur l'île d'Eubée, la deuxième île la plus grande de Grèce, un feu qui serait lié au changement climatique, le 8 août 2021. (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS / AFP)
Une maison en feu alors que l'incendie d'une forêt se rapproche du village de Pefki sur l'île d'Eubée, la deuxième île la plus grande de Grèce, un feu qui serait lié au changement climatique, le 8 août 2021. (Crédit : ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Le seul Israélien à travailler au sein de l’équipe des Nations unies qui a produit un nouveau rapport alarmant sur le réchauffement climatique, au début de la semaine, déclare au Times of Israel que « nos craintes se réalisent bien plus rapidement que ce que nous pensions ».

Le professeur Daniel Rosenfeld de l’Institut des sciences de la Terre au sein de l’université Hébraïque de Jérusalem, qui a été l’un des principaux auteurs du chapitre consacré aux changements intervenant dans le cycle de l’eau dans le rapport, explique que s’il n’y a finalement pas de grande surprise dans ce document de presque 4 000 pages, « le plus important est que nous pouvons déclarer, sans aucun doute, que l’Humanité est responsable du réchauffement de 1,09 degrés Celsius du climat depuis la révolution industrielle ».

Le rapport – qui parle des aspects scientifiques physiques du réchauffement du climat – contient des mises en garde terribles sur l’état de la planète.

La température moyenne à la surface de la terre devrait augmenter de 1,5 ou 1,6 degré par rapport à celle de l’époque préindustrielle dès 1930 dans les cinq scénarios d’émissions de gaz à effet de serre qui ont été envisagés (qui vont du pire au plus optimiste) dans le document du GIEC. Cet état de fait interviendrait donc une décennie plus tôt que ce qu’avait prévu le même groupe d’experts sur le changement climatique il y a seulement trois ans.

Plutôt que de mettre en avant des points de vue ou des recommandations, les informations transmises par le GIEC présentent des éléments scientifiques objectifs, factuels, en faisant le choix de l’impartialité, pour aider les gouvernements à concevoir des politiques.

Le professeur Daniel Rosenfeld de l’université hébraïque de Jérusalem. (Autorisation : Daniel Rosenfeld)

Soulignant qu’il ne s’exprime qu’à titre privé, Rosenfeld note que « le degré de réchauffement global est proportionnel aux quantités d’émissions de dioxyde de carbone que nous relâchons dans l’atmosphère et la solution est donc de diminuer ces quantités – jusqu’à présent, elles n’ont fait qu’augmenter. Nous devons garantir que nous inverserons la tendance ».

Commentant la politique mise en œuvre par le gouvernement israélien, qui souhaite produire 30 % de son énergie à partir des énergies renouvelables, et principalement du solaire, à l’horizon 2030 en répondant à 70 % des besoins à l’aide du gaz naturel, Rosenfeld estime que « le gaz naturel ne doit intervenir que rarement, quand l’énergie solaire ne suffit pas. Nous devons investir dans des infrastructures qui permettront de développer davantage l’énergie solaire. Aujourd’hui, si quelqu’un veut installer des panneaux, il y a souvent des problèmes qui se posent ».

Le professeur Yoav Yair, doyen de l’école du développement durable au centre interdisciplinaire de Herzliya, dans le centre d’Israël, déclare que « on ne trouve rien de nouveau dans le rapport – nous savons déjà que la région qui s’étend du Portugal à la Jordanie est un point sensible en ce qui concerne le changement climatique, et qu’elle se réchauffe plus vite que le reste du monde. Nous en ressentons déjà les effets aujourd’hui, et on les ressentira plus fortement encore au cours des deux ou trois prochaines décennies ».

« Ce qui devrait ennuyer davantage, c’est qu’Israël n’a encore presque rien fait. L’ancien gouvernement n’a rien fait pour réduire la quantité des émissions de gaz à la base du changement climatique qui sont rejetées dans l’atmosphère en Israël. »

Le professeur Yoav Yair. (Autorisation : Yoav Yair)

Et ceux qui prétendent qu’Israël est un pays trop petit pour avoir un impact sur le réchauffement climatique se trompent, continue-t-il, parce qu’il y a de nombreux pays dont le territoire a une taille modeste dans le monde et qu’ils se rajoutent les uns aux autres.

« Ce que je veux dire, c’est que le New Hampshire peut aussi estimer qu’il ne compte que huit millions d’habitants et dire : ‘Alors à quoi bon ?’ Mais nous y sommes – voilà où nous en sommes ».

Yair explique qu’il est déterminant que les citoyens comprennent que le gaz naturel est aussi une énergie fossile. « Le mensonge que tout le monde raconte, c’est que c’est toujours mieux que le charbon. Mais quand vous faites brûler du gaz naturel, le dioxyde de carbone s’élève aussi dans l’atmosphère et le méthane (qui est le principal composant du gaz naturel) est un gaz très puissant en termes de réchauffement s’il fuit des canalisations ».

« Mais les compagnies de gaz ne donnent pas cette information. Le gouvernement devrait minutieusement contrôler et évaluer la performance et l’intégrité de ces infrastructures gazières massives, qui sont connues pour entraîner des fuites sur la base des expériences des autres pays ».

Reuters a fait savoir que le méthane, généré par l’industrie du gaz, des décharges et du bétail, compterait, selon les estimations des Nations unies pour environ 30 % dans le phénomène du réchauffement et la hausse des températures par rapport à l’ère préindustrielle.

L’agence de presse a cité les propos de Durwood Zaelke, analyste du GIEC qui est président de l’Institut pour la gouvernance et le développement durable de Washington, qui a déclaré que « réduire le méthane est la seule stratégie, la plus rapide et la plus importante, susceptible de ralentir le réchauffement global ».

Yair indique qu’avec une hausse de la température post-révolution industrielle de 1,09 degré, il est improbable que le monde parvienne à atteindre sa cible de conserver la hausse à 1,5 degré – soit seulement quatre dixièmes de degré de plus – ajoutant : « Malheur à nous si nous connaissons une augmentation de 2,5 degrés ou plus ».

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