Coalition : Liberman affirme qu’il ne cédera pas sur les questions religieuses
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Coalition : Liberman affirme qu’il ne cédera pas sur les questions religieuses

Avant la cérémonie d'ouverture de la 21e Knesset, le chef de Yisrael Beytenu s'est dit prêt à rester dans l'opposition en cas de non-résolution de "questions déterminantes"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader du parti Yisrael Beytenu lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 30 avril 2019 (Crédit :  Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le leader du parti Yisrael Beytenu lors d'une réunion de faction à la Knesset, le 30 avril 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Quelques heures avant la cérémonie de prestation de serment marquant les débuts de la 21ème Knesset, le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman a affirmé mardi que les cinq députés issus de sa formation pourraient bien se retrouver dans l’opposition si ses demandes politiques devaient se heurter à une fin de non-recevoir de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Sans les cinq parlementaires de Yisrael Beytenu, Netanyahu ne réunirait que 60 des 120 sièges de la Knesset dans sa coalition de droite et ultra-orthodoxe – une réalité qui garantit à Liberman une certaine liberté de négociation pour la formation du nouveau gouvernement. Il devrait néanmoins rejoindre la coalition et probablement au poste de ministre de la Défense.

« Tout le monde s’accorde sur le fait que nous devons établir un gouvernement national de droite dans les meilleurs délais. Personne n’a la force de conduire une nouvelle élection », a dit Liberman dans la première conférence de presse de son parti dans le cadre du nouveau Parlement.

« Mais nous ne renoncerons pas aux demandes que nous avons soumises », a-t-il souligné, répétant que son parti ne rejoindrait pas une coalition dirigée par Netanyahu si ses requêtes dans les secteurs de la sécurité, de l’immigration et dans les questions relatives à la religion et l’Etat étaient rejetées.

Liberman a expliqué que sa priorité numéro un était de faire passer les montants des retraites et des allocations aux handicapés à environ 3 800 shekels par mois, soit 70 % du montant du salaire minimum. Mais il A admis que le positionnement de sa formation sur les questions relatives à la religion et à l’Etat représentaient un obstacle plus important.

« Il y a de nombreux obstacles. De nombreux, nombreux obstacles », a-t-il déclaré.

Le dirigeant d’Yisrael Beytenu, dont la base partisane est largement constituée d’immigrants laïcs venus de l’ex-Union soviétique, a fait campagne en s’opposant à la « coercition religieuse ». Il soutient également l’ouverture des commerces et la circulation des transports publics pendant Shabbat. Il réclame également la fin du contrôle exercé par le Grand-rabbinat sur les mariages et les divorces et, enfin, réclame l’adoption du projet de loi sur l’obligation de service militaire pour les étudiants de yeshivas ultra-orthodoxes.

Deux fillettes mangent une glace en sortant d’un petit commerce de Jérusalem, le 2 août 2010 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous soutenons, nous désirons un Etat juif, mais nous nous opposons et nous n’accepterons pas la coercition religieuse », a-t-il affirmé mardi.

Liberman a insisté sur le fait qu’il ne tentait pas « de changer le statu-quo. Il y a actuellement une tentative visant à rapprocher ce pays d’un Etat halakhique « , utilisant le terme en hébreu pour désigner un Etat basé sur la loi juive. « Nous nous y opposerons ».

L’une des questions les plus épineuses est l’introduction d’une loi régulant – et limitant – les exemptions à la conscription militaire pour les étudiants ultra-orthodoxes. Le laïc Liberman insiste sur le fait que le texte devra être approuvé sans ajout d’amendement, tandis que les partis ultra-orthodoxes ont indiqué qu’ils ne rejoindraient pas la coalition si elle était adoptée sans être amendée au préalable.

Yisrael Beytenu et les formations ultra-orthodoxes sont des acteurs déterminants pour Netanyahu dans la formation d’une coalition au pouvoir qui doit reposer sur une majorité d’au moins 61 sièges à la Knesset, forte de 120 membres.

En 2017, la Cour suprême avait statué qu’une version de 2015 d’une loi israélienne sur la conscription militaire accordant à la majorité des étudiants de yeshiva des exemptions de service militaire était anticonstitutionnelle. Elle avait demandé aux députés de voter de nouvelles lois en la matière. En 2018, la Cour suprême a donné au gouvernement un mois et demi supplémentaire pour faire passer le projet de loi, étendant la date limite de début décembre à mi-janvier, mais la Knesset a ensuite été dissolue et des élections ont été fixées au 9 avril.

Des juifs ultra-orthodoxes affrontent la police lors d’une manifestation anti-conscription, le 28 novembre 2017 à Jérusalem. (Crédit : Flash90)

Au début du mois, le leader du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah a insisté sur le fait qu’il ne rejoindrait pas le nouveau gouvernement de Netanyahu si la législation proposée sur le recrutement au service militaire des étudiants de yeshiva n’était pas amendée – annonçant des pourparlers de formation de coalition difficiles pour le Premier ministre.

Yaakov Litzman, vice-ministre de la Santé du gouvernement sortant, a pour sa part précisé que les demandes émanant de son parti étaient coordonnées avec la formation Shas. YaHadout HaTorah et Shas ont remporté chacun huit sièges lors du dernier scrutin.

Le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, arrive à la conférence gouvernementale hebdomadaire au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 15 octobre 2017. (Alex Kolomoisky/POOL)

Une autre condition posée par Litzman pour rejoindre le gouvernement est liée aux chantiers ayant lieu le samedi, jour du Shabbat, concernant le tramway et une nouvelle passerelle piétonne à Tel Aviv.

« Le Shabbat est une question importante et si on ne s’en préoccupe pas, je n’entrerai pas au gouvernement », a ainsi déclaré Litzman, sans détailler ou soulever de demande spécifique.

Liberman a apporté son soutien à Netanyahu au poste de Premier ministre, cimentant une coalition forte de 65 sièges. Mais son parti en détient cinq – ce qui est suffisant pour placer le chef du gouvernement au bord de l’effondrement s’il doit quitter la coalition, comme il l’avait fait au mois de novembre après une querelle autour des politiques mises en œuvre par le Premier ministre à Gaza. Il avait alors ramené la coalition gouvernementale à seulement 61 sièges.

Les pourparlers de coalition ont été majoritairement suspendus pendant la fête de Pessah, la semaine dernière. Netanyahu dispose de 28 jours pour la former – soit jusqu’à la mi-mai – et peut demander au président Reuven Rivlin une prolongation de deux semaines de cette échéance.

Le président d’Israël Reuven Rivlin (à droite) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la résidence du président à Jérusalem le 17 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Avant la pause de Pessah, des négociateurs issus de Yisrael Beytenu et du Likud s’étaient rencontrés pour une première série de pourparlers. Le parti d’Avigdor Liberman avait soumis une liste de demandes dans les secteurs de la sécurité et de l’immigration et sur les questions relatives à la religion et à l’Etat.

Dans un communiqué officiel, Yisrael Beytenu avait indiqué que la réunion avait été « joviale », que le parti avait soumis ses requêtes dans des domaines variés, et que les deux équipes avaient convenu de se revoir à nouveau rapidement.

Liberman avait indiqué, la semaine dernière, qu’il souhaitait être désigné une nouvelle fois ministre de la Défense, qu’il voulait également le ministère de l’Intégration. Il avait toutefois affirmé que les questions de religion et d’Etat étaient susceptibles de mettre un point final aux négociations.

Il a dit mardi qu’aucune discussion n’avait encore été entamée sur l’attribution des ministères.

« Nous n’évoquerons pas les portefeuilles sans avoir trouvé au préalable un accord sur nos demandes prioritaires. C’est tout. Une fois que nous aurons trouvé un accord, la question des portefeuilles pourra se régler », a-t-il dit.

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