Rechercher

Coco Chanel, un parfum de collaboration

Le groupe Chanel dément fermement que Coco Chanel ait été antisémite tout en soulignant que son rôle pendant la guerre conserve... "une part de mystère"

La créatrice de mode française Coco Chanel pose à bord d'un avion à l'aéroport de Paris, le 1er janvier 1960.  (Crédit : AFP)
La créatrice de mode française Coco Chanel pose à bord d'un avion à l'aéroport de Paris, le 1er janvier 1960. (Crédit : AFP)

Dans le roman de sa longue vie, il y a au moins un chapitre que la célèbre couturière Coco Chanel a voulu occulter : sa liaison pendant la guerre avec un baron allemand et, surtout, sa collaboration avec les services d’espionnage SS.

Une page longtemps méconnue de l’existence de la « Grande Mademoiselle ». A tel point qu’à sa mort, en janvier 1971, la presse n’en fait pas mention.

« Au début de la Seconde Guerre mondiale, Chanel ferma sa maison de couture et se retira sur les bords du Lac Léman, où elle vécut pendant 15 ans des royalties que lui rapportait son parfum », écrit ainsi, dans la nuit du 10 au 11 janvier, l’Agence France-Presse, qui vient d’annoncer son décès au monde entier.

La réalité est différente. Certes, après avoir présenté au début de la guerre une collection patriotique « bleu-blanc-rouge », Gabrielle Chanel choisit de fermer l’atelier de la rue Cambon quand commence l’Occupation.

Mais laisse ouverte sa boutique de parfums et, loin de prendre ses quartiers en Suisse, continue à vivre, en plein cœur du Paris occupé, dans l’immense suite du Ritz, louée depuis 1937.

A 57 ans, elle tombe amoureuse d’un attaché d’ambassade allemand, Hans Günther von Dincklage, de 13 ans son cadet. Sans doute un espion. Ils vivent leur liaison dans l’hôtel prestigieux, partiellement réquisitionné par le régime nazi pour abriter la Luftwaffe et son chef, le maréchal Göring.

Surtout, elle fait intervenir les autorités allemandes pour récupérer la propriété de ses parfums, cédée avant-guerre à des industriels juifs.

Un ancien flacon du parfum Chanel N°5 exposé lors de l’exposition « Gabrielle Chanel, manifeste de la mode » au musée de la mode Galliera Palais à Paris le 25 septembre 2020. (Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

C’est un échec. Les frères Wertheimer, réfugiés aux Etats-Unis, déjouent son plan.

Nom de code « Westminster » 

Las, Coco Chanel se lance dans un nouveau projet, encore plus fou : arrêter la guerre ! En tentant de négocier en 1943 une paix séparée entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne.

Une opération abracadabrante, baptisée « Modelhut » (Chapeau de couture). Qui la conduit deux fois à Berlin. En avril 1943, elle va en discuter les détails directement avec Walter Friedrich Schellenberg, patron des services de renseignement de la SS.

Elle connaît bien, plaide-t-elle, le Premier ministre britannique Winston Churchill, rencontré grâce à son ancien amant, le duc de Westminster. L’homme de confiance de Himmler est séduit. Mais l’opération vire au fiasco…

A la Libération, Coco Chanel est arrêtée mais relâchée quelques heures plus tard, sur une intervention de Churchill. Elle préfère toutefois prendre le large en Suisse, dans un palace de Saint-Moritz. Elle ne revient de cet exil qu’en 1953, à 70 ans.

Il faut attendre le livre d’Edmonde Charles-Roux L’Irrégulière ou mon itinéraire Chanel, publié chez Grasset en 1974, trois ans après sa mort, pour que ce pan discret de son existence soit – en partie – révélé.

L’Express, en 1995, et Der Spiegel, en 2008, lèvent un peu plus le voile sur le passé de la dame au canotier.

En 2011, le journaliste américain Hal Vaughan va plus loin dans les révélations avec Sleeping with the enemy, Coco Chanel’s secret war (« Au lit avec l’ennemi, la guerre secrète de Coco Chanel »).

Une biographie fruit de trois ans et demi de recherches dans les archives américaines, françaises, allemandes, britanniques, italiennes et polonaises.

Documents à l’appui, Vaughan écrit qu’elle est recrutée dès 1940 comme agent secret du régime nazi. Nom de code « Westminster ». Elle est aussi une « anticommuniste forcenée » et une « antisémite confirmée », affirme-t-il.

« Hal Vaughan donne dans son livre des preuves indubitables d’une compromission grave de Mlle Chanel avec les Allemands », déclare alors à l’AFP Edmonde Charles-Roux, assurant toutefois ne l’avoir jamais entendue tenir des propos antisémites. « Je ne l’aurais pas supporté ».

A la publication de l’ouvrage, le groupe Chanel – toujours détenu par la famille Wertheimer – dément aussi fermement que Coco Chanel ait été antisémite tout en soulignant que son rôle pendant la guerre conserve… « une part de mystère ».

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.